dimanche 6 septembre 2015

Paul ou la mémoire fascinante.

Alors que je travaille "activement" sur ma mémoire et ses méandres, je repense à un épisode très récent.

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Il y a quelques jours, Gab et moi nous rendons chez un ami qui, pour nous remercier de services rendus, nous invite à partager avec lui une copieuse raclette végétarienne dans son minuscule appartement. Quadra, il vit dans un studio où il a accumulé une vie. Nous y trouvons une petite place, nous entamons une soirée festive. Récemment opéré de la hanche, il nous confie des taches qui lui sont difficiles, dont celle d'ouvrir la porte à ses invités.

La deuxième fois que j'ouvre la porte, je me retrouve face un un homme dont le visage m'interpelle immédiatement. Mais ça ne semble pas réciproque. Il se présente, "Paul" et salue tout le monde. Ses yeux noirs, sa peau matte, son regard calme évoque une époque. Je cherche tant bien que mal à restituer son corps, ses traits, ses attitudes dans un contexte. Je lui pose cette question stupide, que je trouve si connotée : "on se connaît non ?". Il me jauge... "Non, je ne crois pas". La soirée se poursuit, mais je cherche, j'écoute, il y a une espèce de boule de flipper molle qui, à chacun de ses gestes, vient titiller des souvenirs. Je suis les conversations, j'écoute, mais ça scintille en moi à chaque fois.

Puis, je ne sais pas comment ni pourquoi, ça revient. Fac de lettres, 1997. Je ne parviens pas à restituer un souvenir précis, je sais juste que c'est là, à cette époque, dans ce cadre. Les mots sortent immédiatement et il confirme. C'est de toute évidence pour lui un épisode lointain et insignifiant. Il n'évoque que des choses assez désagréables, sentiment d'échec de ces quelques années qui n'ont abouti à rien. La conversationn bifurque à nouveau sur autre chose (la cuisson des patates, la météo, la dernière série télé captivante...). Mais une partie de ma réflexion reste posée sur ces mystères : où était passé Paul ? Dans quel tiroir de ma mémoire l'avais-je rangé ? Combien d'autres personnages/objets/paroles sont ainsi camouflés dans les obscurités de ma caboche ?

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Mon frère triste, Mon frère libre.

J'ai un frère.

On le dit "petit" car il a dix ans de moins que moi. Mais il est bien sur plus grand que moi.

Il est loin, mais si proche. Il est inscrit en moi, comme ma soeur, comme mes parents. Il est toujours là quelque part. Ces dix ans qui nous séparent ne sont rien. Nous avons le même âge, nous avons le même sang.

Aujourd'hui, mon frère a mal. Il y a quelques semaines, mon téléphone a sonné. Après plusieurs tentatives pour se parler, j'entends enfin sa voix. Je comprends dès les premiers mots que ça ne va pas. Je n'entends pas son sourire habituel. Il m'annonce une rupture. Voilà sept ans qu'il partageait sa vie avec la plus belle fille du monde. Une jolie brune, silhouette parfaite, bonne humeur, gentillesse. La formule idéale. Je tombe des nues. L'an dernier, il avait déjà fait un choix similaire. Après un trimestre de tentatives vaines, il avait fait le choix irraisonné aux yeux de certains de démissionner de l'éducation nationale.

Aujourd'hui, il est libre. Il a défait tous les liens. Il lui reste des amis, et nous, sa famille. Pour le reste, il avance sans filet, sans attache. Il prend des risques. il a laissé derrière lui le confort de la vie de couple, du charmant appartement coquet, du contrat de fonctionnaire, de la petite vie bien sage. Il avance sans savoir vers quoi il va et il ouvre de nouvelles portes.

J'ai eu peur pour lui. Je me suis inquiétée de le voir prendre de tels virages. Mais je crois qu'il voit juste. Je crois qu'il a compris. Je crois qu'il a le courage de vivre.

rapace

Posté par Diane Groseille à 16:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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