Je marche dans la rue avec ma sœur. Une rue de novembre illuminée de cannelle et d'effluves sucrées. Je me dois de lui parler de moi, de ce que je ressens. Parce que c'est ma sœur. Mais je n'aime pas le faire. Je peux lui parler de tout, mais... A chaque fois que je soulève avec elle une histoire de cœur ou une histoire de corps, elle se braque. Je la sens qui me juge, qui se crispe, qui rentre dans sa coquille. Ce soir là, je le lui dis. Alors que j'essaye de mettre des mots sur ce que je vis, je m'interromps en lui disant "De toute façon...". Et je capte un regard triste. Et elle m'explique. De la jalousie, seulement de la jalousie, dit-elle. Et ça me fait mal...

Point de départ d'une réflexion pas cohérente et pourtant menée depuis très longtemps. Commençons par le début. De l'importance accordée à l'image. Quelque chose qui me trotte dans la tête depuis des années. Et avant de rédiger cette note, j'ai eu envie de relire les mots des années passées. Je suis repartie des années en arrière, ici et ailleurs, pour y observer l'évolution de la question. Et je constate que pendant longtemps et souvent j'ai eu beaucoup de mal avec ce reflet de moi-même. Impression de décalage, impression de n'être pas à ma place, impression que cette image de moi-même ne me correspond pas. Et si souvent cela m'a freinée dans mes envies, dans mes projets, dans mes ambitions. Je me suis embourbée. Je me souviens avoir refusé des sorties, avoir été pétrifiée par l'idée de simplement marcher en ville, m'installer à la terrasse d'un café, supporter le regard des autres sur moi. De la timidité ? Un manque de confiance ? Une image faussée ? Peut-être même derrière tout ça, une dépression déjà présente depuis des années.

Celle-ci arrive officiellement l'été 2009. Avec elle, ces sentiments de mal-être liés au corps s'accentuent encore. La simple éventualité d'aller faire mes courses, de descendre ma poubelle me paralyse. Ma présence est à justifier partout, je ne me sens à ma place nulle part, je n'ai plus aucune légitimité, j'en suis à m'excuser d'exister. Je crois lire dans le regard des gens du dégout, de la rage. Je ne sais plus alors comment me gommer.

Mais je me soigne. Et la guérison vient de l'intérieur. Je sais aujourd'hui que ma tête était malade. Je sais que tout était faux. Je ne prends plus de traitement depuis mi-juillet et je suis de nouveau moi-même, avec une image réelle. Il aura fallu un an pour guérir. Ce fut un apprivoisement progressif et inconscient. Sans le savoir, j'ai avancé dans ma tête et avec mon corps. Aujourd'hui, je l'accepte, je l'aime.

Cela fait un an et demi que je suis séparée de Neb. Au milieu il y a eu la tempête. Après, il y a eu la renaissance. Mot lourd mais juste. Je le sais avec le recul que j'ai aujourd'hui. Je m'accepte. Bien sur ce n'est pas évident tous les jours, mais je m'écoute. Mon rythme de vie a changé. Avec lui mon corps s'est transformé. J'ai perdu quelque huit kilos. J'ai repris la cigarette, je l'ai arrêtée. Je dors très peu. Je mange moins, seulement quand j'ai envie. Je m'écoute. Mon corps est aujourd'hui mince et plein d'énergie. Je le sens souple et noueux à la fois. Résistant et docile. J'aime les pleins et déliés, les courbes et les creux. Mais c'est surtout ma tête qui a changé...

Et s'accepter permet d'être acceptée. Et c'est là que ça se corse finalement, je le constate à mes dépends. J'ai aimé dans un premier temps les regards bienveillants, flatteurs, les impressions de plaire. Plaire est un jeu. Une satisfaction. Se sentir libre et forte. Il y a eu l'admirateur secret d'abord, Nam plus tard. Puis l'ancien élève et la déclaration d'octobre. Gab maintenant. Chacun arrive avec son lot de sentiments, d'attentes. Je prends comme ça vient. Je me pose trop de questions, mais pas les bonnes. Et je me retrouve à chaque fois embarrassée. Parce que la réciprocité n'est pas là. Parce que pour certains, il a fallu faire mal et que ce n'est jamais une partie de plaisir que de faire souffrir quelqu'un. Et cela, personne ne le comprend. Je pense à Micahuete qui envie ces nombreux prétendants. Je pense aux paroles agressives de ma sœur que je saisis mieux maintenant. Certes, cela met du piquant dans une vie quotidienne  éteinte, en relançant à chaque fois les questions, en flattant. Mais que faire de ces personnes pour lesquelles je ne ressens rien ? A part les blesser...

Alors non, ce n'est pas forcément drôle. Ce n'est pas forcément agréable. Ce n'est pas forcément enviable.

Dentelle_noire

***