samedi 2 janvier 2016

L'amnésie de la force bête.

Il y a quelques semaines...

Un dimanche soir, je rentre chez moi après avoir passé un très beau moment avec des amis à construire l'imaginaire autour de manala et de lait chaud dans le cadre d'un atelier d'écriture. La tête pleine d'ailleurs et de belles images, j'allume la télé, impatiente. Je reste debout sur place, dans mon salon, encore emballée dans mon manteau, dans mon écharpe, dans mes certitudes. Les mots dégueulasses que déverse l'écran plat me coulent sur la tronche, des larmes, des désillusions.

***

Je vis dans une région, un pays qui a fait ses choix avec ses peurs. Cette même peur qu'ont souhaité nous insuffler ces fanatiques il y a quelques semaines. Je vis entourée de gens qui pensent que la haine, le rejet et l'isolement peuvent être des solutions. Je vis dans un monde qui répond à l'extrêmisme par l'extrêmisme. J'ai honte. Oui, encore. De ce déversement de colère et d'hostilité. J'ai honte de vivre dans une région où un citoyen sur deux ne s'est pas exprimé. Dans un pays dans lequel les jeunes générations semblent souffrir d'amnésie. Ce sont deux rapports à la peur qui s'affrontent. La phobie qui écrase tout raisonnement. L'absence de peur de ceux qui se taisent. Les choix que nous ne faisons pas aujourd'hui influeront sur l'attractivité économique, les budgets des lycées, des transports, le développement durable, l'aménagement du territoire... Notre quotidien. Mais nous ne choisissons pas.

***

Quelques heures plus tard, je suis debout dans un cimetière, dans la lumière froide et bleue de ce mois de décembre. Ma famille autour de moi, nous saluons ma grand mère dont le petit corps léger et trop fatigué pour continuer a été mis dans une boite  en bois au fond d'un trou. Nous jetons des roses multicolores dans le trou avant de tourner les talons et de la laisser là. Elle a connu toute sa vie ces peurs qui animent aujourd'hui majoritairement nos choix. Elle a connu la peur du manque, la peur de l'occupant, la peur de mourrir, la peur de perdre sa liberté. Elle a traversé la France de part en part pour fuir cette peur. Elle a connu la libération de Paris, elle a applaudi des hommes sur des chars qui criaient la victoire. 

***

Nos choix aujourd'hui sont amnésiques. Nous oublions les dérives du passé, nous oublions que ce sont nos choix, par jeux de domino, qui nous mènent au pire. J'aime les gens, j'aime leur diversité,  leurs différences qui font notre richesse. Je veux continuer à les aimer alors que je ne suis pas d'accord avec une bonne partie d'entre eux. Je veux croire en l'espoir. Je voudrais dire à ceux que je croise de ne pas avoir peur, de se montrer confiants et forts.

***

coeur

 

 

Posté par Diane Groseille à 20:48 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


Faire passer la pilule.

piluleIl y a maintenant près de deux mois, je sortais de l'hopital avec de bien mauvaises nouvelles. Je suis restée à la maison pendant plus de deux semaines, dans un petit cocon de sécurité et de douceur, le temps de faire disparaître cette graine de bébé dans mon ventre, cette graine d'espoir dans ma tête. Gab m'a bichonnée, il a coffré ma peine de sa tendresse, à l'étouffer. Nous avons pris soin l'un de l'autre et nous avons pu "tourner la page". J'ai repris le travail avec motivation et énergie. J'ai repris ma place dans ma vie.

Mais depuis, sur injonction du médecin, je reprends la pilule. Le methothrexate est présent dans mon corps trois mois et serait toxique pour une petit bébé qui voudrait s'y installer. Il faut donc impérativement se protéger, de ce que nous souhaitons pourtant.

Voilà presque trois ans que je ne la prenais plus. Bien sur, il y a l'envie d'avoir des enfants, mais il y avait aussi ce refus de cette dose chimique quotidienne, de ce muselage hormonal. Alors, quand aux urgences, après m'avoir annoncé que je devais tuer cette grossesse, le médecin me demandait de reprendre la pilule, j'ai étranglé des larmes.

Mais, contre toute logique, tous les soirs, je gobe de nouveau, comme je l'ai fait des années durant auparavant, cette petite pilule, petit morceau de poison qui vient souvent se loger dans ma gorge si je ne la bouscule pas d'une gorgée d'eau pour la noyer. Se coincer comme pour faire savoir qu'elle ne veut pas passer.

Elle s'appelle Optilova. Romantique ! On dirait le nom d'un sex toy, ou d'un aphrodisiaque. Rien de tout cela. Une plaquette avec des pilule blanches et d'autres roses, à prendre en continu quotidiennement. Comme le petit chocolat du calendrier de l'avent, sauf que ça dure plus longtemps et que ça n'a pas de goût.

Je commence la troisième plaquette. Je termine ce mauvais cycle. Et puis on pourra repasser aux choses sérieuses.

Posté par Diane Groseille à 18:20 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

L'observation.

yeux-closFin de vacances scolaires : un film de Romain Goupil, Marina Hands est assise dans une pièce sombre face à une baie vitrée, elle dit au réalisateur/acteur, personnage en face de lui, sur le point de réaliser un film dont la caméra deviendrait presque un personnage (mise en abyme périlleuse), que "toute observation d'un phénomène perturbe le déroulement de ce phénomène".

Bien sur. Comment ne pas ?

Je décris, j'absorbe, j'observe. Je me nourris de regarder. Je gravite par des jeux de regards autour de ces phénomènes qui composent le/mon monde.

Ecrire, photographier, dessiner donnent du sens à mes jours. Mais la fidélité dans tout ça ? Quelle vérité pour ce que je vois, ce que je comprends ? Ma vérité ? Et comment ne pas modifier, par mes actes, mon regard, mes mots, mon trait, mon interprétation, ce que je valide de ce qui m'inspire. Et le faudrait-il d'ailleurs ?

***

"Observer c'est perturber", Hubert Reeves.

Posté par Diane Groseille à 14:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,