Je n'avais même pas remarqué que la neige était tombée. Je suis partie dimanche matin après une semaine en suspension. Très peu de sommeil, des idées un peu floues mais toutes brillantes. Alors, quand il m'a demandé de le rejoindre à Nancy, je n'ai pas hésité. C'était évident, comme tout le reste. Je ne comprends pas bien d'ailleurs comment en quelques jours seulement, tout cela s'est imposé de façon si forte. Et je n'ai sans doute pas assez de recul.

Dimanche matin, je montais donc dans ma voiture pour me rendre à Nancy, à mi-chemin ou presque entre nous deux. Je franchissais un col étincelant et éblouissant de soleil et de neige. Et j'arrivais sur la place Stanislas pour y retrouver ce grand garçon un peu perdu comme moi. On savait sans trop savoir. C'était comme une première rencontre, mais... C'était comme si on se connaissait depuis si longtemps. Nous nous sommes installés à une toute petite table dans le Grand café Foy et nous avons parlé. Tout a été facile tout de suite. Tant de choses à nous dire, comme durant ces longs échanges téléphoniques qui avaient précédé. Une vraie curiosité réciproque et cette surprise à chaque fois de découvrir de nouvelles ressemblances. Puis pas seulement parler de nous, parler de tout, de rien, d'eux, de demain, d'ailleurs. Je ne sais plus comment sont venus les gestes. J'aimerais d'ailleurs m'en souvenir mieux. Très vite, nous nous sommes touchés, embrassés. Nous sommes allés manger ensemble, puis visiter le musée de L'École de Nancy. Installés ensuite dans un bar où les gens semblaient tous se connaître. J'ai discuté avec des inconnus autour de moi, je me sentais vraiment si bien. Toute la journée a été ponctuée d'échanges, de sourires, de simplicité... Avec lui et avec ces personnes rencontrées, une serveuse, un voisin de table... Et ces gens autour de nous qui semblaient croire eux aussi que nous nous connaissions depuis si longtemps. La complicité et la douceur. Après avoir parlé toute la semaine, des heures au téléphone, je savais qu'en allant là-bas, ça se passerait comme ça. Je me suis sentie si bien avec lui, tout était doux, tout était facile, sourire, cohérence.

Quand la nuit est tombée et qu'il a été question de faire la route dans l'autre sens, nous n'avions pas envie de nous séparer. J'avais aimé sa bouche, sa force, j'avais envie de rester contre lui. Nous avons fait n'importe quoi, nous avons roulé tous les deux jusqu'à chez moi. Franchi le col toujours enneigé. Et nous nous sommes retrouvés dans mon cocon, encore tout embarrassé du désordre de la semaine écoulé. Rien de raisonnable, rien de réfléchi, que de l'instinctif. Et pour une fois, pour quelques heures au moins arrêter de se méfier.

Puis lundi matin, école buissonnière. Je suis restée au lit avec lui, contre sa respiration trop forte de fumeur, dans sa chaleur. Il n'y avait rien eu de plus que des baisers et de la tendresse. Les circonstances nous ont obligés à nous limiter et c'est bien. Les circonstances (la distance) nous y obligeront encore.

Il est reparti lundi midi alors que je me décidais à partir en cours. Depuis, il a souvent et systématiquement les bonnes réponses à toutes les questions que je me pose. Il rassure mes doutes. Il me dit que juste, il est là, qu'on a le temps, qu'on est bien. J'aime à la fois sa façon de me bousculer, de foutre un grand coup de pied dans toutes mes certitudes et sa capacité à me rassurer. Il est comme moi. Déjà sans doute aucun, bien plus attaché mais certainement parce que la prise de risque lui fait moins peur qu'à moi. Il est prêt. Prêt à attendre. Et il est urgent d'attendre.

Lundi soir et hier soir, sa voix grave au téléphone. Toujours plus d'éléments, toujours plus de liens, de morceaux consolidés. De quoi devrais-je avoir peur ? Je ne peux m'empêcher de confronter, de comparer. La trouille de reproduire les mêmes erreurs, d'aller trop vite, de se tromper, de trébucher. De réaliser dans quelques semaines qu'il n'est pas celui que j'avais cru voir et reconnaître.

Puis tous ces doutes par rapport à l'engagement, toujours là, omniprésents, agacés par toutes ces remises en question Pourtant, il n'est encore question de rien, mais je me crispe quand je l'entends utiliser certaines formules, quand je lis en transparence dans ces mots des projets communs. Je ne peux pas voir loin. Je ne sais plus le faire.

Me voilà, toute égarée, toute cotonneuse, douce torpeur... Dehors la neige qui saupoudre mes réflexions... Il revient dimanche.

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