Des larmes tout à l'heure, assise dans ma voiture, au téléphone avec ma mère. Sa voix grésille dans mon oreille. Les mots ne se veulent pas méchants mais me blessent. Je viens de me garer et elle me fait la leçon, sur mon départ prévu ce week-end chez Neb. Elle ne comprend pas que je puisse entretenir avec lui de bonnes relations, elle ne trouve pas ça normal. J'en viens à argumenter, à me défendre, à me justifier. Je déteste ça. Que souhaite-t-elle ? Que nos relations soient froides et distantes, qu'on ne se parle plus, qu'on s'insulte ou qu'on se manque de respect ? J'ai vécu cinq ans avec lui, cinq années de ma vie à ses côtés. Il veut voir Lu, j'ai envie de passer du temps avec lui maintenant qu'il va mieux. En quoi cela est-il étrange !

Plus tôt, quelques minutes seulement, c'était ma sœur qui me rappelait que samedi soir, j'étais à l'ouest, que fallait peut-être que je remette les pieds sur terre. Je suis fatiguée, aucun doute là dessus. J'ai été désagréable et complètement à côté de la plaque. Je m'en suis voulu sur le moment et le lendemain encore. Et les derniers jours, les dernières semaines sont des poids sur mes épaules. Endurance. Encore, de nouveau, toujours trop de choses. Et cette sensation d'urgence permanente qui peut me faire vibrer parfois, vague d'adrénaline, mais qui est aussi tellement souvent source de grandes pages de fatigue. Mon rythme est difficile à suivre. 

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Pourtant, ça peut aussi être tout doux. Je viens de passer trois jours aux côtés de Gab. Trois jours de simplicité et de tendresse. Pas de projets, pas de promesses, pas de prises de têtes. Juste du partage, sur le moment. Aucune projection dans le futur. Les inquiétudes qui ont précédé son arrivée se sont évaporées dès que je l'ai vu. Petit instant de flottement et ensuite, tout fut évident. Impression récurrente de le connaître depuis très longtemps.

Il est arrivé dimanche en fin d'après-midi et est reparti ce matin. Au milieu, il a fallu aussi que j'aille bosser, souvent sans avoir préparé quoi que ce soit, les mains dans les poches, la tête pleine de lui. Il m'a accompagnée lundi soir pour mon atelier théâtre. Nous avons aussi fait de longues grasses mat' sous la couette, il m'a invité au resto hier soir... Il était là, doux, attentionné, incroyablement tendre. Il m'a donné beaucoup, de lui, de ce qu'il est, d'éléments de réponses pour mieux le comprendre. On n'attend rien l'un de l'autre mais on se reconnait.

J'ai été émue souvent par ses gestes, ses paroles. Quand il est resté silencieux prêt du petit couffin de Delphine, pendant notre atelier théâtre, lui prenant simplement sa minuscule main pour la rassurer en l'absence de sa maman. Quand, hier soir, perché sur son tabouret de bar, il a parlé d'un de ses amis qui est sur le point de perdre sa femme à cause d'un cancer et que des larmes ont empli ses yeux. Quand son doigt est venu se poser sur la couverture de mon carnet orange. Quand il m'a dit "tu me plais... Beaucoup". Quand il n'a pas fait la vaisselle, parce que merde, on est pas un couple. Quand on s'est engueulé "pour de faux" en pleine rue, en se balançant des noms d'oiseaux. Quand j'ai trouvé à midi en rentrant sur la table du salon ses mots, son écriture ronde et régulière, pour me faire savoir que je le rendais heureux.

Il a juste semblé inquiet quand il a été question se revoir et que je lui ai dit "je ne sais pas, peut-être". C'était évident pour lui, ça l'est peut-être moins pour moi. Aujourd'hui, ma liberté est des plus précieuse et je ne crois pas avoir la volonté de la remettre en question. Certes, il ne me demande rien de tel, mais ça pourrait venir si vite...

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