lundi 25 mai 2015

Episodes.

Chaque année, le programme de mes étudiants de BTS change. Je prends un plaisir certain à faire, à partir du mois de février (date d'annonce du BO), des recherches plus ou moins poussées dans le but de construire une progression cohérente pour mes étudiants. Depuis quelques semaines, je connais le nouveau thème de l'an prochain : "je me souviens". Trois mots. Vaste question, problématique aux mille secrets, étendue d'eau aux vaguelettes clignotantes.

La question me taquine des réponses personnelles. Me viennent des paroles, des lieux, des lumières, des rencontres, des fragments. Tout ce qui compose le "avant" et qui construit le présent. Puis aussi ces questions inscrites en chacun de nous : comment fonctionne la mémoire ? Tant de souvenirs sont effacés, pourquoi certains, si insignifiants, restent-ils ?

Alors que j'évoque ce fameux nouveau thème avec certains de mes étudiants, l'un d'eux me parle d'une information qu'il dit avoir entendue concernant les mécanismes du souvenir. On se souviendrait des souvenirs : on ne se souvient pas vraiment du moment vécu, mais de toutes les fois où s'en est souvenu. Et à chaque fois, on aurait ancré le souvenir un peu plus profondément dans notre mémoire, en modifiant peut-être certains détails, en n'en retenant qu'une partie. Je ne parviens pas à trouver confirmation, mais l'affirmation viendrait expliquer certaines lacunes...

Souvent, je constate que les souvenirs des autres ne sont pas les miens. Excellent exemple : ma sœur, avec laquelle j'ai sans aucun doute un patrimoine de souvenirs communs conséquent, me livre souvent des détails qui lui sont restés, avec beaucoup de précision. Je suis concernée, j'étais là, mais je n'en ai pas la trace. A l'inverse, certaines choses me restent avec certitude, mais elle ne s'en souvient pas... pourquoi ?

Et bien sur, dans ma quête de réponses, de pistes, d'idées, je passe par Perec et son Je me souviens. Et je le trouve toujours aussi percutant, là où d'autres verront du néant, du creux, du vacant.

Alors, comme lui, je décide, avec cette apparente désorganisation, de lister ce qu'il reste quand les évidences sautent. Un moment, une minute. Une image, un message.

  • Une journée d'été, devant l'église du village. Une cérémonie. Toute la famille est présente. Un baptême ? Un mariage. J'ai quelques années. Ma sœur porte une robe jaune pâle avec de larges poches, et de petites socquettes blanches. Elle fait la moue.
  •  La petite chambre rue des frères lumières, le ficus, le chinois et la lame. Ma soeur se coupe avec un couteau à bout rond.
  • Les montagnes corses, une tente igloo sous une pluie d’orage qui s'éternise. Neb et moi, lisant le journal, alors que les gouttes crépitent sur la toile.
  • La rue Charles Grad. A quelques dizaines de mètres de mon appartement actuel. Petite enfance, alors que je venais rendre visite à mes grands parents. L'appartement, au rez-de-chaussé, sentait toujours l'eau de Cologne et la lavande. La petite cuisine donnait sur des jardins, un évier blanc et éclatant de lumière sous la fenêtre.
  • Le jardin au printemps, la recherche des œufs de Pâques dans les herbes hautes. La lumière si particulière dans la rue, contraste sur le mur sombre de Violette.
  • La cave de la salle des fêtes avant le spectacle. Effervescence. Odeur de moisissures et d'alcool. Nous sommes déguisés, la scène nous attend. Nous traînons dans les couloirs, le trac y traîne aussi. Nous sirotons des oranginas, bouteille en verre avec une paille.
  • Le mercredi après-midi de catéchisme, on se retrouve chez Madame F., dans son salon, pour parler de Dieu, de la bible, de comment il faut aimer son prochain. On prépare la communion. J'ai sept ou huit ans. Ce qu'il me reste, c'est cette odeur fétide, infecte, insupportable, qui emplit l'air de sa maison, et qu'il me faut endurer, des heures durant.
  • La terrasse de Rimbach, Christophe, la nuit, un soir d'été, il me prend dans ses bras. Nous avons bu, nous avons parlé, mais ce qui reste, c'est ce mouvement de nos corps qui viennent se chercher. C'est une parenthèse qui aurait pu s'ouvrir, mais il est rentré se coucher. je suis restée sur cette terrasses, dormir à la belle étoile, ma chaleur sur le carrelage froid.
  • Ma mère est assise dans un fauteuil de notre salon, il fait nuit, c'est l'hiver, elle épluche une orange, sa bouche fait une petite moue.
  • Un chemin sombre, la nuit dans la forêt. Nicolas et moi, en Ardèche. Les jeunes que nous encadrons doivent dormir. Nous sommes là, sous les arbres, nous nous embrassons, pour la première fois.
  • Je suis dans ma voiture, au volant, ma sœur est assise à côté de moi. Je lui avoue, parce que j'ai besoin de le dire, que je vois deux hommes en même temps.
  • Sur la même route, presque au même embranchement, trois ou quatre ans plus tôt. je suis à la place du passager, mon père roule. Son téléphone sonne. J'apprends que je passe le rattrapage du bac.

{Je réalise en parcourant mentalement mes souvenirs et en leur trouvant ici une place que derrière l'apparente facilité de l'exercice de Perec, il y a un vrai enjeu. Mes souvenirs sont finalement plus des sensations que de vrais moments. Il me reste des couleurs, des sons, un toucher, une note de musique, un cliché plus qu'un vrai déroulé d'action. Il me reste des notions, des impressions répétées, confirmées, plus qu'une mémoire du moment}

{En me prêtant à l'exercice, je trouve également confirmation de la "thèse" de mon élève : ce qui me reste, c'est ces souvenirs que j'avais déjà pris le temps d'évoquer (pour moi-même, car il sont synonymes de moments joyeux / avec d'autres parce qu'ils font rire, parce qu’ils marquent...). Je me souviens de mes souvenirs. C'est une photographie, ou des épisodes sur lesquels j'ai déjà pu écrire qui me reviennent en premier. Je préserve ici l'ordre dans lequel je les note, pour aller plus avant dans le jeu de la recherche. Quelle part d'invention, de modification, de fiction se greffe sur ces souvenirs sans doute mille fois ressassés ?}

{Je tente de poursuivre en faisant l'effort d'aller vers ces éléments sournois, ces images isolées, ces phrases, des pages qui sont toujours là, sans qu'elles n'aient forcément de sens, sans que je puisse expliquer pourquoi elles sont restées}

  • Dans la cour du lycée, on me tend quelque chose à fumer. J'ai 15 ans, je tire quelques bouffées, curiosité.
  • Un restaurant en Vendée, le long de la route côtière, des vitres immenses pour ne pas perdre un instant de la vue. Mon frère est tout petit. Je sens mes parents heureux, attentifs à tout notre bonheur.
  • Un autre restaurant, sombre et terne, des tables en bois. L'impression que le sol de ce restaurant est plus bas que le niveau de la route qui passe juste devant. Les fenêtres étroites laissent entrer un jour malade. Ma mère ce jour là raconte une blague. Ce doit être drôle car tout le monde rit. Je suis choquée de l'entendre utiliser des termes grossiers qu'elle n'utilise jamais. Non pas que je ne connaisse pas ces mots, ils sont courant dans la bouche de mon  père, mais pas dans la sienne.
  • Première visite chez Anna en Italie. Les murs sont blancs de chaux, elle y a accroché des centaines de clés anciennes (je reproduirai trente ans plus tard, sur le mur de mon appartement). J'ai un souvenir d'une maison bohème, des canapés couverts de tentures, des dalles de carrelage couleurs brique, peu de décoration, beaucoup de lumière, une maison suspendue sur une colline. J'y retourne des décennies plus tard. Je ne reconnais pas cette maison dont chaque surface plane est alors recouverte de bibelots.
  • Mes parents se sont absentés quelques jours et nous ont confiées moi et ma sœur à des amis. Ils n'ont pas d'enfants et veulent bien faire avec nous. Je me souviens que ce soir là, je ne mange pas ou peu. Dans la nuit, ma sœur et moi couchons dans un clic-clac. J'ai faim et je pense à ces sandwichs ignobles que l'on nous donne lors des excursions scolaires. J'ai tellement faim que même cette image me met en appétit, jusqu'au petit matin.
  • Les bords du lac de Lausanne, les tribunes d'un cinéma en plein air. Mon amie J. Ma "meilleure amie", nous fumons des cigarettes dans le soleil couchant. Je nous dessine dans un petit carnet, naïvement, avec des traits volontairement enfantins. Nous écrivons notre amitié sur un cahier, sur les bords d'un paquet de cigarettes. Un jeune homme qui doit avoir notre âge, plus bas dans les gradins, attire mon attention, ses cheveux sont longs et blonds. 
  • Dans le jardin de l'autre grand mère, sous de grands arbres qui font un peu de fraîcheur pour soulager l'été. Elle nous donne des glaces qu'elle a fait en écrasant des fruits dans du lait, dans de petits bocaux en verre qu'elle a placés au congélateur. La glace est très dure et nous aimons gratter ses bords pour satisfaire notre gourmandise impatiente.
  • Méribelle. Une station de ski en plein été. Hors saison. Je suis adolescente, nous logeons dans un tout petit appartement dont les fenêtres donnent sur des étendues vertes à perte de vue. Un soir, nous regardons la télé, je suis couchée en culotte sur un lit, mon ami B. est près de moi.
  • A propos de B., je me souviens à la même époque de siestes sur le canapé de ses parents. Enlacés, nous ne nous posions pas de questions.
  • Quelque part en Bretagne, R. et moi faisons le tour de la région en stop, nous sommes à peine majeurs, nous savourons le goût nouveau de la liberté, de cet amour naissant, de cette solitude conjuguée. nous nous sentons adultes sans l'être vraiment, nous avons l'impression de parcourir le monde.
  • Des cardamines, un pré, un jour de fête en famille, dont je me suis échappée pour parcourir cette nature printanière. Ce souvenir est celui que je considère comme le plus heureux car souvent, il me revient. Je me demande aussi souvent si, tel quel, il a vraiment existé.

{Comment se fait-il que ceux là restent ? Où sont passé tous les autres ?}

{Quels sont les éléments déclencheurs : comment expliquer que ponctuellement, sans raison, ils reviennent, ils refont surface}

{Souvenirs dénaturés ? Corrompus ? Après avoir listé ici, à la recherche de transparence et de sincérité, je me demande s'ils sont authentiques, si la tête n'est pas une fabrique de potentiel à se souvenir}

{Ma mère depuis quelque temps, depuis qu'elle a le temps, passe des heures à chercher dans le passé. D'abord par des recherches de généalogie poussée, elle invoque nos ancêtres pour faire figurer leurs noms sur des belles feuilles de papier épais. Puis aussi, comme moi, elle écrit : ses souvenirs de jeunesse, les souvenirs de sa mère. Puis elle nous raconte énormément de choses (souvent plusieurs fois, avec les mêmes mots, sans doute ces mêmes mots qu'elle a utilisés après les avoir longuement cherchés pour écrire ces mêmes souvenirs). Je vois dans ces "exercices" la dénaturation évoquée plus haut. A force de vouloir se souvenir, elle a sélectionné, digéré puis ruminé ces mêmes épisodes. Que sont-ils alors devenus ? Des espèces de cartes postales d'un instant ? Puis je pense forcément à ses parents, mon grand père décédé en 2001 avait perdu des pans entiers de sa mémoire : il ne savait plus qui étaient ses proches mais se souvenait de plein de petits détails du quotidien. Ma grand-mère, aujourd'hui en maison de retraite a elle aussi perdu progressivement ses repères, le présent d'abord (l'heure qu'il est, est-ce qu'elle a déjà mangé...) puis le passé...}

{La lumière est souvent présente dans ces bribes, est-ce que, comme pour une photographie, elle est ce qui fixe un instant ?}

{Récemment, j'ai vu le très beau Still Alice avec une Julianne Moore exceptionnelle. Il fait forcément écho à Se souvenir des belles choses. Et l'un comme l'autre inquiètent}

***

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Je choisis d'illustrer ces réflexions avec cette flamme, photographie d'une torche suédoise un soir de Noël, il y a des années.

Cette flamme est à l'image du souvenir. Ephémère mais vive.

***

Je laisse à l'état d'ébauche ces réflexions, je les partage pour venir sans doute les compléter par la suite.

 

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vendredi 22 mai 2015

A la perfection.

Il y a des femmes parfaites, elles existent.

Dans la lumière, la femme parfaite éclate d'une beauté simple. Elle dégage un charme bouleversant. Sa présence est un enchantement.

Elles a le mot juste / le pli du vêtement impeccable / le sourire émail diamant / le parfum envoûtant / la silhouette de rêve / l'idée qui fait tilt / le temps de tout faire / l'énergie positive / la force de caractère / l'humour adapté / une connaissance approfondie de l'actualité et du monde qui l'entoure / une intelligence à toute épreuve / une beauté simple mais éclatante / une créativité exceptionnelle / un don pour la cuisine / ...

Les enfants de la femme parfaite sont parfaits. Obéissants et drôles, ils sont attachants sans être envahissants.

Le compagnon de la femme parfaite est parfait. A eux deux, ils vivent le parfait amour, respirent la joie de vivre, il est évident qu'ils sont faits l'un pour l'autre. Jamais de tension, leur complicité et leur amour sautent aux yeux.

La femme parfaite est une parfaite collègue. Elle est serviable et efficace. Ses compétences sont toujours sollicitées et on loue son à-propos.

La femme parfaite est une amie parfaite. Elle n'oubliera jamais un anniversaire. Elle trouve les mots les plus doux pour réconforter et a de formidables capacités d'écoute et d'empathie. Elle sait valoriser et aimer ses proches qui se sentent toujours bien à ses côtés.

La maison de la femme parfaite est parfaite. Décorée avec goût, elle est toujours rangée, chaque chose est à sa place. Tout est pensé pour que ce soit évident. Ça sent bon et c'est propre et lumineux. On s'y sent bien immédiatement.

Les défauts de la femme parfaite ? Elle est gourmande (mais peut toujours se le permettre), elle se dit timide (mais lorsqu'elle est là, on ne voit et n'entend qu'elle), elle est perfectionniste (allons bon !)... Puis la femme parfaite sait être imparfaite quand il faut, juste comme il faut : elle sait surprendre avec le décalage, elle sait être là où on ne l'attend pas, nonchalante ou agaçante, juste ce qu'il faut...

***

Mon principal défaut ? Vouloir être la femme parfaite...

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Ma poésie.


Fabrice Luchini : "Prenez conscience du miracle... par franceinter

La poésie serait la résonance (raisonnance) de certains monstres de la littérature avec nos petits vies. Je n'aime pas Luchini. Je n'aime pas sa voix. Je n'aime pas ses excès d'articulation qui se confondent dans des clapotis de salive. Je n'aime pas sa déclamation de "la" vérité et ses envolées lyriques. 

J'écoute pourtant ce matin.

Depuis hier, je cogne dans ma tête certaines idées. Certains mots. Rien à voir avec les siens. Et pourtant, il y a de l'écho. Pour une fois.

A propos de ma poésie. Celle que je cherche dans ma routine, celle de mon quotidien. Et je donnais à peu de choses près cette même définition. Ma poésie, celle qui m'appartient, peut être laide, peut être crue, peut être abrutie de clichés ou au contraire, échaper à toute règle et compréhension. Ma poésie est dans l'imperfections, dans l'instantané, dans le mouvement, dans la solitude, dans le vide.

Mais je la guète.

Je voudrais la représenter. L'écrire, la dessiner. Pour écrire, il faut vivre. Et vivre en grand laisse trop peu de temps pour écrire. Alors souvent, on laisse fuire certains moments, certraines images, certains mots. Ils ne s'écrivent pas, ils se vivent, et ils s'oublient. 

Je réalise que j'écris souvent dans ma tête, sur l'instant, perchée en équilibre. Puis j'accepte d'oublier. J'accepte car je n'ai pas le choix. Et tous les stratagèmes de petits papiers ou de carnets, toujours à portée de main, qu'on fourre dans un sac déjà trop plein de bricoles, ne permettent pas d'empècher cette fuite des mots et des idées.

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mardi 19 mai 2015

Un épisode de ma vie de prof.

Il y a quelques minutes, j'ai assisté à une scène épouvantable. Devant mon bureau, une de mes élèves. D'habitude douce et souriante, elle s'est livrée devant moi à un exercice démoniaque digne des meilleures scènes de l'Exorciste. Elle a hurlé, trépigné, pleuré, ses yeux ont manqué de sortir de leurs orbites, elle a bavé, m'a insultée, m'a menacée, a tourné plusieurs fois sur elle-même dans une espèce de tourbillon satanique, a été prise d'un fou rire nerveux pour remettre des torrents de larmes par dessus et a fini par quitter la salle en me traitant de connasse, dans un violent courant d'air haineux. De la drogue ? Un envoutement ? Une scène d'impro ratée ? Rien de tout ça, je lui ai juste confisqué son téléphone.

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vendredi 15 mai 2015

Gazouillage.

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samedi 9 mai 2015

A la vie.

Première clématite, sur mon balcon.

Habitée d'une petite bestiole verte.

Un gros oeil ouvert sur le ciel.

clematite

araignée

 

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samedi 2 mai 2015

Lu.

truffe

 

Il est minuit. Nous avons derrière nous une journée pleine de soleil. Nous avons profité de la plage et du soleil. Nous sommes arrivés ici il y a deux jours. La journée a cependant été entachée par les vomissements de Lu. Mon ami chien est souvent sujet à des difficultés digestives et nous le fait d'ailleurs souvent savoir par toutes sortes de gaz plus surprenants les uns que les autres. Mais là, ça devient inquiétant. Très inquiétant. Nous sommes sur le point d"aller nous coucher. Je me dis que demain, il faudra que j'aille chez la vétérinaire s'il ne va pas mieux. je me dis ça en me brossant les dents et lorsque je rejoins ma chambre, je trouve Lu sur mon lit (dont l'accès lui est interdit) et il a vomi deux gros tas qui sont posés devant lui. Il me regarde avec de tout petits yeux noirs qui disent "aide-moi". Je me rhabille rapidement. Avec C., nous consultons des pages internet, nous passons un ou deux coups de fil. J'hésite quelques minutes (ça me semble une éternité), puis nous décollons. A une demi-heure de route, nous trouvons devant une clinique vétérinaire une adorable jeune femme blonde à la peau mate qui nous reçoit en souriant. Elle parle à Lu, le fait monter sur une petite table d'examen. Comme d'habitude, celui-ci se laisse faire, très conciliant. Je vois ses yeux qui me disent encore "aide-moi". Mes gestes se veulent rassurants pour lui. Je pense d'ailleurs que la véto va juste lui donner de quoi faire cesser ses vomissements, mais après lui avoir palpé le ventre, elle décide de faire une radio. Pour cela, je dois m'équiper d'une armure pour l'aider à tenir Lu qui se montre très docile. J'espère que cet épisode va nous rassurer, ça ne peut pas être grave. Mais quelques minutes suffisent à laisser apparaître l'image en noir et blanc. Une énorme masse blanche se dessine sur un fond noir, au milieu des contours de Lu en gris clair. Le jeune fille me dit très simplement, sans détour que c'est "très mauvais" et qu'elle "appelle le chirurgien de garde". Je vois le regard inquiet de C. qui sort fumer une cigarette, les yeux perdus de Lu que je prends contre moi, tout contre moi, en lui murmurant des choses importantes à l'oreille. Cela ne prend que quelques minutes avant de voir une femme plus âgée, le chirurgien, dans l'encadrement de la porte. Elle parle tout de suite à Lu, l'examine et confirme ce que nous savions déjà. Il faut opérer. Elle ajoute que c'est une opération importante et qu'une anesthésie est toujours risquée, surtout sur un chien de neuf ans. "Puis on ne sait pas ce qu'on va trouver à l'intérieur". La jeune fille a préparé la salle d'opération, elle nous dit que ça va durer une petite heure, qu'il faut que nous rentrions chez nous, qu'elle nous appellera. Elle nous accompagne à la porte avec Lu dans les bras. Je le laisse derrière cette porte qui se ferme. Une heure interminable débute, je compte les minutes. L'écran de mon nouveau téléphone semble m'indiquer un temps ralenti. Nous faisons la route dans l'autre sens, jusqu'à notre bel appartement de vacances qui soudain, dans cette nuit noire et inquiétante, n'a plus du tout le même charme et a perdu tout son exotisme. C. reste à mes côtés pour partager ces trop longues minutes. Nous parlons, nous échafaudons des hypothèses, sur le "avant" et le "après". On mise, on fait des pronostics. Je suis sure qu'il ne peut rien lui arriver. Ce chien est mon ami, mon compagnon, il partage ma vie, je parle sa langue, il est fort. Le téléphone sonne. Les premières paroles, je ne les écoute pas. La politesse me passe au-dessus, je cherche simplement à mesurer dans chaque intonation la gravité de la situation, le dénouement. Tout va bien. Il n'est pas encore réveillé, mais l'opération s'est bien passée. Elles ont trouvé un bouchon de sable dans son intestin. Mon champion du monde des abrutis a mangé du sable et jouant avec une balle le jour même sur la plage. Il en a mangé au point de boucher son système digestif.

Aujourd'hui tout va mieux. Nos vacances se sont articulées autour de la convalescence du dog, sans pour autant être compromises, il a fallu aménager notre temps autour de ses médicaments, de son repos, de nos inquiétudes.

J'ai mesuré, une fois de plus, à quel point ce que l'on estime de stable et de solide autour de nous est fragile, éphémère. Lu n'est qu'un chien. Mais il est une amitié, il est une compréhension, il est une présence. Ce n'était pas son heure. C'était juste un signal. Bon chien !

Posté par Diane Groseille à 17:10 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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