vendredi 22 octobre 2010

Profil.

Je remonte la pente. Début de semaine difficile, comme j'ai pu le laisser transparaître ici. Mais je ne me laisse pas démonter. Je me suis interrogée sur ces larmes, cette faiblesse. Je n'ai pu m'empêcher d'y voir un retour de mes vieux démons. La force d'inertie des médicaments ne faisant plus effet, les revoilà ? Non, je ne crois pas. Je dois accepter aussi que maintenant que ce barrage chimique n'est plus là, ma vie peut connaître des hauts et des bas. Mes armes pour affronter tout ça, elles sont en moi.

Alors, j'ai attaqué cette semaine violente avec la patate. Mardi matin, coup de pied au cul. Et il me reste encore deux bonnes heures de cours et malgré les bonnes claques de cette semaine de trente cinq heures, je tiens le coup.

Tout ça, c'est ce que je considère comme "les doigts brûlés", prise à mon propre piège, à vouloir jouer à des jeux de vilains, ça s'est retourné contre moi. C'était inévitable. Je le savais bien au moment où j'ai commencé, mais fallait que je me fasse mal pour comprendre. Et même en le sachant avant de commencer, je voulais jouer quand même.

Cette semaine de travail fut radicalement opposée à la précédente. j'ai passé mes journées dans des salles de cours, à courir entre différents établissements, à me lever tôt pour assurer la préparation des cours, à corriger des copies dans l'urgence et, en transparence, la naissance de nouveaux projets, de nouvelles idées, de nouveaux souffles... La semaine précédente, je me couchais tard, je sortais jusqu'à pas d'heure et je mettais fin à des projets de longues dates qui m'empoisonnaient. Comme début septembre, je me sens à nouveau à un carrefour. Je vais me privilégier, me tourner à nouveau vers l'intérieur, égoïstement et partir pour quelques mois d'hibernation.

Petit bilan quand même sur les prétendants. Le jeune courageux ne l'est finalement pas tant que ça. J'ai su le décourager par toute mes remises en question et mes mises en garde (il a du me prendre pour un cinglée tellement j'ai été obligée d'en rajouter). Il semble bien loin maintenant, mais pas totalement effacé non plus. Hier matin encore, il prenait de mes nouvelles. Je crois que la prochaine fois, je serai plus tranchante encore, lui demandant clairement ce qu'il peut attendre ou espérer de moi et s'il a déjà compris, qu'il m'oublie et qu'il lâche définitivement l'affaire (nous ne sommes pas faits pour être amis et de toute façon, la formule "restons amis" n'est qu'une blague). Curieusement, il y a une petite voix en moi qui aimerait bien le revoir, qui me dit que je ne me suis pas donnée pour rien... Puis de l'autre côté, il y a celui aux douces paroles, celui qui veut être là et qui m'a pourtant menti. Ne sais pas ce que ça peut donner. Ne suis pas attirée par lui. Et en plus maintenant, me sens trahie, prise pour une buse. Je laisse ses appels sonner dans le vide, je ne sais pas que lui dire, même pas envie de faire l'effort de lui expliquer.

***

Posté par Diane Groseille à 15:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


Monologue.

Assise aux côtés d'un ami fidèle, à une heure tardive, dans un bar fashion du centre ville, une jeune femme semble tenir en équilibre sur un tabouret de bar. Petite jupette et bottes noires, mais attitude et vocabulaire de troisième mi-temps A l'ami imbibé, elle tint à peu près ce langage :

"Oh Roger, tu me remets une pression ! ... Nan, tu vois, je n'accepte plus ça. Je ne vois pas pourquoi je devrais encore l'accepter. Ce système me débecte, on en est tous là, à s'accrocher à cette idée écœurante que le bonheur passe par l'autre. Et pour ça, on est prêt à tout. On est formaté. Parce que depuis qu'on est minots, on nous fourre ça dans la crâne, ces conneries de prince charmant, de mariage, de couple, de finir sa vie avec l'autre. Eurk ! De la propagande ! On baigne dans un monde de mensonges. On se ment et tout le monde finit par adhérer à cette imposture. On en vient à mettre au second plan tout ce qui pourrait nous apporter vraiment du bonheur et tout ce qui devrait vraiment être important pour nous. On est corrompu par cette idée, tu comprends. Regarde tous ces stratagèmes minables qu'on est capable de mettre en place pour arriver à ses fins, la séduction, cette image vicieuse qu'on peut donner de soi pour convaincre l'autre... Prêt à manipuler, à embellir, à esquiver. Prêt à s'oublier soi-même. Pour finir dans un premier temps à l'horizontal et quelques mois plus tard déçu de découvrir que derrière tout ça, on est toujours soi-même, plus dégoutant encore qu'on ne l'était avant, d'avoir essayer de devenir un autre. On est des consommateurs, on consomme l'autre comme on achèterait un paquet de chips ou une paire de chaussettes. On veut que ça aille vite, que ce soit parfait et qu'on en ait pour nos efforts. Puis quand ça convient pas, on jette. On est dans une cour de récréation, à faire semblant d'être des adultes, mais on est resté ces sales gosses capricieux et égoïstes. Derrière l'autre, il n'y a que le reflet de nous-même, celui qu'on voudrait être et qu'on ne parvient pas à assumer seul. Un leurre je te dis, une mauvaise blague. De la lâcheté tout ça ! Je suis blasée et autour de moi, je vois défiler ces coqs qui paradent sur leur tas de virilité, plus faux les uns que les autres, avec juste cette volonté de se prouver qu'ils peuvent le faire, avec cette conviction qu'ils sont courageux de le faire. Et persuadés d'être de valeureux guerriers d'avoir ainsi jouer le jeu. Et ça vient te parler de sentiments, et ça te fait des promesses que tu n'as jamais demandées, et ça roucoule et ça envoie des textos pour se rappeler à ton bon souvenir et gagner des points. Ce n 'est qu'un jeu ! Et c'est pathétique, tu entends !... Oh Roger, ça vient cette bière ? Je suis à sec depuis dix minutes ! Qu'est ce que t'en penses ? Quoi je suis une vieille aigrie ? mais non, au contraire, moi j'ai tout compris, les autres baignent dans leurs illusions merdiques et vont de désillusions en désillusions. Y'a que moi qui vais m'en sortir, les autres vont baigner dans ce Walt Disney mielleux toute leur vie, à additionner les raclées et à cultiver malgré tout l'espoir qu'ils peuvent être heureux. Mais pour moi, plus jamais tu entends, plus jamais on m'y reprendra ! J'ai compris, Euréka, je suis sauvée... Et je vois tous ces trentenaires autour de moi, en quête du Graal, de l'idéal, de celui ou celle qui comblera leur vie creuse. Ils pensent que tout ce qu'ils ont pu accomplir ne sera rien tant qu'ils n'auront pas trouvé leur "moitié". Quelle erreur ! L'autre ne règle rien, il n'est pas la solution miracle à tous les problèmes ! Au contraire, vivre à deux c'est multiplier les problèmes ! ... Puis c'est pas une question d'hommes et de femmes. Cette opposition systématique entre l'homme et la femme ne tient jamais la route, on est tous pareils ! J'ai longtemps cru que dans ce domaine, les nanas éteint bien pires. On les voit toujours "fleur bleue", en attente désespérée de l'homme idéal, par opposition aux machos de base qui ne pensent qu'au sexe (et qui ont peut-être tout compris depuis longtemps au final). Mais même là j'avais tort, les hommes entrent dans le même jeu et ils le jouent à fond, attachant une telle importance à l'image qu'ils peuvent renvoyer d'eux mêmes, à tel point qu'ils finissent pas être aussi niais que les gonzesses... Je suis fatiguée moi, tu comprends. Et je crois que j'ai trop bu.... Mais bon, j'ai soif... Oh Roger, tu te sors les doigts du cul ou quoi ? Faut que je me la serve seule cette bière ou quoi ?..."

Sur ces mots, elle tape sur le bar, en perd l'équilibre déjà mis à mal par ses gesticulations et s'étale de tout son long dans l'allée menant aux toilettes.

***

pression

Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

Posté par Diane Groseille à 11:39 - - Commentaires [1] - Permalien [#]