Je ne devrais pas aller plus vite que ma vitesse, pourtant tout s'accélère. Je ne parviens déjà plus à suivre le rythme qu'on m'impose, que je m'impose.

Arrivent à grands pas des représentations théâtrale. Premier match d'impro de l'année jeudi et dans deux semaines, trois représentations de ma pièce sur un week-end. Côté boulot, j'ai tardé à m'y mettre et je me retrouve déjà avec des délais dépassés, des progressions qui n'ont pas été rendues à temps, des copies qui s'étalent sur mon bureau. A ne pas vouloir mesurer l'urgence de certaines situations, je me retrouve déjà coincée après un seul mois de cours. Il faut vite que je reprenne un rythme mais ma tête est ailleurs, elle se laisse aller à des futilités si agréables !

Hier soir, du haut de mes dix-sept ans, j'ai envoyé un texto à mon "amoureux". Je lui ai dit que ça ne pouvait pas durer, que c'était mieux si on s'en tenait à ça. Par texto. Comme une ado. Et je m'en suis mordu les doigts. Mais je souffle sur la flamme avant qu'elle ne me brûle. Très vite, ce qui ressemblait à un petit jeu sans conséquences m'a déstabilisée. Puis je repense à sa peau, à ses mains, à sa bouche et une vague lourde et innommable m'envahit. Il est venu à moi sans aucune raison, avec tout son courage et son culot. Il est venu me chercher alors que ça paraissait impossible. Il a su me trouver. C'était impensable. Et j'ai tellement aimé ça. J'avais besoin d'être bousculée. Le mot est si juste. Ma tête et mon corps. Il a su tout faire. Il a su me brusquer avec toute sa douceur, les mots, les gestes et tous ces éléments si inattendus. J'ai voulu dire stop sans savoir si c'était une bonne chose, mais je sens en moi les fourmillements d'un attachement et ça, je ne le veux pas. Ni avec lui, ni avec un autre. Je ne suis pas prête pour ça...

Alors, aujourd'hui, c'est comme après un incendie. Doutes et terres brûlées. Je ne sais pas ce que ça va donner, s'il va insister, si nous allons nous revoir. Je ne m'imagine pas construire quelque chose avec lui car nous sommes si différents, nos âges, nos centres d'intérêt, notre façon de voir les choses. Et pourtant, le courant passe. Ce serait réducteur de dire que nos corps se comprennent, mais c'est une réalité, il y a des choses qui n'ont pas à être dites. Il dit vouloir "être avec moi", "me voir encore et encore". Et moi, si impalpable, si fuyante, si hésitante. Je ne comprends pas. L'idée de laisser venir est tentante, mais je pourrais bien y laisser des plumes.

Et je me dis que si je devais vraiment prendre le risque de m'engager, il faudrait que ce soit vraiment fort, vrai, impeccable et imparfait à la fois, douloureux et délicieux.

Et toute cette vitesse qui m'ébouriffe.

romance

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