samedi 25 mai 2013

La toilette.

C'est une aire d'autoroute, un jour de pluie, un jour de grands voyages. Dans les toilettes d'une grande chaîne se mélangent les populations en pleine migration. Un noeud de routes. Les regards hagards, sonnés par tant de kilomètres, drogués de lignes droites, se croisent le temps d'un claquement de porte, d'un regard dans un miroir. Échanges uniques et éphémères. Une femme s'attarde devant un lavabo. Comme si personne ne la voyait, comme seule au monde. Elle se lave, elle trempe ses mains, ses avant-bras dans de l'eau fraîche, elle s'asperge le visage, le cou. Elle est belle, grande. La vie passée se lit sur sa figure. Elle a vécu, elle a vu. Ses grands yeux ne voient que son reflet. Elle me fait penser à ces photographies de nus de Willy Ronis ou encore à ces tableaux de Degas. Ces portraits d'intimités de femmes exposées. Je l'observe, quelques minutes, peut-être même pas et j'imagine cet homme qui l'attend dehors, cet homme pour lequel elle veut être belle et fraîche. Elle tamponne du papier absorbant sur son décolleté, passe sur sa bouche un tube de rouge au tracé impeccable et rajuste son chemiser avant de quitter élégamment les lieux pour poursuivre sa route.

Ronis_NuProvence

 

Posté par Diane Groseille à 19:12 - - Commentaires [3] - Permalien [#]