Des hauts des bas. Semaine difficile et pourtant creuse. Je n'ai qu'une quinzaine d'heures de cours. Mais elle est plombée par le week-end qui arrive. Trois représentations de la pièce que j'encadre depuis un an. Ce qui devrait me faire plaisir et pourtant ça me contrarie au plus haut point. Parce que je n'ai pris aucun plaisir à travailler avec ce groupe. Ce qui devait être de la mise en scène s'est avéré être du babysitting. Il y a encore une semaine, le rôle principal ne connaissait pas son texte. Et qu'il est délicat de taper sur les doigts d'un monsieur de cinquante cinq ans ! Hier soir, je suis restée consternée devant ce qu'ils m'ont présenté en guise d'acte I. Aucun naturel, des décrochages en permanence, des incohérences, une crispation palpable et une mise en scène réduite à peau de chagrin. Je ne peux m'empêcher de me demander à quoi j'ai servi pendant un an. Mais comment travailler la mise en scène avec des comédiens qui tiennent leurs bouquins en permanence et semblent déchiffrer certaines répliques. J'y retourne ce soir pour la générale, je ne serai pas rentrée avant tard dans la nuit.

Heureusement demain soir, je m'accorde un break dans cette semaine contrariante : sortie mensuelle avec mes deux fêtards. Je sais qu'avec eux, j'oublie tout. Le temps d'une soirée, c'est insouciance et fous rires en chaine. La pression fait descendre la pression.

Pression de cette vie sentimentale qui n'en est pas une. D'un côté, le corps, de l'autre côté l'esprit. Un homme-enfant qui a su éveiller tant de sensualité face à un complice de longue date qui parle exactement la même langue que moi et qui a le même monde. Avec le premier, je n'arrive pas à parler et je ne m'imagine pas dans les bras du second. Paradoxe. N'est-il pas possible de me mixer les deux pour obtenir l'homme idéal ? Pour le moment, statu quo. Rien ne bouge vraiment. Je me rapproche du second alors que le premier s'éloigne, mais rien n'est joué. Je n'ai d'ailleurs pas envie de jouer. Puis pour clore le chapitre "midinette", l'homme aux mille questions qui erre toujours dans les parages laisse peser sur moi des regards qui en disent bien trop long et que je ne suis d'ailleurs pas la seule à remarquer.

Pression de mon compte en banque. Je suis ruinée. Les indemnités ASSEDIC que j'espérais toucher cet été ne m'ont pas été versées. J'ai vécu trois mois sur les réserves. Les salaires du mois de septembre ont à peine comblé le vide. Je travaille moins que l'an passé et pour la vacataire que je suis, cela signifie avant tout "salaire réduit". Il faut que je comble les blancs dans mon emploi du temps pour que mon banquier ne me tombe pas dessus. Puis j'ai la taxe d'habitation à régler, les charges de l'appart', les pneus à changer et la révisions des 60 000 qui arrive au galop. Faudrait aussi que j'aille chez le coiffeur, que je change la cartouche de mon imprimante, que je développe certaines photos de cet été et dans quinze jours, Tine et moi avons prévu une escapade à Prague... Mais sinon, je gère !

Pression de cette vie qui file trop vite. Toutes ces choses que je voudrais faire* et pour lesquelles je ne prends pas le temps. J'ai beaucoup de mal à rester chez moi les derniers temps et lorsque le cas se présente, je suis d'une inefficacité ébouriffante. Je galope et je ne sais plus m'arrêter. Il y a toujours des éléments qui semble me bousculer, me rattraper, me culpabiliser. Difficile d'expliquer cette perception du temps et des choses si particulière en ce moment, comme une déformation de mon environnement, je suis tombée dans une faille spatio-temporelle.

Pression des gens autour de moi, que je voudrais soutenir davantage et pour lesquels je ne trouve plus les mots. Le Pooh surtout qui est rongée par ses envies de maternité au point que cela en devienne obsessionnel. Elle ne vit plus, les seules échéances qui jalonnent encre sa vie sont celles des rendez-vous chez les différents médecins qui distillent un espoir vicieux et aléatoire. Je voudrais qu'elle s'éloigne de tout ça, qu'elle retrouve sa joie de vivre, que ces nuages noirs quittent son ciel. Parfois, au bout du fil, j'entends dans sa voix la mélodie de cet enfant à venir et toute la force de ses attentes. Mais trop de fois, sa voix se fait lointaine et étouffée.

Je clos cette réflexion du jour avec cette citation issue de Winnie l'ourson (hommage au Pooh), "il n'y a pas d'urgence, nous y arriverons un jour"...

boule_osier

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* [ arrêter de fumer - trier tous mes fichiers photo - reprendre plus que sérieusement le yoga - m'occuper de mon balcon  sur lequel fanent toutes mes plantes estivales - trier les piles de paperasse dans mon bureau - faire du parapente - ranger mon garage - mettre en vente les objets qui y trainent - passer plus de temps avec Lu - me remettre à la cuisine - faire un sport de combat - repeindre le bureau - aller à la piscine - dessiner - terminer le carnet de voyage de cet été - prévoir des escapades futures - Lancer de nouveaux projets de théâtre - Contacter les organismes de formation BAFA - Écrire des lettres - Écrire une pièce de théâtre - Faire du vélo - Lire - Faire de la pâtisserie - Faire des cadeaux - envisager mon futur professionnel sous un autre angle - ... ]