Une salle des profs dans laquelle je passe en coup de vent. Odeurs de café, de papier, de parfums trop prononcés. Je me faufile vers la photocopieuse, par miracle disponible, urgence de ces pauses qui n'en sont pas. Trois collègues discutent. L'une d'elles m'apostrophe "Tiens, c'est pas toi qui va nous dire le contraire hein... Savent plus écrire nos jeunes". Et là, il se passe quelque chose de grave. Je me retourne, mon corps s'avance vers eux et des mots sortent de ma bouche, machinalement. Je m'écoute à peine parler, j'ai l'impression de réciter, du "appris par coeur". Et entre les ronflements réguliers de la photocopieuse, je m'entends vaguement prononcer ces formules qui tant de fois ont fait écho entre ces mêmes murs et dans toutes les salles des profs du monde. "C'est de pire en pire", " Y'a plus de jeunesse", "Et tout ça, c'est à cause d'internet et de tous ces écrans"... Puis je récupère le paquet tout chaud de copies que la machine vient de cracher et en remontant quatre à quatre les escaliers vers ma salle de cours, je m'arrête. Je stoppe net. C'est bien moi qui ai dit ça. Facilement. Parce que justement, c'est plus facile. C'est plus facile que le discours que je tiens habituellement, plus complexe, raisonné, réfléchi.

Ça y est, je suis devenue une vieille prof.

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