mardi 22 septembre 2015

Des amis.

champs

Un après-midi d'été, tout occupée à tambouiller, j'ai écouté le podcast de cette émission sur l'amitié, sur l'amour. Qu'est ce qu'aimer ? Quelles sont les frontières ? Qui est l'ami, l'amoureux, l'amant ? Des témoignages amusants, pertinents, forts...

Je n'ai pas toujours eu d'amis. J'ai connu des périodes de ma vie où ils étaient absents, ou peu nombreux, ou distants. Sur ces périodes, peut-être que moi-même j'étais absente, éparpillée, distante.

Enfant, j'ai beaucoup trainé dans les jupes de ma mère. Je me fiais à ceux que je connaissais déjà, les voisins, les copains d'école. Mais je n'ai jamais su aller vers les autres. Je crois que ma mère me transmettait une espèce de crainte. Pourtant nous étions très entourés, mes parents étaient très impliqués dans des projets associatifs, il y avait toujours du monde. Il y a quelques jours, j'ai repensé à ça, alors que j'étais installée dans un parc pour un concert avec des amis, justement. L'une de ces amies était là avec son petit garçon, un adorable petit gars, métis, très poli, très calme. Il a mangé sa salade de riz, sagement installé sur son plaid, a écouté les discussions obscures des adultes et quand sa maman lui a dit "tu peux aller jouer maintenant", il a bondi, comme s'il attendait ce signal, et s'est précipité vers le petit groupe d'enfants qui jouaient là, un peu plus loin. Je demande à sa mère "tiens ? Il les connaît ?". "Non pas du tout" me répond-elle naturellement. Et pourtant, comme la plupart des enfants, en quelques secondes, il adoptait leurs codes, leurs jeux, leurs prénoms... Je n'ai jamais su faire ça, d'où me venait alors cette crainte ?

Je me souviens de ma peur, jeune collégienne qui entrait en 6eme, de ne connaître personne. Dans ma classe. Dans la cour. A la cantine. Y penser m'empêchait parfois de dormir et quand je sombrais dans le sommeil, il était agité de rêves angoissants. Pourtant j'étais entourée. Mais l'idée que mes amis puissent être absents me paniquait.

Plus tard au lycée, j'ai perdu de vue mes amis du collège. Il a fallu se faire de nouveaux amis. Cela m'a demandé des mois et des efforts considérables. J'ai souvent perçu les autres comme extrêmement différents de moi. J'ai négocié avec mes parents pour ne plus manger à la cantine, tant l'idée de devoir me tourner vers des inconnus me dérangeait. J'ai alors erré pendant des mois, solitaire, dans les bistrots du coin, dans les salles d'étude, à lire, à écrire, en mangeant froid, dans l'attente de la reprise des cours de l'après-midi. Puis au printemps de mon année de seconde, j'ai enfin su créer des liens, taisant ma méfiance. Ce sont d'ailleurs les autres qui ont fait cette démarche, qui sont venus vers moi, qui ont su m'apprivoiser.

En fac, c'est le même scénario qui s'est reproduit, encore. J'étais partie pour une ville nouvelle, pour suivre celui que j'aimais alors. Je me sentais seule et toujours différente. Je me limitais à des échanges polis dans le cadre des cours. Rarement, j'allais boire un verre avec quelqu'un ou je sortais au cinéma. J'étais alors très tournée vers ma vie de couple, premier amour fusionnel. Il a fallu que cette relation prenne fin pour que je créé à nouveau, par la force des choses, un réseau, des relations, qui sont devenus des amis. Là aussi, ce sont eux que j'ai fini par laisser venir vers moi, ils ont fait cette démarche de venir me chercher...

J'ai souvent perdu des amis. Souvent par la force des choses. Enfant, adolescent, on change si vite. Parfois aussi, parce que je me suis sentie trahie. D'autres fois, sans raison, sans comprendre et c'est peut-être le plus dur.

Aujourd'hui, je peux dire sans me tromper que j'ai des amis. Beaucoup. Des personnes sur lesquelles je peux compter. Des relations qui ne sont pas artificielles. Ma vie sociale est épanouie, plus qu'elle ne l'a jamais été. Je suis moins méfiante, et je crois que c'est simplement car j'attends moins de ces relations. Je prends mes amis comme ils sont, avec leurs différences, leurs erreurs, leurs défauts. Et je crois qu'il savent en faire de même.

Parfois, j'ai eu des "coups de foudre amicaux". Oui. Une personne rencontrée dans un contexte où rien ne se prêtait à l'amitié. Une rencontre rapide, une relation qui aurait pu être superficielle ou éphémère. Pourtant l'alchimie opère. Un rire, une façon de se positionner, un regard, l'amorce d'un dialogue... peuvent suffire à établir une curiosité, un intérêt, le point de départ de la confiance. Ce fut le cas avec Karim, en 2009. Je vivais une rupture, il était sur le point de se marier. J'ai été invitée à la cérémonie. C'est grâce à lui que j'ai rencontré Gab.

Mon ami est pour moi celui qui me respecte, celui qui me soutient, celui qui rit des mêmes choses que moi, celui qui peut se moquer de moi, celui qui écoute, celui qui donne, celui qui partage. Il est précieux. Il est un cadeau. Il est une richesse.

***

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vendredi 22 mai 2015

A la perfection.

Il y a des femmes parfaites, elles existent.

Dans la lumière, la femme parfaite éclate d'une beauté simple. Elle dégage un charme bouleversant. Sa présence est un enchantement.

Elles a le mot juste / le pli du vêtement impeccable / le sourire émail diamant / le parfum envoûtant / la silhouette de rêve / l'idée qui fait tilt / le temps de tout faire / l'énergie positive / la force de caractère / l'humour adapté / une connaissance approfondie de l'actualité et du monde qui l'entoure / une intelligence à toute épreuve / une beauté simple mais éclatante / une créativité exceptionnelle / un don pour la cuisine / ...

Les enfants de la femme parfaite sont parfaits. Obéissants et drôles, ils sont attachants sans être envahissants.

Le compagnon de la femme parfaite est parfait. A eux deux, ils vivent le parfait amour, respirent la joie de vivre, il est évident qu'ils sont faits l'un pour l'autre. Jamais de tension, leur complicité et leur amour sautent aux yeux.

La femme parfaite est une parfaite collègue. Elle est serviable et efficace. Ses compétences sont toujours sollicitées et on loue son à-propos.

La femme parfaite est une amie parfaite. Elle n'oubliera jamais un anniversaire. Elle trouve les mots les plus doux pour réconforter et a de formidables capacités d'écoute et d'empathie. Elle sait valoriser et aimer ses proches qui se sentent toujours bien à ses côtés.

La maison de la femme parfaite est parfaite. Décorée avec goût, elle est toujours rangée, chaque chose est à sa place. Tout est pensé pour que ce soit évident. Ça sent bon et c'est propre et lumineux. On s'y sent bien immédiatement.

Les défauts de la femme parfaite ? Elle est gourmande (mais peut toujours se le permettre), elle se dit timide (mais lorsqu'elle est là, on ne voit et n'entend qu'elle), elle est perfectionniste (allons bon !)... Puis la femme parfaite sait être imparfaite quand il faut, juste comme il faut : elle sait surprendre avec le décalage, elle sait être là où on ne l'attend pas, nonchalante ou agaçante, juste ce qu'il faut...

***

Mon principal défaut ? Vouloir être la femme parfaite...

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lundi 6 octobre 2014

Histoire de fesses.

Attention lecteur, ce message peut te surprendre, te déranger, te choquer...

Par sa vulgarité bien sur ( occurences de "cul") mais aussi par son caractère inutile et/ou égocentré.

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"La Patrie, l'honneur, la liberté, il n'y a plus rien : l'univers tourne autour d'une paire de fesses, c'est tout..."

Jean Paul Sartre

"Occupe-toi de ton cul"... Mais oui, je ne fais que ça. Je ne pensais pas que l'obsession qui est celle de toute une société pouvait à ce point devenir mienne. Parler de cul ? Oui, j'ai déjà fait souvent ici, raconter des histoires olé-olé. Mais si on parlait vraiment de fesses ?

Quand d'autres se regardent le nombril, mon obsession du moment tourne autour des fesses. Et je ne suis de toute évidence pas la seule. Hommes et femmes semblent fascinés par ce territoire de notre anatomie, à tel point qu'il trouve place partout, dans la pub, le cinéma, la musique, l'art... Pourquoi tant d'intérêt ? Je n'ai pas la réponse, mais je suis moi-même victime de cette machination. On a tous croisé une faux-cul qui affirme qu'elle est bien au-dessus de ces diktats, qu'elle est en paix avec son corps, qu'elle n'est pas de ces victimes de la mode et le tout, la bouche en cul de poule... Mon cul oui ! Pour ma part, j'ignore si la réflexion est pleinement personnelle (besoin de retrouver un corps avec lequel je suis simplement  à l'aise) ou issue d'une vraie influence médiatique (à moi ce corps parfaitement photoshopé qu'on me donne à manger tous les jours !). Quoi qu'il en soit, la question me colle aux fesses...

Et je ne me limite pas aux miennes ! Pire que ces mâles attablés sur les terrasses déjà bien fraîches du moment, faisant le guet derrière un demi, je scrute, j'évalue et je prends moi aussi du plaisir à mater. Mais lorsque l'homme y voit l'objet du désir, j'en apprécie pour ma part simplement l'esthétique, les contours, le volume. J'y vois un baromètre, je jalouse, je me rassure, je compare, je rêve moi aussi du petit cul magique qui se dandine bien haut dans un slim taille 36. Du 36, je n'ai que les bougies et les derniers temps, les derniers mois, j'ai multiplié les efforts pour me débarrasser des kilos venus se blottir juste là et de cette fameuse culotte de cheval. Je me trouvais la miche molle, je me trouvais la miche moche, alors je me suis mis un bon coup de pied au cul pour manger mieux, manger moins. Les efforts sont constants et payants et après des mois pour réapprivoiser mon popotin, je lui trouve à nouveau un certain charme, quand perchée dans des escarpins qui m'ont coûté la peau des fesses, celui-ci sourit timidement. Ça valait le coup de se casser le cul !

Mais au-delà de ces considérations esthétiques, mon cul s'est rappelé à mon bon souvenir cet été à plusieurs reprises. Comme je ne le vois pas, ce dernier à dû juger malin de se manifester par d'autres moyens. Je suis tombée sur le cul. Non pas d'étonnement, mais de maladresse. Et deux fois, car elle valent mieux qu'une. La première, en Bretagne, loin de mes repères, j'ai glissé dans l'escalier, dévalant quelque dix marches, rabotant mon fessier au passage. La cascade s'est soldée par un beau bleu (qui a d'ailleurs tenté toutes les couleurs de l'arc en ciel, camaïeu de douleurs). Puis quelques jours plus tard, c'est dans les prés un soir de pique nique que j'ai glissé dans un talus me réceptionnant sur mon coccyx. On ne sait jamais tant à quel point un coccyx est utile à un corps humain que quand on tombe dessus. Suite à cette seconde chute, j'en ai eu ras le cul, et j'ai voulu voir un message subliminal que m'envoyait ma lune. "Bouge toi le cul". En effet, une alimentation rigoureuse ne satisfait plus mes exigences. Allons plus loin, soyons fou ! Je me remets au sport. Alors depuis des semaines, fini la tête dans le cul, je marche une heure tous les jours ou presque et je me suis inscrite à un atelier "cirque" qui semble me réconcilier avec mon équilibre, ma souplesse et la partie trop charnue de mon anatomie. Nous voilà de nouveau comme cul et chemise, réconciliés ! Et que cela ne m'empêche pas de me cuisiner de bon petits plats, à me taper le cul par terre s'il vous plait !

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jeudi 12 juin 2014

Synesthésie.

La synesthésie (du grec syn, avec (union), et aesthesis, sensation) est un phénomène neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés.

Il y a quelques semaines, autour de la table garnie d'un restaurant exotique, un soir de semaine, il (ce même il dont il était question ici), me colle cette étiquette : "tu es synesthésique". Il a raison, et sans savoir le nommer, je le savais depuis toujours. Quelques exemples :

  • Depuis toute petite, dans ma tête, les prénoms ont des formes et des couleurs. La première fois que je m'en suis rendue compte, c'était en parlant d'une certaine Suzanne. Pour moi, ce prénom est orange et bouclé. Je peux l'affirmer avec évidence depuis que je sais parler. Je me souviens surtout de ma surprise en découvrant que les autres ne le voit pas.
  • La musique est colorée et peut avoir un goût. Je peux dire par exemple avec certitude que Where is my mind des Pixies est acidulé et que L'homme aux bras ballants de Tiersen est de plus en plus foncé et rouge.
  • Depuis que j'ai rencontré G., il y a plus de dix ans, je vois parfois des paysages en musique. Regarder des alignements de vignes en voiture me fait venir de la musique rythmée dans la tête.

Un jour, faut aussi que je parle de ma misophonie et plus sépcifiquement du fait que je pourrais égorger celui qui fait du bruit avec sa bouche...Mais sinon, je vais bien.


L'Homme aux bras ballants

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dimanche 18 décembre 2011

La grosse sieste.

Diane groseille s'est endormie. Je pourrais vous pondre un truc bien poetique avec des références à Morphée ou à Rimbaud mais en fait non, allons droit au but : elle a pioncé comme un gros sac, épuisée de me voir galoper dans tous les sens. Elle m'a laissé toute la place pour aller faire son gros roupillon dans son coin. Et j'avoue que les derniers temps, je pensais même plus à elle, débordée que j'étais par mes objectifs, mes priorités. J'aurais pu aller la réveiller, la bousculer un peu, histoire qu'elle vienne ici proposer quelques mots, mais ça ne m'est même pas passé par la tête.

Je me demande aujourd'hui ce qu'elle devient, si elle sait toujours écrire, si elle a toujours quelque chose à dire. Je vais lui faire un signe, un petit câlin du matin et nous verrons bien...

coucher-de-soleil

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jeudi 2 décembre 2010

Corpus delicti.

Je marche dans la rue avec ma sœur. Une rue de novembre illuminée de cannelle et d'effluves sucrées. Je me dois de lui parler de moi, de ce que je ressens. Parce que c'est ma sœur. Mais je n'aime pas le faire. Je peux lui parler de tout, mais... A chaque fois que je soulève avec elle une histoire de cœur ou une histoire de corps, elle se braque. Je la sens qui me juge, qui se crispe, qui rentre dans sa coquille. Ce soir là, je le lui dis. Alors que j'essaye de mettre des mots sur ce que je vis, je m'interromps en lui disant "De toute façon...". Et je capte un regard triste. Et elle m'explique. De la jalousie, seulement de la jalousie, dit-elle. Et ça me fait mal...

Point de départ d'une réflexion pas cohérente et pourtant menée depuis très longtemps. Commençons par le début. De l'importance accordée à l'image. Quelque chose qui me trotte dans la tête depuis des années. Et avant de rédiger cette note, j'ai eu envie de relire les mots des années passées. Je suis repartie des années en arrière, ici et ailleurs, pour y observer l'évolution de la question. Et je constate que pendant longtemps et souvent j'ai eu beaucoup de mal avec ce reflet de moi-même. Impression de décalage, impression de n'être pas à ma place, impression que cette image de moi-même ne me correspond pas. Et si souvent cela m'a freinée dans mes envies, dans mes projets, dans mes ambitions. Je me suis embourbée. Je me souviens avoir refusé des sorties, avoir été pétrifiée par l'idée de simplement marcher en ville, m'installer à la terrasse d'un café, supporter le regard des autres sur moi. De la timidité ? Un manque de confiance ? Une image faussée ? Peut-être même derrière tout ça, une dépression déjà présente depuis des années.

Celle-ci arrive officiellement l'été 2009. Avec elle, ces sentiments de mal-être liés au corps s'accentuent encore. La simple éventualité d'aller faire mes courses, de descendre ma poubelle me paralyse. Ma présence est à justifier partout, je ne me sens à ma place nulle part, je n'ai plus aucune légitimité, j'en suis à m'excuser d'exister. Je crois lire dans le regard des gens du dégout, de la rage. Je ne sais plus alors comment me gommer.

Mais je me soigne. Et la guérison vient de l'intérieur. Je sais aujourd'hui que ma tête était malade. Je sais que tout était faux. Je ne prends plus de traitement depuis mi-juillet et je suis de nouveau moi-même, avec une image réelle. Il aura fallu un an pour guérir. Ce fut un apprivoisement progressif et inconscient. Sans le savoir, j'ai avancé dans ma tête et avec mon corps. Aujourd'hui, je l'accepte, je l'aime.

Cela fait un an et demi que je suis séparée de Neb. Au milieu il y a eu la tempête. Après, il y a eu la renaissance. Mot lourd mais juste. Je le sais avec le recul que j'ai aujourd'hui. Je m'accepte. Bien sur ce n'est pas évident tous les jours, mais je m'écoute. Mon rythme de vie a changé. Avec lui mon corps s'est transformé. J'ai perdu quelque huit kilos. J'ai repris la cigarette, je l'ai arrêtée. Je dors très peu. Je mange moins, seulement quand j'ai envie. Je m'écoute. Mon corps est aujourd'hui mince et plein d'énergie. Je le sens souple et noueux à la fois. Résistant et docile. J'aime les pleins et déliés, les courbes et les creux. Mais c'est surtout ma tête qui a changé...

Et s'accepter permet d'être acceptée. Et c'est là que ça se corse finalement, je le constate à mes dépends. J'ai aimé dans un premier temps les regards bienveillants, flatteurs, les impressions de plaire. Plaire est un jeu. Une satisfaction. Se sentir libre et forte. Il y a eu l'admirateur secret d'abord, Nam plus tard. Puis l'ancien élève et la déclaration d'octobre. Gab maintenant. Chacun arrive avec son lot de sentiments, d'attentes. Je prends comme ça vient. Je me pose trop de questions, mais pas les bonnes. Et je me retrouve à chaque fois embarrassée. Parce que la réciprocité n'est pas là. Parce que pour certains, il a fallu faire mal et que ce n'est jamais une partie de plaisir que de faire souffrir quelqu'un. Et cela, personne ne le comprend. Je pense à Micahuete qui envie ces nombreux prétendants. Je pense aux paroles agressives de ma sœur que je saisis mieux maintenant. Certes, cela met du piquant dans une vie quotidienne  éteinte, en relançant à chaque fois les questions, en flattant. Mais que faire de ces personnes pour lesquelles je ne ressens rien ? A part les blesser...

Alors non, ce n'est pas forcément drôle. Ce n'est pas forcément agréable. Ce n'est pas forcément enviable.

Dentelle_noire

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dimanche 13 juin 2010

Bagatelles.

L'été dernier, en période de doute et de fragilité, j'ai eu besoin de me rassurer. Cela est passé par le matériel. Je crois que quand les émotions nous trahissent et nous poignardent, on s'attache à de toutes petites choses, souvent inutiles et encombrantes. Pacotilles et grigris. Une espèce de superstition censée nous protéger du mauvais sort.

 

Je créé des boîtes colorées pour mes objets magiques qui à leur tour deviennent magiques. J'aime les rubans, les petits papiers, les clés. Les objets qui ont déjà eu une vie et auxquels on en propose une seconde. Souvent radicalement différente de la première. Ils en perdent leur fonction pour en retrouver une autre, à mes yeux seulement.

J'aime glisser sous mes doigts des rubans soyeux. J'aime le contact rassurant et la régularité. J'en récupère partout, mais je n'en achète pas. Et je les range, joliment enroulés sur eux-mêmes dans une petite boîte métallique, où serrés les uns contre les autres, ils attendent que je vienne les observer, les caresser et les enrouler à nouveau.

J'ai des clés. Des centaines. Elles ont ouvert des portes. Des centaines. Des portes qui donnaient sur des pièces pleines de promesses. Des clés rouillées et d'autres brillantes. Des clés petites et tordues, d'autres massives et puissantes. Elles attendent sagement d'être accrochées sur un mur, sur lequel elles ne pourront que se souvenir de leur rôle premier.

J'ai une boîte à papiers. Une grande boite noire dans laquelle je plie des papiers multicolores, de toutes tailles et de toutes textures. Eux aussi, je les récupère à gauche à droite, papier cadeaux, papier journal, papier d'emballage, papier kraft ou papier de soie. Ils trouvent tous leur place. Parfois, je m'en sers pour des courriers, pour de la déco... Mais pour la plupart, ils restent là, dan sleur boîte.

Ces petits riens, ces petits tout, constitue une richesse inutile. De petits trésors de pacotille. Des trophées sans importance que je glane et que je conserve. Parfaitement consciente de la futilité de cette pratique, je ne la partage avec presque personne. Aujourd'hui avec vous, lecteurs. Ici, c'est un lieu de futilités et de bagatelles. "Diane Groseille", c'est comme une petite boîte en ferraille dans laquelle je mets mes idées... Et que je ne suis pas la seule à ouvrir !

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lundi 7 juin 2010

Adulte.

Je sais que je vieillis. Bien sur. Il y a quelques semaines, je fêtais mes trente deux ans. Je me sens encore souvent l'âme d'une enfant. Pourtant, je sais que je vieillis et que je suis une adulte quand...

  • On m'appelle Madame dans une boutique.
  • Je reçois des factures astronomiques à mon nom.
  • Je gobe mes antidépresseurs tous les soirs.
  • Je passe un week-end toute seule chez moi et j'apprécie ça.
  • Je prends des décisions que j'assume.
  • J'entraine mon groupe d'impro et que je les vois progresser.
  • Je suis face à une salle de classe et que les mots et les idées s'enchainent avec évidence.
  • Mes élèves essayent de me donner un âge.
  • Un homme se retourne à mon passage.
  • On me considère comme une femme.
  • Je fourmille de projets que je sais aujourd'hui réalisables.
  • Je repense à la jeune écervelée que j'étais.
  • Je me tartine de crème pour gommer les effets du temps.
  • On me rappelle que je suis propriétaire.
  • Je fais le compte de mes histoires de cœur et j'en tire des leçons.
  • Je regarde mes parents vieillir, ma grand-mère perdre la raison.
  • On fait appelle à mes conseils.
  • Je parcours les photos soigneusement rangées dans des boîtes à chaussures.
  • Je retourne dans des endroits importants dans ma vie, passer sous les fenêtres d'un appartement ou j'ai vécu.
  • Je parle de certaines séries que je regardais enfant.
  • Je vote.
  • J'arrive à me positionner face à quelqu'un que je respecte.
  • Je fais des choix de vie et de consommation citoyens.
  • Je parviens à le détacher du regard des autres.
  • Je relis mes journaux intimes.
  • Je me reconnais dans certaines séries à l'eau de rose.
  • Je m'assume seule.
  • J'écoute des gens me raconter leurs problèmes.
  • Je corrige des paquets de copies.
  • ...

Mais dans ma tête, j'ai encore dix-sept ans.

  • Avoir un esprit de contradiction et d'insouciance.
  • Observer des fleurs bleues qui me sortent par les oreilles quand vient le printemps,
  • Être rongée par des envies de bonbecs et de Princes (pas charmant, non !)
  • faire des grasses matinées.
  • Etre victime de la procrastination en puissance.
  • Gâtifier avec Lucien.
  • Faire des caprices.
  • Courir dans les prés.
  • Faire des listes
  • Écrire et dessiner.
  • Regarder les mêmes séries niaises que je regardais étant petite.
  • Adopter des tenues vestimentaires improbables.
  • Faire la sieste.
  • Reprendre la cigarette.
  • Prendre des décisions à la dernière minute.
  • Faire des surprises insensées.
  • Perdre mon temps.
  • ...

C'est quoi au final "être adulte" ? Avoir des responsabilités ? Payer ses factures ? Travailler plus que de raison ? Je ne le crois pas. J'imagine que ça passe par un épanouissement, une sérénité, une volonté de regarder plus le futur que le passé. Mais je ne sais pas si j'ai une vraie réponse à cette question...

***

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mardi 21 juillet 2009

Cogito Ergo Sum.

Je suis une entité. Je suis une terrienne. Je suis une humaine. Je suis une européenne. Je suis une Française. Je suis une Alsacienne. Je suis une habitante de ma ville.

Je suis une personne. Je suis une femme. Je suis une adulte. Je suis une trentenaire. Je suis une citoyenne. Je suis une électrice.  Je suis une voisine. Je suis une propriétaire. Je suis une employée. Je suis une collègue.

Je suis une consommatrice. Je suis une cliente. Je suis une patiente. Je suis une spectatrice, une téléspectatrice, une lectrice. Je suis une internaute. Je suis une ménagère de moins de cinquante ans. Je suis une écolo. Je suis une adulescente. Je suis une midinette. Je suis une fan de Coldplay, de Radiohead, du Japon, des films d'horreur, de la photographie et de tant d'autres choses. Je suis une touche-à-tout.

Je suis une fille. Je suis une sœur. Je suis une nièce, une filleule, une cousine, une petite-fille. Je suis une amie. Je suis une confidente. Je suis une copine. Je suis une ex'.

Je suis une enseignante, une prof, une formatrice. Je suis une vacataire. Je suis une animatrice d'atelier de théâtre. Je suis une donneuse de leçons. Je suis une photographe. Je suis une cuisinière. Je suis une boulangère. Je suis une jardinière. Je suis une "écrivaine". Je suis une violoniste.

Je suis une caractérielle, une emmerdeuse, une chieuse. Je suis une curieuse. Je suis une gourmande. Je suis une paresseuse. Je suis une grosse dormeuse. Je suis une égoïste. Je suis une timide. Je suis une intellectuelle. Je suis une indécise. Je suis une casanière. Je suis une frustrée. Je suis une maniaque. Je suis une romantique. Je suis une niaise. Je suis une trouillarde.

Je suis UNE.

Unité. Article indéfini féminin singulier. Plus indéfinie que jamais, malgré les efforts fournis plus haut. Et définitivement singulière et à accorder au singulier.

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Clavicule

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vendredi 1 mai 2009

Force centrifuge.

Dans le désordre, éparpillés et de tailles variables.

J'ai à l'intérieur de moi des courses dans les herbes folles qui chatouillent les jambes, le souffle coupé, derrière ma maison de "quand j'étais petite", là où le ruisseau raconte la fraicheur et les promesses. Des baisers épicés sur des plages de Martinique, le temps arrêté, concentré sur ces sensations si fortes. Des ivresses secouées sous les stroboscopes colorés, sourds et inconscients, le corps engourdi. La peau contre ma peau et le plaisir violent d'une nuit unique, à chaque fois. Des couvertures rassurantes au coin d'une cheminée, le temps d'une pause. Le papier qui crisse sous une plume. La rugosité de la main d'un homme dans la mienne.

J'ai à l'intérieur de moi des mots isolés dans des instants : "jamais", "capricieuse", "merci", "je t'aime", "peut-être". Des cloches qui annoncent la sortie de l'école à midi. Des numéros de téléphone, des dates et des adresses, comme des notes de musique. Des échos de voix qui me poursuivent plusieurs minutes après la fin des cours. Des rires, des éclaboussures de mots, des cris. Des violons qui m'ont donné envie de m'y mettre et qui resteront toujours. Des chansons d'enfants, ritournelles entêtantes. La voix de Jeff Buckley, bien avant que l'on récupère son Alléluia pour le diffuser partout en boucle. Les cris de Jim Morrison derrière son corps de lézard. L'émotion de la voix de Thom Yorke, ses peines et sa force. 

J'ai à l'intérieur de moi des clémentines et du pain d'épices pour les longues soirées d'hiver. Les soupes de légumes des dimanches soirs pour se guérir de la tristesse de la semaine à venir. Mais aussi le colombo qui n'est plus pareil depuis 2000, découvert sur les trottoirs chauds de Fort de France. Les bonbons à la violette, et ceux trop acides, mais jamais assez, ceux qui crépitent dans la bouche et qu'on ne trouve plus nulle part. Les fruits, le parfum des fraises, le jus des cerises, l'acidité d'un abricot trop ferme. Le surprenant poisson cru, le gluant des vermicelles de soja, les épices du monde entier. La fraicheur d'un fromage de chèvre trop frais, mangé sur le trottoir d'un marché plein de soleil. Le goût du vin quand on en a déjà trop bu. La saveur du tabac sur les lèvres de celui qu'on embrasse. Les goûts que je ne connais pas encore et tous ceux que je vais encore découvrir.

J'ai à l'intérieur de moi la lumière verticale de la Martinique. Celle horizontale d'un chant de maïs de mon enfance. Les nuits étoilées et froides qui voyaient passer le Saint Nicolas. Les regards de centaines, de milliers de personnes, leurs sourires. Des papillons brillants qui tombent du ciel sur une chanson. Des milliers de photos que mon appareil n'a pas prises et que mon œil a captées. Des cardamines sur un talus lumineux. Des valises qui contiennent des tonnes de paysages. Des endroits que je n'ai jamais vus si ce n'est en rêve.

J'ai à l'intérieur de moi des parfums de lessive imprégnés sur des vêtements. Le Cacharel pour homme. Les huiles de bronzage qui ont toujours eu les mêmes odeurs et qui correspondront toujours à des vacances. L'odeur du crépis trop récemment passé dans cette maison de bord de mer. Le moisi, toujours et encore, comme la pire des odeurs, et sans doute juste derrière, le pipi de chat. Des dimanches matins qui sentent le pain chaud. La lavande, la noix de coco, le thym et la cannelle. La magie, l'alchimie de ces mélanges qui ont la capacité de nous plonger dans des univers pourtant évaporés.

Je suis riche.

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