Diane Groseille

Une petite bille rouge et brillante, acidulée, avec des pépins. Roule, roule, roule.

dimanche 1 novembre 2009

En manque.

Voilà des mois que je vis sans lui. Au début, je me disais que je pourrai m'en passer, que je finirais par l'oublier. J'ai fait le deuil du plaisir qu'il avait pu me procurer. J'étais si perdue que je n'y pensais plus. Puis avec le temps, la frustration est née : le manque, l'absence se faisaient trop lourds.

Partout, tout le temps, je pensais à lui. Une image, une luminosité, un instant me rappelaient le vide qu'il avait laissé dans ma vie.  Plus possible de m'étourdir auprès de lui, de prendre du plaisir grâce à lui. Et il ne me restait que le souvenir du bonheur que ç'avait été de poser mes doigts sur lui, avec un résultat toujours plaisant, voire parfois spectaculaire.

J'ai eu envie de le retrouver. Une ou deux fois, par hasard, j'en ai eu l'occasion très brièvement. Ce n'était qu'une joie de courte durée, gâchée par l'idée trop présente qu'il allait bientôt à nouveau me quitter. J'ai su trouver, de façon éphémère, le plaisir auprès d'autres que lui. Mais ce n'était jamais pareil. La complicité que nous avions ne saurait être effacée ou remplacée par d'autres.

Le désir est toujours là. Voilà des mois que je n'ai plus d'appareil photo.

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mardi 25 août 2009

Grandes vacances.

Ma sœur et mon frère sont partis à l'autre bout de la France pour deux mois. Comme ce fut le cas sur les dernières années, ils s'échappent dès que l'école est finie vers les colonies de vacances. Cette année, ma sœur occupe le rôle de directrice et mon frère l'accompagne pour y jouer les personnels de service. Ce départ est toujours un moment difficile pour moi. Nous sommes très proches et l'idée de ne pas les voir si longtemps me peine, plus encore cette année, alors que le géant de la solitude me tourne autour comme un vautour.

IMG_1540

Ce fut cette fois-ci l'occasion de repenser à nos vacances d'enfants. Les souvenirs de ces moments d'insouciance m'ont transportée, bercée vers des univers définitivement révolus. Je garde de cette période une impression de toute puissance. La magie découlait tout d'abord de la lumière. Déjà à l'époque, j'étais fascinée par les opportunités que proposaient ces journées à rallonges : tellement plus de possibilités et de liberté qu'en hiver. C'est en particulier à la tombée de la nuit, alors qu'on est déjà en sursis par rapport à l'heure limite qui avait été donnée, que se réalisaient les plus belles bêtises. La maison de mes parents, située à l'orée d'une forêt nous ouvrait des portes mystérieuses vers des mondes qui semblaient ne pas exister le reste de l'année. Des fontaines d'eau glacée trônaient à chaque coin de rue, des fruits sucrés et juteux nous pendaient sous le nez et les arbres tortueux nous appelaient pour la constructions de cabanes secrètes. Nul besoin à l'époque de télévision, d'ordinateur ou même de courant. Il n'y a guère qu'Intervilles et Les Dents de la mer (traumatisme diffusé la veille des départs en bord de mer) qui m'aient laissé un souvenir du petit écran. Nous vivions à l'ère de la simplicité, dehors toute la journée, les jambes égratignés par les ronces, des croutes plein les genoux, crasseux mais le sourire jusqu'aux oreilles.

Aujourd'hui, j'aimerais des étés aussi simples, des évidences de bonheur, des impressions d'éternité. Cette année en particulier, rien n'a la saveur de l'insouciance, je ne parviens pas à oublier un instant tout ce poids sur mes épaules, toute cette douleur, et tout en devient terne et fade...

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vendredi 22 mai 2009

Un autre été.

Une carte mémoire perdue l'été dernier a fait sa réapparition,
à l'occasion du déménagement de Neb
qui a brassé des sacs, des meubles,  des contenus de placards...

Je ne pensais pas revoir un jour les images
de cette belle randonnée faite au-dessus de Barcelonnette...

Et aujourd'hui, alors que je n'ai pas pris un cliché depuis des semaines
et que l'idée d'un départ en vacances cet été semble pure abstraction,
il est tendre de voir comment lumière et couleur savent parler de bons moments;

papillons

Bien plus par ici sur "petit nid"

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lundi 30 mars 2009

Une fille et un garçon.

Tout a commencé par une rencontre virtuelle. Quelques mots apparaissant sur des écrans d'ordinateurs qui semblaient réduire la distance et la différence. Des mots dans lesquels chacun pensait lire un idéal. Ils y voyaient la possibilité de se découvrir sans prendre de risques et en prenant leur temps. Elle avait si peur de refaire les mêmes erreurs qu'elle pensait que cette option la protégerait.

Puis très vite, trop vite sans doute, le bouclier est tombé. Elle a voulu le voir, le toucher, savoir si cette alchimie existerait aussi en vrai, mettre fin à cette comédie des mots creux. Elle a pris sa voiture et est partie le rejoindre, loin là-bas, là-haut, seule. Elle a entendu sa voix pour la première fois, quelques minutes seulement avant de le voir, il lui indiquait le chemin. Puis tout s'est accéléré, il vivait dans une maison en bois, de grandes fenêtres laissaient entrer le soleil, il avait un sourire adorable et tout paraissait si simple à ses côtés. Il travaillait beaucoup mais accordait tout son temps libre à celle qui avait fait l'effort de venir le voir. Elle a voulu y croire et voir comme lui la simplicité, sans calculer. Ce premier séjour là-bas fut comme une parenthèse dorée et quand arriva le temps de rentrer chez elle, elle su qu'elle reviendrait forcément. De retour dans sa région, les mots sur les écrans sont à nouveau venus effacer la distance, mais cette fois-ci, ils étaient concrets et correspondaient à une réalité qu'ils avaient voulue tous les deux. Dès qu'elle le pouvait, elle retournait le voir, loin là-bas, pour des week-ends souvent trop courts et réglés comme du papier à musique, par les horaires de la SNCF.

Le printemps est venu et avec lui la volonté de réduire les distances. Il vint vivre chez elle et choisit d'y rester. Les années qui suivirent furent belles. Les premières furent faciles et accompagnées de décisions rapides car évidentes. Les suivantes un peu moins, car ternes et fades. Avec elles, des déceptions s'installèrent. Cette maudite routine, toujours la même qui s'insinue partout, dans tous les recoins. Puis les efforts qu'ils n'ont plus faits, les envies qu'ils n'avaient plus. Cette impression te,ace de s'être trompé effacée par la volonté d'y croire quand même. Les blessures, les peines, les "vieux dossiers."  Et l'incompréhension, les cris, les dialogues de sourds. Passer l'éponge et reconstruire sur des bases trop fragiles, trop de fois.

Elle a pris la décision au bout de cinq ans de vie commune. Elle a choisi de s'arrêter là. Elle avait trop souffert et savait qu'avec cette décision elle souffrirait encore. Il n'a pas voulu comprendre et écouter. Il a pensé qu'il avait encore le temps, que tout cela n'était qu'un caprice, qu'elle était juste "compliquée". Il pensait que tout cela était acquis : l'appartement, le futur et elle avec. Il n'avait pas vu non plus que son choix de démission un an plus tôt et son inactivité avait ébranlé leur couple. Il pensait que rien n'était grave, que tout était encore possible. Il voulait juste ne pas vivre seul. Et elle ne voulait pas de ce compromis, la solitude n'avait jamais été un problème et même si tout ce qu'elle avait construit devait s'effondrer, elle ne pouvait plus continuer comme ça.

***

Presque un mois a filé depuis ma décision. Nous vivons toujours sous le même toit car nous n'avons pas d'autre solution pour le moment. Il n'a pas de travail et l'appartement nous appartient à tous les deux. C'est sans doute le plus dur : ne pas pouvoir vraiment tourner la page. Nous ne sommes pas fâchés, juste tristes. Nous avons de toute évidence des vies très différentes aujourd'hui. Je me suis sans doute trompée. je crois que je le savais depuis longtemps mais que je ne voulais pas le voir.

J'ai fêté eu trente-et-un ans ce week-end. Je sors d'une bronchite carabinée (d'ailleurs je tousse encore comme une tuberculeuse) et la semaine précédente, je m'étais littéralement liquéfiée de l'intérieur. Je suis épuisée. Je reprends le boulot aujourd'hui après cinq jours de congés que j'ai passés au lit. Je voulais fuir un temps au bout de la France mais ma petite santé et la météo m'ont immobilisée chez moi. J'ai l'impression d'avoir touché le fond. Je me dis que maintenant je vais pouvoir avancer. Et surtout j'ai trouvé les mots pour le dire...

 

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mardi 19 août 2008

Comme un clou.

Contexte : il y a plusieurs semaines, séjour dans les Alpes.

Midi. La nuit a été courte. Le trajet vers les vacances nous a demandé des heures de concentration sur la route. On est arrivé tard, et on a dormi une bonne partie de la matinée. Nos hôtes sont là pour nous accueillir. La table en chêne massif de la cuisine est l'occasion du premier contact, du résumé de la veille, de l'ébauche du programme des jours à venir. Nous autour : Neb, son beau-père et moi. Mais pas elle, la mère de Neb. Elle ne peut pas tenir en place. Dès les premières minutes, je la sens anxieuse, nerveuse, ses hanches semblent avoir fondu depuis la dernière fois qu'on l'a vue en mars, elle est tout anguleuse, tout en mouvement, en agitation permanente. Difficile de croiser son regard, elle baisse les yeux. La nourriture s'étale devant nous. Pas grand chose : du pain, du fromage, de la charcuterie, quelques fruits. De quoi attaquer une première après-midi en montagne. Elle tourne autour de nous avec sa nervosité. Elle ouvre le frigo, le referme, le rouvre, en sort des aliments, les observe, les soupèse, en examine le descriptif, la composition, la teneur en matière grasse. Tout cela en débitant nerveusement des questions, sans écouter vraiment les réponses. Je vois bien qu'elle épie chacun de nos gestes, les aliments que l'on pose dans nos assiettes, que l'on découpe, que l'on attrape de la pointe d'un couteau et que l'on met en bouche. Je lis du dégout dans ses yeux, de l'amertume. Elle tourne toujours. Elle ne mangera pas, dit ne pas avoir faim, prétend mal digérer.

Les jours qui suivent, son attitude m'inquiète, les petits travers qui m'ont fait sourire les premiers jours s'accentuent et m'agacent. Elle peut ne pas manger de la journée, plusieurs jours de suite même et malgré son agitation, elle résiste au besoin de s'installer à table avec nous. Les excuses sont toujours les mêmes : aliments qu'elle ne digère pas, trop mangé la veille, autre chose à faire... Elle découpe parfois soigneusement une pomme pour son seul repas de la journée, elle l'épluche parce qu'elle ne digère pas la peau et la mange, en tout petits cubes qu'elle mastique méthodiquement, seule à table, pour se concentrer.

Elle nous exclut très vite de sa normalité, nous trouvant trop gros et inconscients. Elle part tous les jours marcher plusieurs heures en montagne. Nous, nous ne faisons pas assez de sport à son goût et nous allons sans doute encore grossir. Elle feuillète des magazines dans lesquels s'étalent des corps sculptés et retouchés à la palette numérique. Elle juge chacun des aliments que nous ingérons. Je suis triste pour elle. Le grincement de la porte du frigo la fait arriver dans la cuisine au galop, elle panique lorsque nous jugeons poli de faire quelques courses, ne maitrisant soudainement plus le contenu de son frigo/de sa vie. L'ambiance se dégrade. Son mari lui fait remarquer son attitude, qu'il semble accepter quand ça le concerne. Notre présence le fait de toute évidence réfléchir à ce qu'il n'avait peut-être pas vu pour l'avoir sous son nez tous les jours. Plusieurs fois, mon entrée dans une pièce semble interrompre une conversation houleuse. Notre présence qui avait été souhaitée les autres années ne l'est sans doute pas... Nous essayons tant bien que mal de faire abstraction des pics et des regards lourds et nous repartons avec le malaise qu'elle a su nous transmettre et cette inquiétude qui l'accompagne, sans avoir su trouver les mots pour lui parler, pour franchir cet écran de glace qu'elle a imposé entre elle et nous pendant tout le séjour.

Hier, elle appelle Neb, elle s'inquiète des entretiens qu'il doit passer prochainement. Le seul conseil qu'elle trouve à lui donner est de perdre trois ou quatre kilos avant le jour J. Comment est-il possible d'être à ce point à côté de la plaque.

 

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vendredi 20 juin 2008

La grande ville.

J’ai grandi à la campagne, la maison familiale était située à quelques centaines de mètres de la forêt, au pied d'une petite montagne bleue. Il suffisait de quelques foulées pour arriver essoufflé, dans la fraicheur des sous-bois. Ma sœur, mes voisins et moi y construisions des cabanes dans lesquelles nous cachions des trésors de pacotille et qui nous servaient de refuges les journées trop chaudes d’été. Il y a avait à chaque coin de rue dans mon village des fontaines dans lesquelles nous pataugions, et dont l’eau glacée que nous buvions malgré les interdictions maternelles, nous collait des crampes abominables. Je me souviens des limites de nos territoires, ces zones obscures et sauvages qui s’étendaient au-delà de nos habitudes de jeux et qui nous effrayaient sans qu’aucun de nous n’ose l’avouer. Il me reste l’ivresse de nos virées à bicyclette, courses folles dans la verdure dont on revenait avec les jambes griffées et des bleus aux genoux. Tout est aussi flou que ces fins de journées estivales où l’on restait dehors le plus tard possible, sans se soucier de la nuit, sans savoir quelle heure il était, criant et chantant pour ne pas entendre les appels des parents qui nous voulaient au bercail. Les odeurs de chacun de ces moments sont par contre toujours là, intactes, écrites quelque part avec une précision que le temps ne gomme pas. Il me reste de mon enfance cette sensation de liberté et d’insouciance, et je pèse avec le temps la chance que j’ai eu de grandir dans cet écrin de verdure.

Herbe

Mes grands-parents quant à eux vivaient en ville. Et de temps en temps, souvent le mercredi après-midi, on nous installait dans la voiture après nous avoir débarbouillées ma sœur et moi pour une expédition citadine. La ville représentait pour nous à la fois le danger, l’oppression et l’inconnu : un univers trop lointain et trop différent du notre. Mes grands-parents occupaient le rez-de-chaussée d’un petit pavillon avec jardin, tout près d’une place bruyante et grouillante. Je garde surtout cette image des volets clos de la cuisine qui retenaient la fraicheur des petits matins et laissaient filtrer des rayons de lumière trahis par des poussières en suspension, comme des lucioles. Dans ce petit jardinet auquel on accédait pas un escalier de pierres, des graviers qui crissaient sous les semelles, un grand sapin et cette grille haute qui nous protégeait de la ville toute proche. Parfois nous passions sur cette grande place qui me semblait alors immense : en son centre, une église aux dimensions effrayantes comparées au clocher de mon petit village. Tout autour, des dizaines de commerces, des gens pressés et bien habillés, des voitures. Et cette impression à chaque fois que c’était le cœur de tout, là où tout se passait, une fourmilière. Je sentais ma mère  à la fois émoustillée et intriguée par cette énergie et ce va-et-vient. Ma sœur et moi, avions des consignes strictes : rester sages comme des images et mesurer chacun de nos gestes, ce qui nous confortait encore dans l’idée que cet univers si particulier n’était pas le notre

***

Aujourd’hui, près de vingt ans plus tard, je vis dans ce même quartier. Je m’y suis installée il y a plus d’un an maintenant, un mois après le départ de ma grand-mère qui y vivait seule et qui a choisi de s’installer chez ma mère à la campagne. Comme un échange. Notre nouvel appartement est situé à l’autre bout de la place et chaque jour j’emprunte ces mêmes trajets qu’autrefois, et des images me reviennent de ce qui m’impressionnait alors et qui est devenu si banal aujourd’hui. Ce que je considérais comme une grande ville n'est qu'un petit quartier presque tranquille, comme un village à l'intérieur de la ville.

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mercredi 18 juin 2008

Retour vers le futur.

Il aurait fallu que je me rende là-bas pour un rendez-vous banal : une sombre histoire de cours qui n'aurait pas pu se régler autrement, ce genre de coïncidences qu'on aime pas. Je n'aurais pas pu y penser avant et pourtant... Arrivée largement en avance, un peu nostalgique et en même temps pleine d'appréhension, j'aurais fait les quelques pas qui m'auraient projetée dans mon passé... Et elle aurait été là, assise à la table ronde de l'entrée du bar, calée dans le coin, avec son verre de grenadine sous les yeux, une clope qui se consume dans le cendrier et son stylo glissant sur son éternel cahier clairefontaine.

Quand je me faufile à l'intérieur, elle ne semble pas faire attention à moi et continue à noircir sa page de lignes appliquées. Je sais qu'elle m'a vue parce que je la connais très bien. Je reconnais son pull bleu marine bien trop grand pour elle, aux manches élimées,d'avoir été trop porté, son jean troué au genou droit, son chech gris enroulé autour de ses épaules. Je saurais même dire quel parfum elle porte, sans avoir à m'approcher d'elle. Accoudée au bar, je prends le temps d'observer ce corps que je connaissais par cœur et qui m'a échappé avec le temps : la longueur de ses doigts qu'elle trouve boudinés, ses cheveux longs attachés en chignon par un simple élastique, la maigreur de ses membres qui semblent si fragiles et qu'elle ne voit pas, sa peau encore marquée de l'adolescence. J'ai envie de m'approcher bien sur, mais comment va-t-elle me recevoir ? Je ne sais pas si l'idée est bonne et je décide finalement de commander un verre et de rester au bar dans le brouhaha de cette fin d'après-midi. Au fond de la salle quelques personnes jouent aux fléchettes. Elles aussi, je les reconnais, ce sont ses amis. Si elle savait comme les choses vont changer en quelques mois, comme ces personnes  qui lui semblent immuables vont s'éloigner. Son air détaché me fait sourire car je sais que ce n'est qu'une carapace et qu'à l'intérieur, ce ne sont que doutes et trouilles. J'aurais tant de questions à lui poser, tant de mises en garde à lui chuchoter à l'oreille, j'aimerais soudain la protéger puisque je sais tout ce qui va suivre pour elle. Je voudrais lui éviter ses fréquentations qui lui feront du mal, ces gens qui ne lui apporteront rien ou qui la pousseront à faire de mauvais choix.  Et je me dis alors que non, elle a eu besoin de ça, ça l'a construite, ça lui a permis d'être plus forte, de faire de meilleurs choix par la suite. Alors qu'on pose un thé sous mes yeux et que l'heure de mon rendez-vous approche, je croise son regard, froid mais curieux.

***

1994

Parking Eurodisney, 1995.

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Lundi après-m' : le printemps, dehors les magnolias en fleurs, encore la fraîcheur dans l'air mais cette impression comme chaque année que je me réveille, je m'étire et la vie me revient. Je suis venue me recroqueviller ici. J'ai encore séché une demi-journée, quelques heures volées à passer ailleurs, là où je sens que je peux exister.  P. était dans la cour en début d'après-m', avant que la sonnerie ne retentisse,  il est venu vers moi, ses yeux bleus rieurs, ses boucles blondes, ses mains enfoncées dans ses poches, ensemble nous avons passé la grille du lycée, petits pas vers une après-midi de liberté et d'insouciance, avec nos amis.  Maintenant, je suis installée dans ce bar, à cette table qui est comme un repère, comme une sécurité. Tant de souvenirs ici en quelques mois seulement, impression d'éternité et de stabilité.  Les filles sont allées en cours, elles n'ont pas voulu venir cette fois. J'ai cette émotion qui fourmille en moii : il peut se passer quelque chose à chaque instant, il pourrait me prendre dans ses bras, il pourrait me regarder pour de vrai, il pourrait me dire ces mots que je me murmure tous les soirs en m'endormant. J'ai cette certitude que je ne suis plus une enfant, que la vie s'ouvre à moi, que j'en écris enfin la musique et les paroles. J'observe mon verre de grenadine, les volutes de sirop qui y tournoient et se confondent aux volutes de ma cigarette posée dans le cendrier. Le futur n'a aucune importance, c'est chaque moment qui compte. Carpe diem.

Depuis tout à l'heure, je couvre mon cahier des mots de ma vie pendant que les garçons jouent aux fléchettes. Je les observe, j'aime les voir rire et évoluer en gestes lents et souples. J'aime sentir le regard de P. sur ma peau. Regard circulaire. Il y a cette femme au bar qui semble émue. Je ne l'ai jamais vue ici. Elle souffle sur son thé et joue avec les clés de sa voiture, nerveusement. Nos regards se croisent.  J'observe quelques détails, la forme de son visage et sa façon de se tenir, un peu enfantine, pas vraiment sure d'elle. Ses yeux sont à peine maquillés et semblent fatigués, quelques rides marquent le temps sur son visage, ses cheveux ondulent sur ses épaules. Elle attend de toute évidence quelqu'un qui ne vient pas et je lis dans ses gestes l'envie de partir, la gêne. Je remarque ses ongles soignés, les bagues qu'elle porte, les arabesques que dessinent ses mains autour de sa tasse, la hauteur des talons de ses bottes, sa façon de croiser ses jambes sur le tabouret. Je ne sais pas pourquoi son image me fascine rapidement. Je trouve qu'elle me ressemble.

r_veuse___16_ans


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jeudi 17 avril 2008

Madinina.

Le soleil s'est couché aujourd'hui.
J'ai versé une larme en l'apprenant.
J'ai toujours tellement aimé ses mots.
Très tôt.
Et l'homme, tellement juste, tellement fort.
Je suis triste pour la Martinique.

bleu_pale

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mercredi 5 décembre 2007

Rembobiner.

Pour en revenir à cette hypothèse, je raisonne volontiers comme Stella K, heureusement qu'une telle chose n'existe pas, j'y passerai une bonne vingtaine d'années (parce que je ne pousserais quand même pas le vice à me regarder dormir), mais j'ai bien réfléchi et si je ne devais en sélectionner que quelques uns...

gling_gling


  • Les premières minutes de ma vie de vraie prof, il y a sept ans, face à une classe de 3emes. J'avais essayé de trouver une tenue qui me vieillissait un peu et je ne sentais plus mes jambes. (Pour la petite anecdote, je retrouve aujourd'hui une élève de cette même classe dans une de mes classes de BTS.)
  • Les balades dans la nature avec Whawha, disparue il y a trois ans déjà.
  • Ce jour de 2002 où ma tête est violemment allée s'écraser sur le bitume d'une rue pleine de lumière.
  • Mon premier amour, la naïveté, la simplicité, le fusionnel.
  • Premier séjour en Martinique avec Lo, la passion, la sensualité, l'insouciance.
  • L'accident de voiture où j'aurais pu perdre la vie.
  • Des clichés de mon enfance, toute petite, avec mon chien de l'époque, ma coupe à la Mireille Mathieu, toutes les bêtises que j'ai pu faire avec ma soeur et mes voisins, mes robes à fleurs...

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dimanche 21 octobre 2007

Premier soleil.

Il y a un peu moins d'un an, nous partions au soleil. Ç'avait été pour moi une semaine merveilleuse, magique, bien au-delà du clicher de la carte postale, mais sans doute avec un petit quelque chose du paradis malgré tout. J'en suis revenue toute pleine de force pour l'hiver. Il arrive ces jours-ci, avec un air qui se fait plus vif, une lumière plus timide. J'appréhende toujours un peu, la crainte de m'endormir, comme le dit si bien Emilie Simon, comme une fleur de saison, pour ne me réveiller qu'en mai, étant passée un peu à côte de moi-même...

cocotiers_roses

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