mercredi 4 juin 2014

Le téléphone jaune.

Ou

Chronique d'une époque déconnectée.

téléphone

 

2000. Je travaille sur mon mémoire. A propos d'elle, entre autres. Postmodernisme et érotisme. Je cogite, je tourne les idées et les retourne. Je vis seule depuis peu. Dans mon grand loft au cinquième étage. J'ai une "vie de barreaux de chaise" comme dit alors ma mère. Je sors, je traine la nuit, dans des bars, dans des boîtes, avec des gens que je connais à peine, avec d'autres que je connais trop. Ensuite, je peux passer une semaine enfermée chez moi à travailler, à regarder la télé et à manger des coquillettes, à boire du café et à fumer. Je peux dormir toute la journée et travailler la nuit entière, sous la lumière crue de mon bureau. Les paramètres Espace/temps me bouleversent.

Dans mon appartement, il y a une poutre et sur cette poutre, j'ai fixé mon téléphone jaune. Mon seul téléphone. D'autres ont déjà à l'époque fait l'acquisition d'un "portable", entrant dans une révolution qui les dépasse déjà. Moi, je n'en veux pas. Lorsque je sors de chez moi, on ne peut plus me joindre. Je deviens un életron libre, coupé de toute connexion. C'est un choix, j'organise la vie autrement. C'était avant. C'est une équation que les moins de vingt ans ne peuvent pas comprendre.

Alors, parfois, lorsque j'attends un appel important, j'évite de sortir. Ou alors je sors vite. Je m'organise pour faire ce que j'ai à faire à l'extérieur le plus vite possible, mission commando. Et je rentre ventre à terre vérifier si on a appelé, si on a laissé un message.

Septembre. J'attends son appel. Ça fait trois jours que je n'ai pas bougé. Tout mon apparetment gravite autour du combiné jaune, il en devient le centre. L'idée même de prendre une douche et de ne pouvoir le décrocher s'il sonne me panique. Je me souviens que lorsqu'il m'appelle, sa voix est lointaine, éteinte, blanche. Il m'annonce qu'il viendra peut-être, je sais déjà, intimement, que tout basculera. Ce jour là, lorsque je raccorche le combiné sur son socle, un clic déclenche en moi une colère, une rage physique. Ce n'est pas à lui que j'en veux, c'est à moi, et à ce petit boitier jaune dont j'attendais tant. Je m'en veux d'avoir cru...

Un autre jour de cette même année. Le téléphone jaune sonne. Une voix de femme que je ne connais pas. Cest elle, l'auteur des écrits que je décortique depuis des mois. Elle me pose des questions, des dizaines. Je suis rongée par la timidité, l'émotion, l'incrédulité. Nous échangeons longuement et je lui promets de lui envoyer mon travail losrqu'il sera fini. Après avoir reposé le combiné jaune, des centaines d'autres questions me viennent. Jamais plus pourtant je n'entendrai le son de sa voix.

2000. Je commençais ma vie d'adulte. Quelques mois plus tard, je faisais l'acquisition d'un "portable" et internet entrait dans ce même petit appartement, me connectant à d'autres, à des personnes que je ne rencontrerai jamais. Aujourd'hui, je n'ai plus de téléphone fixe. Et je vis dans un monde dans lequel les gens téléphonent dans la rue, dans les trains, dans les supermarchés et choisissent le plus souvent de se "connecter" à d'autres lointains plutôt qu'à ceux qui sont juste à côté d'eux. Pour ma part, je résiste toujours, dans une moindre mesure, je refuse les tablettes et autres smartphones. Je choisis encore souvent de regarder les gens autour de moi, de croiser leur regard, quand ils veulent bien lever les yeux de leurs écrans.

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vendredi 23 mai 2014

Dix années d'écriture.

Il y a dix ans exactement :

Je débute ici. C'est ici que ça recommence. Je n'ai que peu de temps maintenant, j'en aurai plus ce soir. Je suis face à la bécane du taf. Va falloir que je file donner mes cours ailleurs. J'avais envie de balancer quelques mots sur la toile avant cette nuit, juste pour voir mes lettres au milieu de tant d'autres. Ce qui me fait peur ici, c'est cette profusion. Jamais connu ça sur le papier. Le temps me presse. Plus tard.

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mercredi 11 janvier 2012

Géographie de l'enfance.

L'image la plus forte correspond à celle de la façade de la maison des voisins, le matin tôt, un jour d'été. Elle est alors encore plongée dans l'obscurité et je sais dire exactement à quelle sensation ça correspond. Je suis obligée de passer devant cette maison qui cache le soleil le matin, notamment pour aller chercher le pain à la boulangerie, pendant les grandes vacances. Et ce tronçon de rue que je traverse alors a conservé la fraîcheur de l'aurore et fait même un peu frissonner les jambes nues.

Certains lieux de mon enfance ont, je pense, à l'image de ce mur couvert de lierre, construit mon orientation, ma perception de l’espace d'adulte.

Plus tôt encore, alors que j'étais bébé, j'étais gardée dans une maison perdue au milieu de champs de maïs. Ces mêmes champs reviennent souvent jouer les décors de mes rêves. Jaunes, à perte de vue, dégageant une chaleur noyée de soleil.

Je me souviens de ce restaurant de fruits de mer, en Vendée. Ambiance un peu glauque, grandes baies vitrées donnant sur l'océan gris, déco kitsch. Avant de voir la mer, en regardant dehors, c'est un long parking que l'on voyait. Tout autour, de petites maisons identiques en construction sortaient de terre comme des champignons. Dans la même région, je me souviens de cette petite maison en brique construite comme des dizaines d'autres, qui nous a accueillis, moi et ma famille, quelques années de suite. Des amis de mes parents, propriétaires de ce petit logement avec mini terrasse et mezzanine, nous prêtaient les clés du paradis quelques jours en été. En ouvrant la porte-fenêtre, nous arrivions sur un petit chemin de gravier qui menait au camping municipal. Et tous les soirs, une musique forte nous rappelait à quel point les gens s'y amusaient. 

Mon collège aussi, grand bâtiment pour une toute jeune fille, fut le lieu de toutes les angoisses, matérialisées par de longs couloirs sans fenêtres, par des escaliers interdits à certaines heures, par des salles de classes définies par des codes couleurs, par des temples réservés aux adultes qui semblaient les protéger de nous. Je me souviens du terrain de basket en contre-bas qui nous accueillait sur les derniers jours avant les grandes vacances, des salles de langues isolées dans un autre bâtiment, de la cantine carrelée, bruyante et froide. De cette toute petite salle magique au fond d'un couloir dans laquelle nous nous rendions exceptionnellement pour y regarder un film, privilège des vacances qui approchent. Ce bâtiment qui changeait de visage au fil des saisons a recueilli mes sensations d'adolescente en ses murs.

Aujourd'hui, mon regard est attiré par ces souvenirs d'enfant. Les photos que je prends cherchent parfois à reconstruire ces souvenirs gravés quelque part, qui ne restent qu'à l'état de mémoire friable. La lumière a souvent joué un rôle majeur dans la perception de ces espaces.

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mercredi 29 septembre 2010

La belle personne.

J'ai toujours aimé les rentrées.

Adolescente, je travaillais dans une librairie papeterie tout l'été et je voyais défiler dès début août les parents prévoyants et leurs listes à rallonges. On leur préparait leurs fournitures, glissant des stylos, des cahiers et des babioles dans de grands sacs en plastiques que les familles venaient rechercher plus tard. On commandait aussi des manuels scolaires qui arrivaient tout neufs et tout brillants et que je feuilletais discrètement, humant les parfums neufs, passant mes mains sur leurs pages glacées. J'imaginais avec plaisir l'usure que le temps allait imposer à tout ce matériel impeccable. Les pages cornées, les capuchons de stylos rongés, les gommes taguées... Et c'est avec grand soin que je sélectionnais de mon côté, aux premières loges, toutes les précieuses affaires qui allaient me suivre toute l'année, comme autant de grigris qui sauraient encadrer cette nouvelle étape. J'avais ce privilège d'être aux premières loges, dans l'antre des préparations.

La rentrée que j'ai préparée avec le plus de soin est celle de ma première année de lycée. J'idéalisais cette étape qui signifiait pour moi un passage vers l'âge adulte. C'était un synonyme de liberté, d'indépendance. J'étais pour l'occasion équipée mieux que jamais. J'avais cette année là travaillé dur. Je me souviens de ce samedi d'aout où nous sommes allés à la bourse aux livres qui se tenait dans la cour du lycée. C'était pour ma mère l'occasion de bonnes affaires, c'était pour moi le premier pas dans ce nouvel univers. Les jours qui ont suivi,  je me suis imaginée, électron libre, évoluant dans ce monde de "grands," enfin. Je m'identifiais à ces publicités Clairefontaine et Super Conquérant qu'on voyait à la télévision, dans lesquelles évoluaient des lycéens épanouis, dans des couloirs lumineux. Je croyais que ça aurait quelque chose du Cercle des poètes disparus. Puis il y avait ces longs couloirs aux hautes fenêtres, le marronnier de la cour, les salles de cours aux parquets cirés. J'idéalisais tout ça, je me voyais l'héroïne d'un film.

Puis la rentrée est arrivée. Je me suis avancée dans cette cour fourmillant de jeunes de mon âge et l'évidence m'a sauté au visage, je n'étais pas de leur âge. Je ne me reconnaissais pas parmi ces ado boutonneux et hurlants. Et je ne trouvais pas ma place. L'idée de la solitude cependant m'angoissais. Mes amies du collège semblaient à leur aise, dans leur élément alors que le regard des autres me perturbait au plus haut point. Sortir dans la cour au moment de la récrée était devenu une phobie. Si j'avais pu, je serais même allée m'enfermer dans les toilettes. Je me demande d'ailleurs si je n'ai pas eu recours à ce stratagème les mauvais jours. Je comptais les minutes qui allaient me ramener chez moi, dans mon cocon confortable, là où personne ne pouvait me juger, me regarder, m'aborder. Bien entendu, j'étais stupide, mais je regarde aujourd'hui ce monde avec un œil plus objective et je vois énormément de cruauté dans ce milieu. J'en venais à détester tous ces lycéens puériles qui ne semblaient accorder d'importance qu'à leur style, leur look, leurs amours... Pour contrer toutes ces angoisses et toute cette colère, je travaillais. J'alignais dans mes cahiers les mots, les schémas, les photocopies soigneusement collées et annotées. A midi, me rendre à la cantine me débectait. Manger au milieu de tous ces cris, ces bruits de bouches me hantait. Plus encore l'idée de ne pas trouver quelqu'un pour manger avec moi. Parfois, je ne mangeais pas. J'allais m'enfermer dans une de ces salles d'études, tout au fond du grand bâtiment. Celles qui étaient parfois baignées de soleil. Elles sentaient la craie et la poussière. Je m'y planquais parmi les quelques rares zombies qui s'y aventuraient. Collée contre un radiateur, je remplissais d'une écriture noire et serrée un grand cahier de mes mots d'inquiétude.

Avec l'automne est arrivée l'obsession. Dans mon bus, tous les matins et tous les soirs, il y avait ce garçon. Laurent, brun, grand, fort, avec les yeux de Knox Overstreet dans Le cercle des poètes disparus. Je me régalais de l'observer évoluant avec tant de facilité et de grâce dans ce monde hostile. Tout semblait lisse, il souriait, avait plein d'amis. Il était devenu mon petit plaisir quotidien et secret. Seule satisfaction de mes grises journées. Mais je voyais sans doute en lui quelqu'un qu'il n'était pas, j'idéalisais le personnage. Et jamais ne m'a même effleurée l'idée que j'aurais pu lui parler, l'approcher, le regarder dans les yeux...

Le printemps s'est pointé après un hiver de silence et de solitude et avec lui, j'ai su devenir une adolescente comme les autres, comme toutes celles que je méprisais. J'ai fêté mes seize ans avec une horde de boutonneux ivres, j'ai embrassé des garçons, j'ai fumé mes premières cigarettes, j'ai fait le mur pour aller à des soirées. Je pensais être seule au monde mais je n'étais qu'une copie conforme de toutes les autres.

***

Aujourd'hui encore, chaque rentrée est une nouvelle promesse. La vitrine de tout ce qui pourrait arriver. Le moment des bonnes résolutions, l'odeur du neuf...

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samedi 1 mai 2010

La photo de Thomas K.

miroir

Un grand bonhomme tout de noir vêtu au milieu d'une salle d'un blanc impressionnant. Il nous parle de peinture et de photographie. Je suis en sortie avec mes élèves dans une expo d'art contemporain. Les photos suspendues aux murs laissent mes étudiants songeurs. Intimidés par ce lieu qui ne leur est pas familier, ils osent vaguement quelques questions. Le grand monsieur en noir leur explique que la photo est un instant. Qu'elle prend de l'importance pour celui qui la voit, même si elle est mal cadrée, même si la technique a totalement échappé à celui qui l'a capturée. Elle peut devenir aux yeux de certains une richesse, même si pour d'autres, elle n'évoquera absolument rien. Et je repense à toutes ces photos jaunies et cornées qui s'empilent au fond de boites à chaussures...

Et une en particulier me revient. J'ai quinze ans. Je suis amoureuse. Pour la première fois, je crois bien. C'est quelque chose qui me ronge, qui m'obsède, qui me torture. Je ne peux plus penser à autre chose, plus rien ne m'intéresse. Je ne travaille plus en classe, je ne communique plus avec ma famille, mes amis ne me reconnaissent plus. Le jeune homme en question est blond, il a de longs cheveux, c'est un ange. Je l'ai rencontré quelques semaines auparavant alors que j'étais partie au bout de la France avec ma meilleure amie et ses parents. Pendant les vacances de Pâques, nous avions pris la route. Le beau temps n'était pas au rendez-vous et nous étions arrivés dans une station balnéaire déserte. Tout pourtant laissait imaginer l'effervescence de l'été. Elle et moi, sur des bicyclettes rouillées avons fait le tour de cette petite ville aux centaines de maisons identiques et abandonnées par des vacanciers qui ne reviendraient les occuper qu'avec l'apparition des belles journées.

Puis, dans ce contexte si particulier arrive l'ange. Il est grand, ses yeux sont rieurs, il a le même âge que moi, vit dans la même région, est en vacances avec ses parents et est le cousin de ma meilleure amie. Je suis immédiatement perdue, possédée par un sentiment dont j'ignore tout. Il ne semble pourtant pas me voir un instant. Il me paraît beaucoup plus âgé, plus responsable et sure de lui que moi. Je me souviens en particulier de cette soirée passée sur une plage déserte et froide. Il est tout prêt de moi et je bois ses paroles. Sa voix est douce et sa main touche la mienne. Nous sommes quatre assis à même le sable. Nous discutons, de tout, de rien, nous observant et nous jaugeant. Le temps passe trop vite. La semaine touche à sa fin. Il nous faut déjà repartir vers le Nord, avec l'idée impossible de retourner en cours.

Les jours passent. Je ne pense qu'à lui, je saoule mes amies de paroles creuses et futiles. J'écris son nom partout. Ma meilleure amie me dit qu'il est possible de le voir dans la matinée, tôt, alors que notre bus nous dépose devant le lycée. Elle connaît son trajet, lui qui se rend dans le lycée situé à l'autre bout de la ville. Nous l'attendons alors sur les marches froides d'un escalier, l'air de rien. Je ne sais plus s'il passe le premier jour, mais très rapidement ce rendez-vous devient incontournable : toute ma journée semble concentrée dans ces quelques minutes où j'ai l'occasion de le voir et de parler avec lui. Je pense qu'alors je devais lui paraitre complètement niaise, mon sourire naïf et mes yeux plein de petites fleurs bleues. J'aimerais revoir une de ces matinées...

Un jour, ma meilleure amie eut la bonne idée d'immortaliser un de ces instants. Elle a pris une photo avec un appareil gadget que son père lui avait ramené d'une foire. Quelques jours plus tard, elle me remettait le précieux cliché, mal cadré, flou et dont les couleurs paraissaient déjà jaunies. Et pire que tout, il n'y avait sur cette image que la moitié de son visage qui apparaissait. J'ai regardé cette photo jusqu'à l'user. Elle a trainé dans mes affaires des mois durant, je l'avais toujours sur moi. Elle s'est vite froissée, cornée. On y voyait les fameuses marches de l'escalier, la devanture d'une boutique, moi et lui, à demi. Des murs. J'aurais donné alors n'importe quoi pour la recarder et y voir l'intégralité de son sourire.

Puis un matin, sous un grand soleil, je lui ai demandé si quelque chose pouvait se passer entre nous deux. Je ne sais pas comment j'ai posé la question. Sans doute très maladroitement. Il m'a souri, il m'a dit non. Et je m'en suis retournée, honteuse et pleine de chagrin. Je n'avais pourtant rien fait pour qu'il puisse en être autrement. J'étais insignifiante, banale, effacée.

Cette passion m'a dévorée pendant quelques mois. J'en étais au point d'avoir cherché le numéro de ses parents dans l'annuaire et de laisser parfois sonner son téléphone jusqu'à entendre sa voix. Un matin de juin, ce fut le drame : je l'ai vu devant mon propre lycée avec une brune aux boucles soyeuses qui ce jour là portait des collants verts. J'ai vite su son nom, comme j'avais réussi à savoir celui de sa sœur, de ses parents, son adresse, sa classe et tout le reste. L'été a passé. Il était toujours présent pour moi, mais je me suis faite à l'idée que jamais rien ne pourrait m'aider.

A y repenser aujourd'hui, rien ne nous liait, nous n'avions que peu parlé et si peu en commun. Il ne se souvenait peut-être même pas de mon nom. Je ne sais pas ce qu'est devenue cette photo. Petit morceau de papier qui immortalise une fraction de seconde.

Après cette expo, le souvenir m'étant passé par la tête, j'ai recherché son nom sur le net. Je l'ai trouvé. Il a coupé ses cheveux. Il est photographe.

***

 

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dimanche 1 novembre 2009

En manque.

Voilà des mois que je vis sans lui. Au début, je me disais que je pourrai m'en passer, que je finirais par l'oublier. J'ai fait le deuil du plaisir qu'il avait pu me procurer. J'étais si perdue que je n'y pensais plus. Puis avec le temps, la frustration est née : le manque, l'absence se faisaient trop lourds.

Partout, tout le temps, je pensais à lui. Une image, une luminosité, un instant me rappelaient le vide qu'il avait laissé dans ma vie.  Plus possible de m'étourdir auprès de lui, de prendre du plaisir grâce à lui. Et il ne me restait que le souvenir du bonheur que ç'avait été de poser mes doigts sur lui, avec un résultat toujours plaisant, voire parfois spectaculaire.

J'ai eu envie de le retrouver. Une ou deux fois, par hasard, j'en ai eu l'occasion très brièvement. Ce n'était qu'une joie de courte durée, gâchée par l'idée trop présente qu'il allait bientôt à nouveau me quitter. J'ai su trouver, de façon éphémère, le plaisir auprès d'autres que lui. Mais ce n'était jamais pareil. La complicité que nous avions ne saurait être effacée ou remplacée par d'autres.

Le désir est toujours là. Voilà des mois que je n'ai plus d'appareil photo.

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mardi 25 août 2009

Grandes vacances.

Ma sœur et mon frère sont partis à l'autre bout de la France pour deux mois. Comme ce fut le cas sur les dernières années, ils s'échappent dès que l'école est finie vers les colonies de vacances. Cette année, ma sœur occupe le rôle de directrice et mon frère l'accompagne pour y jouer les personnels de service. Ce départ est toujours un moment difficile pour moi. Nous sommes très proches et l'idée de ne pas les voir si longtemps me peine, plus encore cette année, alors que le géant de la solitude me tourne autour comme un vautour.

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Ce fut cette fois-ci l'occasion de repenser à nos vacances d'enfants. Les souvenirs de ces moments d'insouciance m'ont transportée, bercée vers des univers définitivement révolus. Je garde de cette période une impression de toute puissance. La magie découlait tout d'abord de la lumière. Déjà à l'époque, j'étais fascinée par les opportunités que proposaient ces journées à rallonges : tellement plus de possibilités et de liberté qu'en hiver. C'est en particulier à la tombée de la nuit, alors qu'on est déjà en sursis par rapport à l'heure limite qui avait été donnée, que se réalisaient les plus belles bêtises. La maison de mes parents, située à l'orée d'une forêt nous ouvrait des portes mystérieuses vers des mondes qui semblaient ne pas exister le reste de l'année. Des fontaines d'eau glacée trônaient à chaque coin de rue, des fruits sucrés et juteux nous pendaient sous le nez et les arbres tortueux nous appelaient pour la constructions de cabanes secrètes. Nul besoin à l'époque de télévision, d'ordinateur ou même de courant. Il n'y a guère qu'Intervilles et Les Dents de la mer (traumatisme diffusé la veille des départs en bord de mer) qui m'aient laissé un souvenir du petit écran. Nous vivions à l'ère de la simplicité, dehors toute la journée, les jambes égratignés par les ronces, des croutes plein les genoux, crasseux mais le sourire jusqu'aux oreilles.

Aujourd'hui, j'aimerais des étés aussi simples, des évidences de bonheur, des impressions d'éternité. Cette année en particulier, rien n'a la saveur de l'insouciance, je ne parviens pas à oublier un instant tout ce poids sur mes épaules, toute cette douleur, et tout en devient terne et fade...

***

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vendredi 22 mai 2009

Un autre été.

Une carte mémoire perdue l'été dernier a fait sa réapparition,
à l'occasion du déménagement de Neb
qui a brassé des sacs, des meubles,  des contenus de placards...

Je ne pensais pas revoir un jour les images
de cette belle randonnée faite au-dessus de Barcelonnette...

Et aujourd'hui, alors que je n'ai pas pris un cliché depuis des semaines
et que l'idée d'un départ en vacances cet été semble pure abstraction,
il est tendre de voir comment lumière et couleur savent parler de bons moments;

papillons

Bien plus par ici sur "petit nid"

***

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lundi 30 mars 2009

Une fille et un garçon.

Tout a commencé par une rencontre virtuelle. Quelques mots apparaissant sur des écrans d'ordinateurs qui semblaient réduire la distance et la différence. Des mots dans lesquels chacun pensait lire un idéal. Ils y voyaient la possibilité de se découvrir sans prendre de risques et en prenant leur temps. Elle avait si peur de refaire les mêmes erreurs qu'elle pensait que cette option la protégerait.

Puis très vite, trop vite sans doute, le bouclier est tombé. Elle a voulu le voir, le toucher, savoir si cette alchimie existerait aussi en vrai, mettre fin à cette comédie des mots creux. Elle a pris sa voiture et est partie le rejoindre, loin là-bas, là-haut, seule. Elle a entendu sa voix pour la première fois, quelques minutes seulement avant de le voir, il lui indiquait le chemin. Puis tout s'est accéléré, il vivait dans une maison en bois, de grandes fenêtres laissaient entrer le soleil, il avait un sourire adorable et tout paraissait si simple à ses côtés. Il travaillait beaucoup mais accordait tout son temps libre à celle qui avait fait l'effort de venir le voir. Elle a voulu y croire et voir comme lui la simplicité, sans calculer. Ce premier séjour là-bas fut comme une parenthèse dorée et quand arriva le temps de rentrer chez elle, elle su qu'elle reviendrait forcément. De retour dans sa région, les mots sur les écrans sont à nouveau venus effacer la distance, mais cette fois-ci, ils étaient concrets et correspondaient à une réalité qu'ils avaient voulue tous les deux. Dès qu'elle le pouvait, elle retournait le voir, loin là-bas, pour des week-ends souvent trop courts et réglés comme du papier à musique, par les horaires de la SNCF.

Le printemps est venu et avec lui la volonté de réduire les distances. Il vint vivre chez elle et choisit d'y rester. Les années qui suivirent furent belles. Les premières furent faciles et accompagnées de décisions rapides car évidentes. Les suivantes un peu moins, car ternes et fades. Avec elles, des déceptions s'installèrent. Cette maudite routine, toujours la même qui s'insinue partout, dans tous les recoins. Puis les efforts qu'ils n'ont plus faits, les envies qu'ils n'avaient plus. Cette impression te,ace de s'être trompé effacée par la volonté d'y croire quand même. Les blessures, les peines, les "vieux dossiers."  Et l'incompréhension, les cris, les dialogues de sourds. Passer l'éponge et reconstruire sur des bases trop fragiles, trop de fois.

Elle a pris la décision au bout de cinq ans de vie commune. Elle a choisi de s'arrêter là. Elle avait trop souffert et savait qu'avec cette décision elle souffrirait encore. Il n'a pas voulu comprendre et écouter. Il a pensé qu'il avait encore le temps, que tout cela n'était qu'un caprice, qu'elle était juste "compliquée". Il pensait que tout cela était acquis : l'appartement, le futur et elle avec. Il n'avait pas vu non plus que son choix de démission un an plus tôt et son inactivité avait ébranlé leur couple. Il pensait que rien n'était grave, que tout était encore possible. Il voulait juste ne pas vivre seul. Et elle ne voulait pas de ce compromis, la solitude n'avait jamais été un problème et même si tout ce qu'elle avait construit devait s'effondrer, elle ne pouvait plus continuer comme ça.

***

Presque un mois a filé depuis ma décision. Nous vivons toujours sous le même toit car nous n'avons pas d'autre solution pour le moment. Il n'a pas de travail et l'appartement nous appartient à tous les deux. C'est sans doute le plus dur : ne pas pouvoir vraiment tourner la page. Nous ne sommes pas fâchés, juste tristes. Nous avons de toute évidence des vies très différentes aujourd'hui. Je me suis sans doute trompée. je crois que je le savais depuis longtemps mais que je ne voulais pas le voir.

J'ai fêté eu trente-et-un ans ce week-end. Je sors d'une bronchite carabinée (d'ailleurs je tousse encore comme une tuberculeuse) et la semaine précédente, je m'étais littéralement liquéfiée de l'intérieur. Je suis épuisée. Je reprends le boulot aujourd'hui après cinq jours de congés que j'ai passés au lit. Je voulais fuir un temps au bout de la France mais ma petite santé et la météo m'ont immobilisée chez moi. J'ai l'impression d'avoir touché le fond. Je me dis que maintenant je vais pouvoir avancer. Et surtout j'ai trouvé les mots pour le dire...

 

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