mardi 19 août 2008

Comme un clou.

Contexte : il y a plusieurs semaines, séjour dans les Alpes.

Midi. La nuit a été courte. Le trajet vers les vacances nous a demandé des heures de concentration sur la route. On est arrivé tard, et on a dormi une bonne partie de la matinée. Nos hôtes sont là pour nous accueillir. La table en chêne massif de la cuisine est l'occasion du premier contact, du résumé de la veille, de l'ébauche du programme des jours à venir. Nous autour : Neb, son beau-père et moi. Mais pas elle, la mère de Neb. Elle ne peut pas tenir en place. Dès les premières minutes, je la sens anxieuse, nerveuse, ses hanches semblent avoir fondu depuis la dernière fois qu'on l'a vue en mars, elle est tout anguleuse, tout en mouvement, en agitation permanente. Difficile de croiser son regard, elle baisse les yeux. La nourriture s'étale devant nous. Pas grand chose : du pain, du fromage, de la charcuterie, quelques fruits. De quoi attaquer une première après-midi en montagne. Elle tourne autour de nous avec sa nervosité. Elle ouvre le frigo, le referme, le rouvre, en sort des aliments, les observe, les soupèse, en examine le descriptif, la composition, la teneur en matière grasse. Tout cela en débitant nerveusement des questions, sans écouter vraiment les réponses. Je vois bien qu'elle épie chacun de nos gestes, les aliments que l'on pose dans nos assiettes, que l'on découpe, que l'on attrape de la pointe d'un couteau et que l'on met en bouche. Je lis du dégout dans ses yeux, de l'amertume. Elle tourne toujours. Elle ne mangera pas, dit ne pas avoir faim, prétend mal digérer.

Les jours qui suivent, son attitude m'inquiète, les petits travers qui m'ont fait sourire les premiers jours s'accentuent et m'agacent. Elle peut ne pas manger de la journée, plusieurs jours de suite même et malgré son agitation, elle résiste au besoin de s'installer à table avec nous. Les excuses sont toujours les mêmes : aliments qu'elle ne digère pas, trop mangé la veille, autre chose à faire... Elle découpe parfois soigneusement une pomme pour son seul repas de la journée, elle l'épluche parce qu'elle ne digère pas la peau et la mange, en tout petits cubes qu'elle mastique méthodiquement, seule à table, pour se concentrer.

Elle nous exclut très vite de sa normalité, nous trouvant trop gros et inconscients. Elle part tous les jours marcher plusieurs heures en montagne. Nous, nous ne faisons pas assez de sport à son goût et nous allons sans doute encore grossir. Elle feuillète des magazines dans lesquels s'étalent des corps sculptés et retouchés à la palette numérique. Elle juge chacun des aliments que nous ingérons. Je suis triste pour elle. Le grincement de la porte du frigo la fait arriver dans la cuisine au galop, elle panique lorsque nous jugeons poli de faire quelques courses, ne maitrisant soudainement plus le contenu de son frigo/de sa vie. L'ambiance se dégrade. Son mari lui fait remarquer son attitude, qu'il semble accepter quand ça le concerne. Notre présence le fait de toute évidence réfléchir à ce qu'il n'avait peut-être pas vu pour l'avoir sous son nez tous les jours. Plusieurs fois, mon entrée dans une pièce semble interrompre une conversation houleuse. Notre présence qui avait été souhaitée les autres années ne l'est sans doute pas... Nous essayons tant bien que mal de faire abstraction des pics et des regards lourds et nous repartons avec le malaise qu'elle a su nous transmettre et cette inquiétude qui l'accompagne, sans avoir su trouver les mots pour lui parler, pour franchir cet écran de glace qu'elle a imposé entre elle et nous pendant tout le séjour.

Hier, elle appelle Neb, elle s'inquiète des entretiens qu'il doit passer prochainement. Le seul conseil qu'elle trouve à lui donner est de perdre trois ou quatre kilos avant le jour J. Comment est-il possible d'être à ce point à côté de la plaque.

 

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vendredi 20 juin 2008

La grande ville.

J’ai grandi à la campagne, la maison familiale était située à quelques centaines de mètres de la forêt, au pied d'une petite montagne bleue. Il suffisait de quelques foulées pour arriver essoufflé, dans la fraicheur des sous-bois. Ma sœur, mes voisins et moi y construisions des cabanes dans lesquelles nous cachions des trésors de pacotille et qui nous servaient de refuges les journées trop chaudes d’été. Il y a avait à chaque coin de rue dans mon village des fontaines dans lesquelles nous pataugions, et dont l’eau glacée que nous buvions malgré les interdictions maternelles, nous collait des crampes abominables. Je me souviens des limites de nos territoires, ces zones obscures et sauvages qui s’étendaient au-delà de nos habitudes de jeux et qui nous effrayaient sans qu’aucun de nous n’ose l’avouer. Il me reste l’ivresse de nos virées à bicyclette, courses folles dans la verdure dont on revenait avec les jambes griffées et des bleus aux genoux. Tout est aussi flou que ces fins de journées estivales où l’on restait dehors le plus tard possible, sans se soucier de la nuit, sans savoir quelle heure il était, criant et chantant pour ne pas entendre les appels des parents qui nous voulaient au bercail. Les odeurs de chacun de ces moments sont par contre toujours là, intactes, écrites quelque part avec une précision que le temps ne gomme pas. Il me reste de mon enfance cette sensation de liberté et d’insouciance, et je pèse avec le temps la chance que j’ai eu de grandir dans cet écrin de verdure.

Herbe

Mes grands-parents quant à eux vivaient en ville. Et de temps en temps, souvent le mercredi après-midi, on nous installait dans la voiture après nous avoir débarbouillées ma sœur et moi pour une expédition citadine. La ville représentait pour nous à la fois le danger, l’oppression et l’inconnu : un univers trop lointain et trop différent du notre. Mes grands-parents occupaient le rez-de-chaussée d’un petit pavillon avec jardin, tout près d’une place bruyante et grouillante. Je garde surtout cette image des volets clos de la cuisine qui retenaient la fraicheur des petits matins et laissaient filtrer des rayons de lumière trahis par des poussières en suspension, comme des lucioles. Dans ce petit jardinet auquel on accédait pas un escalier de pierres, des graviers qui crissaient sous les semelles, un grand sapin et cette grille haute qui nous protégeait de la ville toute proche. Parfois nous passions sur cette grande place qui me semblait alors immense : en son centre, une église aux dimensions effrayantes comparées au clocher de mon petit village. Tout autour, des dizaines de commerces, des gens pressés et bien habillés, des voitures. Et cette impression à chaque fois que c’était le cœur de tout, là où tout se passait, une fourmilière. Je sentais ma mère  à la fois émoustillée et intriguée par cette énergie et ce va-et-vient. Ma sœur et moi, avions des consignes strictes : rester sages comme des images et mesurer chacun de nos gestes, ce qui nous confortait encore dans l’idée que cet univers si particulier n’était pas le notre

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Aujourd’hui, près de vingt ans plus tard, je vis dans ce même quartier. Je m’y suis installée il y a plus d’un an maintenant, un mois après le départ de ma grand-mère qui y vivait seule et qui a choisi de s’installer chez ma mère à la campagne. Comme un échange. Notre nouvel appartement est situé à l’autre bout de la place et chaque jour j’emprunte ces mêmes trajets qu’autrefois, et des images me reviennent de ce qui m’impressionnait alors et qui est devenu si banal aujourd’hui. Ce que je considérais comme une grande ville n'est qu'un petit quartier presque tranquille, comme un village à l'intérieur de la ville.

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mercredi 18 juin 2008

Retour vers le futur.

Il aurait fallu que je me rende là-bas pour un rendez-vous banal : une sombre histoire de cours qui n'aurait pas pu se régler autrement, ce genre de coïncidences qu'on aime pas. Je n'aurais pas pu y penser avant et pourtant... Arrivée largement en avance, un peu nostalgique et en même temps pleine d'appréhension, j'aurais fait les quelques pas qui m'auraient projetée dans mon passé... Et elle aurait été là, assise à la table ronde de l'entrée du bar, calée dans le coin, avec son verre de grenadine sous les yeux, une clope qui se consume dans le cendrier et son stylo glissant sur son éternel cahier clairefontaine.

Quand je me faufile à l'intérieur, elle ne semble pas faire attention à moi et continue à noircir sa page de lignes appliquées. Je sais qu'elle m'a vue parce que je la connais très bien. Je reconnais son pull bleu marine bien trop grand pour elle, aux manches élimées,d'avoir été trop porté, son jean troué au genou droit, son chech gris enroulé autour de ses épaules. Je saurais même dire quel parfum elle porte, sans avoir à m'approcher d'elle. Accoudée au bar, je prends le temps d'observer ce corps que je connaissais par cœur et qui m'a échappé avec le temps : la longueur de ses doigts qu'elle trouve boudinés, ses cheveux longs attachés en chignon par un simple élastique, la maigreur de ses membres qui semblent si fragiles et qu'elle ne voit pas, sa peau encore marquée de l'adolescence. J'ai envie de m'approcher bien sur, mais comment va-t-elle me recevoir ? Je ne sais pas si l'idée est bonne et je décide finalement de commander un verre et de rester au bar dans le brouhaha de cette fin d'après-midi. Au fond de la salle quelques personnes jouent aux fléchettes. Elles aussi, je les reconnais, ce sont ses amis. Si elle savait comme les choses vont changer en quelques mois, comme ces personnes  qui lui semblent immuables vont s'éloigner. Son air détaché me fait sourire car je sais que ce n'est qu'une carapace et qu'à l'intérieur, ce ne sont que doutes et trouilles. J'aurais tant de questions à lui poser, tant de mises en garde à lui chuchoter à l'oreille, j'aimerais soudain la protéger puisque je sais tout ce qui va suivre pour elle. Je voudrais lui éviter ses fréquentations qui lui feront du mal, ces gens qui ne lui apporteront rien ou qui la pousseront à faire de mauvais choix.  Et je me dis alors que non, elle a eu besoin de ça, ça l'a construite, ça lui a permis d'être plus forte, de faire de meilleurs choix par la suite. Alors qu'on pose un thé sous mes yeux et que l'heure de mon rendez-vous approche, je croise son regard, froid mais curieux.

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1994

Parking Eurodisney, 1995.

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Lundi après-m' : le printemps, dehors les magnolias en fleurs, encore la fraîcheur dans l'air mais cette impression comme chaque année que je me réveille, je m'étire et la vie me revient. Je suis venue me recroqueviller ici. J'ai encore séché une demi-journée, quelques heures volées à passer ailleurs, là où je sens que je peux exister.  P. était dans la cour en début d'après-m', avant que la sonnerie ne retentisse,  il est venu vers moi, ses yeux bleus rieurs, ses boucles blondes, ses mains enfoncées dans ses poches, ensemble nous avons passé la grille du lycée, petits pas vers une après-midi de liberté et d'insouciance, avec nos amis.  Maintenant, je suis installée dans ce bar, à cette table qui est comme un repère, comme une sécurité. Tant de souvenirs ici en quelques mois seulement, impression d'éternité et de stabilité.  Les filles sont allées en cours, elles n'ont pas voulu venir cette fois. J'ai cette émotion qui fourmille en moii : il peut se passer quelque chose à chaque instant, il pourrait me prendre dans ses bras, il pourrait me regarder pour de vrai, il pourrait me dire ces mots que je me murmure tous les soirs en m'endormant. J'ai cette certitude que je ne suis plus une enfant, que la vie s'ouvre à moi, que j'en écris enfin la musique et les paroles. J'observe mon verre de grenadine, les volutes de sirop qui y tournoient et se confondent aux volutes de ma cigarette posée dans le cendrier. Le futur n'a aucune importance, c'est chaque moment qui compte. Carpe diem.

Depuis tout à l'heure, je couvre mon cahier des mots de ma vie pendant que les garçons jouent aux fléchettes. Je les observe, j'aime les voir rire et évoluer en gestes lents et souples. J'aime sentir le regard de P. sur ma peau. Regard circulaire. Il y a cette femme au bar qui semble émue. Je ne l'ai jamais vue ici. Elle souffle sur son thé et joue avec les clés de sa voiture, nerveusement. Nos regards se croisent.  J'observe quelques détails, la forme de son visage et sa façon de se tenir, un peu enfantine, pas vraiment sure d'elle. Ses yeux sont à peine maquillés et semblent fatigués, quelques rides marquent le temps sur son visage, ses cheveux ondulent sur ses épaules. Elle attend de toute évidence quelqu'un qui ne vient pas et je lis dans ses gestes l'envie de partir, la gêne. Je remarque ses ongles soignés, les bagues qu'elle porte, les arabesques que dessinent ses mains autour de sa tasse, la hauteur des talons de ses bottes, sa façon de croiser ses jambes sur le tabouret. Je ne sais pas pourquoi son image me fascine rapidement. Je trouve qu'elle me ressemble.

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jeudi 17 avril 2008

Madinina.

Le soleil s'est couché aujourd'hui.
J'ai versé une larme en l'apprenant.
J'ai toujours tellement aimé ses mots.
Très tôt.
Et l'homme, tellement juste, tellement fort.
Je suis triste pour la Martinique.

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mercredi 5 décembre 2007

Rembobiner.

Pour en revenir à cette hypothèse, je raisonne volontiers comme Stella K, heureusement qu'une telle chose n'existe pas, j'y passerai une bonne vingtaine d'années (parce que je ne pousserais quand même pas le vice à me regarder dormir), mais j'ai bien réfléchi et si je ne devais en sélectionner que quelques uns...

gling_gling


  • Les premières minutes de ma vie de vraie prof, il y a sept ans, face à une classe de 3emes. J'avais essayé de trouver une tenue qui me vieillissait un peu et je ne sentais plus mes jambes. (Pour la petite anecdote, je retrouve aujourd'hui une élève de cette même classe dans une de mes classes de BTS.)
  • Les balades dans la nature avec Whawha, disparue il y a trois ans déjà.
  • Ce jour de 2002 où ma tête est violemment allée s'écraser sur le bitume d'une rue pleine de lumière.
  • Mon premier amour, la naïveté, la simplicité, le fusionnel.
  • Premier séjour en Martinique avec Lo, la passion, la sensualité, l'insouciance.
  • L'accident de voiture où j'aurais pu perdre la vie.
  • Des clichés de mon enfance, toute petite, avec mon chien de l'époque, ma coupe à la Mireille Mathieu, toutes les bêtises que j'ai pu faire avec ma soeur et mes voisins, mes robes à fleurs...

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dimanche 21 octobre 2007

Premier soleil.

Il y a un peu moins d'un an, nous partions au soleil. Ç'avait été pour moi une semaine merveilleuse, magique, bien au-delà du clicher de la carte postale, mais sans doute avec un petit quelque chose du paradis malgré tout. J'en suis revenue toute pleine de force pour l'hiver. Il arrive ces jours-ci, avec un air qui se fait plus vif, une lumière plus timide. J'appréhende toujours un peu, la crainte de m'endormir, comme le dit si bien Emilie Simon, comme une fleur de saison, pour ne me réveiller qu'en mai, étant passée un peu à côte de moi-même...

cocotiers_roses

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jeudi 1 février 2007

Rétrospective.

Je trouve ça par hasard chez lui, je ne l'avais jamais lu, je tombe sur son blog de liens en liens et l'idée de la chaîne proposée me convient, par son originalité... Puis comme j'en suis aux confidences aujourd'hui, autant ne pas s'arrêter là. Il s'agit de raconter sa vie (et oui, encore) en n'évoquant que les dates finissant par 7 et 2.

nostalgie
Nostalgie.

1982: Quatre ans. J'ai des souvenirs verts et jaunes. Une maison en construction, ou peut-être même pas encore commencée. En juin, alors que je joue avec une voisine plus âgée que moi, je décide de traverser la route pour cueillir des fleurs de l'autre côté. Une voiture arrive vite, je cours pour atteindre l'autre trottoir, je tombe et la voiture roule sur mon tibia. Fracture ouverte, tibia et péroné. Je ne me souviens que très peu du moment, si ce n'est ce sentiment de panique autour de moi, mes parents, mes voisins. Je me souviens surtout du mois qui a suivi et de ma jambe plâtrée jusqu'en haut de la cuisse. Je rampais pour me déplacer. En août, on m'a retiré cette carcasse blanche. Ma jambe gauche était toute maigrichonne. Avec mes parents et ma soeur, nous sommes partis rejoindre des amis. Je revois ce grand pré vert et ce petit garçon qui jouait avec moi. Aucun souvenir de son nom. Nous avons couru et j'ai senti ma jambe craquer sous mon poids. Je venais de me re-fracturer la jambe qui était encore trop fragile, et j'étais repartie pour un mois de plâtre. Une belle rentrée des classes.

1987: École primaire. Je suis amoureuse d'un garçon qui a mon âge et une grande gueule. Mais on ne se dit rien, je crois même qu'on est en compétition, les bonnes notes et celui qui sera le plus fort. Je me souviens du suicide de Dalida. De La Isla Bonita de Madonna qui tourne en boucle sur toutes les radios. Puis y'a les dessins animés à la télé, les premiers mangas et Dorothé. Je me souviens aussi de mes parents qui sont venus nous annoncer, à ma soeur et moi, la naissance prochaine d'un petit frère (ce qui à l'époque ne nous avait pas ravies). Il est né le 5 janvier 1988.

1992: Collège. Les premières booms. Les premiers émois. Le coeur qui semble vouloir exploser dans ma poitrine. Les premières vraies amitiés aussi, à la vie à la mort. Et les conneries qui vont avec. Voyage scolaire en Italie. Je griffonne déjà tout et n'importe quoi sur les pages à carreaux d'un journal. Premier job en juillet et en août, au black, dans une petite librairie, huit heures par jour, pour quelques billets à la fin du mois. Je me paye mon premier vélo avec lequel je file à travers bois.

 

1997: Déjà comme une grande. Vie d'étudiante avec mon premier amour. On vit dans un 15m2, à deux pas de la fac, et notre unique fenêtre donne sur la forêt. C'est petit et douillet. On dort dans un lit une place. On s'aime, simplement et tendrement, avec quelque chose d'enfantin entre nous, de tellement pur. Je suis alors complètement fermée sur nous deux, le monde m'effraye, je me tourne vers la lecture, beaucoup. Une sorte de timidité toute nouvelle m'étouffe. En octobre ou en novembre, je décroche le carton rose qui me donne droit de conduire. Un premier pas vers la liberté.

 

2002: Nouveau siècle. De l'eau a coulé sous les ponts, le temps a filé vite et de nombreuses pages se sont tournées. Accident de voiture en automne, vingt ans après le premier. Cette fois, c'est moi qui suis au volant, mais toujours pas responsable. Les mois qui suivent sont  particulièrement difficiles. Un Jules dans ma vie, en pointillés, parce qu'il le veut bien. Il est un vrai soutien. Puis un amour qui revient, et moi si maladroite. Beaucoup de choses déchirées et Noir Désir en fond qui nous laisse croire que Le vent nous portera alors qu'on se sent si lourd. Son index sur ma cage thoracique vient s'appuyer. 

 

2007: Vingt-huit ans, une grande fille, avec un travail, un mec, un chien, un appart'. De la musique et des parfums plein la tête, des projets, de belles images et de la nostalgie aussi en cet instant.

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dimanche 21 janvier 2007

Encore.

Ma nostalgie de la Martinique (qui m'avait déjà torturée en 2000),
me tord souvent les tripes.
Un souffle, quelques notes de musique, un parfum ou une saveur
et me voilà transporter à nouveau dans le cliché de la carte postale.
Et c'est tellement plus pour moi !

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jeudi 18 janvier 2007

Coeur d'artichaut.

Je me souviens de ce petit gars aux yeux bleus qui avait enregistré une cassette si romantique pour moi quand j'étais en quatrième.lui_et_moi

Je me souviens, à peine plus tard de mon béguin pour ce blondinet odieux qui prenait un malin plaisir à me traiter de tous les noms.

Je me souviens de mon année de seconde passée à fantasmer sur ce beau brun que je n'ai jamais su aborder. Ma quête stupide et discrète pour glaner des informations à son sujet. L'attente des journées entières à compter chaque minute de cours, pour l'apercevoir seulement monter dans le bus... Puis en descendre vingt minutes plus tard.

Je me souviens de ma chute vertigineuse quand un autre beau blond aux cheveux d'ange, sur un trottoir pluvieux un matin de mai, m'a dit "non". Non, il ne voulait pas de moi, non, d'ailleurs, il avait passé une semaine avec moi et d'autres, à l'autre bout de la France, mais il ne se souvenait même pas de mon prénom. Insignifiante. Après lui, d'autres ont su jouer avec mon coeur d'artichaut.

Je me souviens de mon premier véritable amour. Année de terminale. Quelques péripéties auxquelles on pense qu'on ne survivra pas, puis il est là. Il a les boucles de Jim Morrison. On ne l'avait pas vu pourtant. Et ça faisait des mois que lui il le savait. Il n'avait rien dit. Il était au-dessus. Il avait attendu. Puis ça en devient une évidence. C'est lui. Il trouve les mots, il devient oxygène, il devient une partie de moi. Et je me demande comment j'avais pu exister avant lui. Je m'éloigne de tout le reste. C'est le plus important. Je quitte le cocon familial pour partir faire mes études avec lui. Dans une autre ville, à l'opposé de mes amis. Je me retrouve seule et loin, mais ça n'a pas d'importance parce que je suis avec lui. On se suffit. De l'amour et de l'eau fraîche, les galères d'étudiants nous importent peu, nous sommes forts. Puis quelques années passent. Et la lassitude s'installe. Nous avons fait un condensé de vie de couple. Nous nous retrouvons à vingt-deux ans avec l'impression de ne plus nous voir, et surtout d'être passés à côté de tant de choses. La rupture se fait d'un commun accord, en douceur, sans trop y croire, comme pour redonner de l'air. Ma mère trouve alors malin de me traîner chez le toubib. "Parce qu'elle dit rien la môme, elle va forcément pas bien". Moi, je ne savais pas trop, rien n'avait plus de goût. D'ailleurs je ne mangeais plus grand-chose. On me colle sous antidépresseurs. Et je suis en apnée. Tout est rose, mais je sais bien que ce n'est que du maquillage, ça a la texture du carton-pâte.

Quelques mois plus tard, je respire à nouveau. Je trouve un deuxième souffle que je n'attendais plus. C'est Lo. Et c'est magique et... éphémère. Et qu'est-ce que ça fait mal !

Après, j'ai peur de m'engager. Je joue avec le feu, avec la liberté, comme dit Tété, "je me laisse pousser les envies". Flirts d'un soir, nuits sans lendemain, pas de promesse, pas de destin, et on s'en balance de voir ces éconduits repartir la queue entre les pattes en remballant leur coeur brisé. Au contraire. Y'a comme un goût de vengeance. On ricane doucement. On marque le mur d'un trait blanc dès qu'il y en a un qui tombe. Puis arrive Jules. Dans toute sa splendeur. Un peu plus intéressant que les autres. Parce qu'il avait suivi le même chemin que moi. Il ne voulait plus prendre de risques. Ce n'en était pas un qui cherchait "la femme de sa vie". Alors on devient "copain comme cochon". Tant de complicité, mais aucune promesse. Parties de jambes en l'air et folies nocturnes à travers la ville.

Là où ça se complique, c'est quand le "véritable amour", le "premier" revient. La bouche en coeur, pensant qu'assez d'eau a coulé sous les ponts pour qu'on remette les choses à plat et qu'on reparte du bon pied. Et moi, je ne peux pas y résister. Mais le " copain comme cochon" s'accroche de son côté au peu qu'on lui avait laissé miroiter. Il en veut et est prêt à se contenter des miettes, parce que ça faisait partie du jeu. Alors pendant quelques mois, je jongle, entre la confiance fantôme et les scrupules indigestes. Puis la vérité éclate. Le "véritable amour" de la deuxième chance disparaît, trahi, il me laisse honteuse, sans nouvelles pendant plus d'un an.

Plus tard, après quelques parenthèses foireuses, un directeur de colo, un copain de ma soeur, arrive Neb homme de moi, virtuellement puis dans ma réalité. Il est toujours là, avec les hauts et les bas.

Je regarde tout cela par-dessus mon épaule, un bref bilan de mes histoires d'A., et bordel, que c'est difficile.

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mardi 26 décembre 2006

Déjà si loin.

vanille
Souvent, dans cette course des derniers mois
m'est revenue la parenthèse douce et sucrée de la Martinique,
comme un rêve coloré,
comme si tout ce bonheur n'avait pas vraiment existé.
Et pourtant, la preuve par là...

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