L'année est lancée. Comme l'année dernière à la même époque, je suis fatiguée. Alors que cet automne, mes journées paraissaient élastiques et mon énergie un puits sans fond, je suis aujourd'hui lourde et mes pattes trainent au sol. J'ai pourtant essayé depuis janvier d'anticiper au maximum, pour ne plus travailler dans l'urgence. Je corrige mes copies le plus tôt possible, je prépare mes cours, je fais un travail bien plus sérieux et approfondi que sur les premiers mois de cette année scolaire. Sans doute qu'il me faudra quelques semaines encore pour en tirer un réel bénéfice. Sans doute que la lumière qui va revenir, les journées qui vont se faire plus longues et plus belles vont m'aider à retrouver cette force.

L'an dernier à la même époque, je trébuchais. Je lis en ce moment le livre de Philippe Labro intitulé Tomber sept fois, se relever huit. Il y parle de sa dépression. J'avais acheté ce poche en 2009, cherchant alors des réponses à mes questions, des témoignages de ce que je vivais moi-même, des paroles rassurantes. Quelqu'un capable de dire ce que je vivais moi-même, muette. J'étais alors tellement à côté de moi-même que je ne l'avais pas ouvert. Je crois que j'ai bien fait. Ce qu'il y dit est désespérant, même pour quelqu'un qui est fort départ. Je baigne à la lecture de ses mots dans cette noirceur qui m'étouffait alors. Je retrouve tout ce néant. Dès les premiers pages, les premières lignes, il décrit ces mêmes douleurs, ces mêmes symptômes que jamais alors je n'avais eu l'idée d'attribuer à une dépression : les sueurs nocturnes, le sommeil qui se veut omniprésent, l'anéantissement de toute envie... Lui aussi a mis un certain temps avant de nommer le mal. Pourtant, on a tous entendu le mot, on connait sa signification. Mais le jour où un tel phénomène vous arrive sur le coin de la tronche, pas un instant vous n'imaginez qu'il puisse s'agir de ça.

Aujourd'hui, je pense que tout cela est bien derrière moi, mais comme tout rescapé, je sais que je ne suis pas à l'abri. Alors souvent, je guette, je m'observe, je crois déceler des signes avant-coureurs, ceux que je n'avais justement pas voulu voir en 2009. Récemment, j'ai été amenée à parler de tout ça, bien plus que je ne l'avais fait auparavant. Gab a lui-même traversé plusieurs dépressions. Il est d'ailleurs toujours sous traitement. Ce qui pourrait me faire peur. Ce n'est pourtant pas le cas.

Plus le temps passe et plus je me dis que c'est est un garçon exceptionnel. Il est celui qui pense comme moi. Peut-être que cela se retournera contre moi à un moment, mais pour l'heure, je me retrouve pleinement dans ce que nous vivons. Je vais encore le voir ce week-end, trois jours chez lui, en espérant cette fois éviter la grippe et le lumbago. Les débuts se vivent souvent à l'horizontal, de désir et d'eau fraiche (je suis incapable de parler d'amour). Mais les premiers temps passés, si l'on ne partage rien d'autre, ça s'essouffle et durant trois jours, j'ai envie de partager avec lui.

Mes craintes le concernant ? Son rapport au travail, son rapport à la folie, sa lenteur, dans la réflexion, dans l'action. Mais comme pour le moment rien ne nous engage, ces peurs ne sont presque pas les miennes. Je les regarde avec distance. je nous regarde avec amusement...