lundi 7 juillet 2014

Le fil.

Je reprends le fil.

J'ai repris l'écriture ici de façon régulière et motivée. C'est une de mes belles satisfactions du moment. Avec celle du dessin. Ces envies créatrices naissent souvent en moi et nourrissent un souffle. C'est très égoïste. D'ailleurs ces mots ici ne doivent parler que trop peu à mes lecteurs qui se sont sans doute perdus avec le temps et qui restent maintenant des fantomes silencieux. J'ai ce besoin de solitude en ce moment pour faire face à mes angoisses, mes inquiétudes. Pour ne pas les faire porter par d'autres, je m'isole. La foule, le bruit, les regards, et même parfois la présence de Gab me pèsent. J'ai longtemps vu ces épisodes comme de la faiblesse, j'apprends depuis peu à y voir une force brute, une base de moi-même à ne pas contrarier, à écouter.

Pourtant, je vis une période que tout le monde attend : ces quelques heures qui précèdent le saut à pieds joints dans les "grandes vacances", on trépigne, on s'impatiente. J'en suis à mes toutes dernières heures de cours, le compte à rebours est lancé depuis longtemps. Mais mes dernières semaines ne ressemblaient à rien, un morceau de gruyère avec des trous partout. Heureusement, j'ai ajouté quelques cours particuliers et des corrections qui sont venus mettre un peu de beurre dans les épinards. J'ai beaucoup de mal avec ce rythme qui n'en est pas vraiment un, je crois que je préfère définitivement travailler beaucoup. Attendre ces quelques rares heures qui traînent me laisse inactive, vide. Et je suis toujours un peu angoissée à cette période de l'année, car je quitte certains centres de formation sans certitude d'y revenir en septembre. La rentrée à venir s'annonce difficile, plusieurs centres ont déjà parlé de restrictions budgétaires et de sections qui n'ouvriront pas. Je vais essayer progressivement de travailler à mon compte en me créant un statut d'auto-entrepreneur, mais c'est bien plus compliqué que ce qu'on dit ! La création du statut prend quelques minutes, certes, mais c'est après que ça se complique ! Puis il me faudra prospecter les entreprises et mettre en place des outils de com' efficaces que je ne connais que très mal pour le moment. Un monde nouveau, des portes à ouvrir...

Un mois et demi de "vacances" se profile (les guillemets ici rappellent que ce sont surtout plus de cinq semaines sans salaire, oh joie de la vacation !). Nous irons sûrement en Bretagne la semaine prochaine. On avait envie d'une destination un peu plus lointaine et exotique, mais on veut partir avec les chiens et c'est donc plus simple. On prendra une location pour être autonomes. La région nous a semblé évidente, nous l'aimons tous les deux depuis notre enfance.

Gab de son côté voit son activité devenir de plus en plus rentable. Je l'accompagne dans ses démarches en faisant vivre ses pages internet et en le soutenant sur les salons auxquels il peut participer. J'aime beaucoup partager avec lui ces moments là. L'idéal serait à long terme de trouver une solution d'entreprise qui cumulerait nos deux activités, de façon cohérente. Toujours mes idées de ferme, de lieu de vie un peu magique, pour partager et prendre le temps. Pour le moment, ça nous semble complètement utopique. Les contours de notre vie à deux sont parfois flous, nous vivons ensemble depuis le mois de septembre et nous tâtonnons parfois encore, si attachés que nous sommes à nos libertés et à ce schéma à inventer... C'est toutefois bien le bonheur qui ressort de cette expérience nouvelle... Nous nous sommes également bien habitués à la présence de notre nouvelle demoiselle-chien, Lu et elle s'entendent à merveille, elle est propre et supporte très bien de rester seule. Pas de grosse bêtise pour le moment, on croise les doigts. Il est doux d'avoir une nouvelle petite vie à nos côtés.

Pour les jours à venir, je me souhaite donc de savoir lâcher prise, de gommer mes inquiétudes stériles et de me laisser porter par ce souffle renaissant...

fil

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Posté par Diane Groseille à 16:04 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Un ailleurs.

Aujourd'hui, des nouvelles d'Asie. Nam est parti il y a des mois déjà. Après une méchante dépression, il a mis les voiles. Il fait un tour du monde. Ponctuellement, il nous envoie des messages, détaillés, alimentés de longues descriptions de ses errances, ses questionnements, ses découvertes, ses surprises, ses rencontres. Chaque lecture est une petite évasion, piquetée de couleurs vives, de parfums forts. Il joint également des photos. Je suis toujours ébahie devant ce corps que je connais si bien au bout du monde, dans des cadres si exotiques. Et c'est à chaque fois de l'admiration (de la jalousie peut-être) pour ce courage d'être parti, à l'aventure, vers l'inconnu. J'aimerais être capable de laisser derrière moi mes repères que je pense solides, mon confort et mes habitudes. Je pars vers une autre vie, construite, mais qui offrira sans aucun doute son lot de surprises...

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rouge-passion

Le Loup et le Chien


Un Loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup l'eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le Mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le Loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu'il admire.
" Il ne tiendra qu'à vous beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, haires, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d'assuré : point de franche lippée :
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi : vous aurez un bien meilleur destin. "
Le Loup reprit : "Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons :
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse. "
Le Loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
" Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ? rien ? - Peu de chose.
- Mais encor ? - Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. "
Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor.

La Fontaine, Les Fables, Livre I

Posté par Diane Groseille à 14:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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