mardi 25 novembre 2014

Les gens.

"On est tous le con de queqlu'un"

Pierre Perret

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La semaine dernière, c'était la journée de la gentillesse (Du latin gentilis (« de la famille, de (la) race »), dérivé de gens (« race, tribu, nation, famille »)). On a tous rencontré quelqu'un qui a su caser le bon mot " ça veut dire que 364 jours dans l'année, tu peux être méchant" (notez que cet argument marche aussi pour la journée de la femme, de la lutte contre le tabagisme, du refus de la misère, y'a juste à adapter un tant soi peu). On nous fait savoir qu'on doit être gentil avec les gens.

Les gens (masse informe, indéfinie et envahissante) sont omniprésents. Les gens, ce sont ceux qu'on ne connaît pas. Mais notre monde est construit de telle sorte que sans les connaître, ils sont toujours là autour de nous et que sans le vouloir, on partage de petits bouts de notre quotidien avec eux. Les gens ont tous les torts. Les gens sont cons, les gens sont faux, les gens sont radins, les gens sont fous, les gens sont méchants, les gens sont hypocrites, les gens sont jaloux, les gens sont mauvais, les gens sont des moutons, les gens sont dangereux...

J'ai vu des gens qui laissaient leur gosses brailler dans les rayons d'un supermarché. Je connais des gens qui trient même pas leur déchets. Parfois, les gens n'ont pas de scrupules à ne pas mettre leur clignotant dans les ronds-points. Les gens croient qu'ils sont tout seuls sur la route. Les gens me rendent dingues au cinéma quant ils font du bruit avec leur pop corn. Les gens sont incapables de te décrocher un sourire. Les gens qui parlent fort au téléphone dans un lieu public sont vraiment sans gène.

Les gens sont différents de moi. Les gens profitent du système. Les gens n'ont pas honte d'être pauvres. Les gens aimeraient que tout leur tombe tout cuit dans le bec. Les gens sont des menaces. Les gens sont des assistés. Les gens viennent d'ailleurs. Je ne comprends pas les gens. Je n'aime pas les gens. J'ai peur des gens. Il faudrait supprimer les gens.

Les gens, c'est les autres.

Mais tu es les gens. Je suis les gens.

main-blanche

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vendredi 14 novembre 2014

Le quart d'heure meurtrier.

"Cette semaine, nous avons commémoré la Grande Guerre. Nous avons hissé des drapeaux, nous avons fleuri des monuments, allumé des flammes, écouté les fanfares, baissé un peu les yeux, et pensé à eux, nos poilus courageux. Des dîners mondains aux comptoirs de tous les bars de France et de Navarre, la der des ders devait logiquement remporter la palme des sujets les plus abordés. Et puis, un événement, un cataclysme, est venu fracasser notre quotidien à coups de flash spéciaux sur nos télés, d'alertes sur nos portables, d'appels hystériques de nos proches...

La France entière s'est figée : un 11 Septembre hexagonal allait en quelques secondes bouleverser nos vies et éclipser le 11 Novembre du calendrier. Nabilla Benattia venait de se faire arrêter pour avoir poignardé son compagnon. Il s'est alors passé ce qui se passe toujours quand un pays, un peuple, a rendez-vous avec son destin. Nous nous sommes sentis unis, paralysés par la nouvelle, mais unis dans l'adversité. C'est toute la France qui s'est fait poignarder par sa poupée vivante qu'elle avait elle-même fabriquée. Chucky Benattia, prions pour toi !
"Truc de ouf !"

Oublié, les mots mous de François tentant désespérément le temps d'une émission de réveiller une libido populaire en hibernation. Disparu, la menace imminente de la plus grande épidémie du siècle. Même le ralliement de François Fillon à la longue liste des personnalités éclaboussées par la grosse soupe à scandales n'y aura rien changé. Comme à Dallas en 63, le temps s'est arrêté, et tout le monde se souviendra de ce qu'il ou elle était en train de faire ce 7 novembre 2014. "Tu as vu ?!", "Tu as entendu ?!", "C'est l'hallu !", "Truc de ouf !"... Le téléphone arabe français s'est mis en branle et la twittosphère a explosé, nous allions désormais devoir vivre dans une nouvelle ère, celle de l'après-"7 Novembre".

Alors que je tâtonnais comme tout le monde dans l'épais brouillard de cette nouvelle vie a surgi du passé un fantôme... Venu me demander des comptes... Il m'a dit qu'il s'appelait Lazare, comme la gare... Et qu'il voulait comprendre pourquoi son pays lui préférait cette Nabilla qui n'avait ni médaille militaire ni faits de guerre. Lazare Ponticelli, notre dernier poilu français, me demandait de lui expliquer Nabilla... C'est l'histoire d'une fille qui entre dans la postérité grâce à une phrase. Je lui parle du "Allô", du shampoing, du buzz... Mais Lazare ne comprend pas.
Humains de laboratoire

Je lui raconte Moundir, Diana, Steevy, Loana, Stefan, Rudy, Marie, FX, et les autres... Petits soldats d'une nouvelle télévision, chair à canon de la guerre des chaînes. Je lui explique cette jeunesse sacrifiée sur l'autel de la célébrité. La cruauté des concepts d'émissions, le sadisme des stratégies, les délations, les éliminations, l'avilissement des cerveaux, l'humiliation partout diffusée ! J'explique ces hordes de jeunes et de moins jeunes qui s'affament sur des îles, mangent des vers ou des souris, s'enferment avec des serpents, se roulent dans la fiente et le vomi, tripotent des inconnus dans l'obscurité et s'isolent de leurs proches pour nourrir leurs névroses aux yeux de tous...

Je lui confesse notre fascination collective à observer ces humains de laboratoire en train de se mettre en scène dans le seul but d'exister un peu. Lazare s'assoit, abattu, terrassé par mon exposé. Il me dit que, dans les tranchées, personne n'avait de shampoing... Mais qu'ils avaient un devoir. Il me raconte son obscurité, sa peur, ses compagnons éliminés les uns après les autres, et la voix... Pas celle de Secret Story, celle de la survie qui te maintient debout dans cette funeste loterie. Il me parle de l'absurdité de la guerre, la sienne, et les autres... De la bêtise humaine, qui ne connaît pas de limite. Il était venu pour râler un peu, parce que là-haut, avec les potos, ils aiment bien quand on pense à eux, et que là c'était vraiment l'occasion. Mais il n'avait pas mesuré l'ampleur des dégâts, ici bas. Il repart, affligé par cette troisième guerre mondiale, celle contre la connerie.

Nabilla est en prison. Les poilus ne sont plus. Et je crois qu'on est devenu fou.

À Lazare Ponticelli, et tous ses camarades. Merci. Et pardon."

croix

Bérengère Krief

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jeudi 13 novembre 2014

Marie.

Marie a 18 ans. Elle vient de laisser derrière elle une journée de cours et se régale à l'idée de ce jour férié qui lui permet d'aller faire la fête avec les potes de sa promo. Elle a soigné la tenue et le maquillage. Marie est discrète mais souriante. Elle sourit quand elle monte dans sa voiture. Elle sourit aussi quand elle reçoit ce message quelques minutes plus tard. Elle sourit toujours en y répondant. Puis sa voiture va s'enrouler contre un arbre. Marie n'est plus.

Lundi prochain, je serai l'enseignante qui va retrouver cette classe à son retour dans son centre de formation. Avec une élève de moins sur la fiche d'émargement. Une chaise vide. Marie n'est plus.

chaises

Posté par Diane Groseille à 18:52 - Commentaires [4] - Permalien [#]