dimanche 5 septembre 2010

Episodes du possible.

Dans les rues de Berlin, une solitude la nuit. Mes tongs évoluent sur ces trottoirs vides. Au loin, un carrefour. J'y aperçois une silhouette en mouvements. En m'approchant, je constate le va-et-vient de la balançoire. Une jeune fille est installée sur une petite planche et se balance dans la pénombre. Pas un regard pour ce qui se passe autour, l'important est ici, les autres n'existent plus. En plein cœur de la ville, seule et insouciante. Un instant, cette jeune fille, c'est moi.

Plus tard, la grande place de Cracovie, baignée d'un soleil au zénith. Je traverse l'espace. Je suis seule, encore. Sur mon dos, mon sac vert contient tout ce dont j'ai besoin. Se résoudre à n'avoir que le minimum. Tout ce qui serait utile à une nouvelle vie. Et mes pas rythment alors une réflexion pleine de lumière : tout est possible. Ici et ailleurs, je suis celle que je n'osais pas être, je peux le faire.

Le Pont Charles un matin dans les premières lueurs du jour. S'être levé pour l'avoir pour nous tout seuls. Les cohortes de touristes ne sont pas encore arrivés jusque là. Et il est bon alors de déambuler dans ce contraste vide. Aller ensuite siroter un chocolat chaud et trop sucré dans le Starbucks des arcades et s'étouffer de ce muffin truffé de pépites. Satisfaits de cette petite récompense.

Puis les routes, la nuit et le jour. Ces paysages qui défilent et qui ne nous appartiennent que pour quelques secondes. Dans l'habitacle, l'effervescence de ce qui doit suivre. Partager la surprise de la découverte, être ensemble sans aucune autre raison. Se sentir responsable de tout ce que l'on construit.

Les belles étoiles, je suis là sur cette terrasse, dans ses bras, sous les lumières de quelque chose que je n'attendais pas avec cette possibilité. Je glisse mes doigts dans ses cheveux un peu trop longs, juste comme j'aime, je sens la chaleur de son cou et son souffle sur ma joue. Sans savoir alors que tout cela est éphémère, que tout cela n'aura que la saveur du moment.

Un soir d'aout, les gradins d'un concert. A mes côtés, ces personnes que j'aime tant. Je marche entre des inconnus, me faufilant au milieu d'une évidence : le volume. Il y a partout autour ce morceau. Un an plus tôt, je l'avais écouté en boucle pour tout ce qu'il symbolisait de liberté et de bonheur, alors que j'étais enfermée dans mon malaise et mon appartement. Les images qui l'accompagnaient alors étaient celles d'un idéal que j'ai atteint entre temps. Une fois de plus, la possibilité. Un an plus tôt, les notes étaient creuses et sourdes. Elles sont alors gonflées de joie et de réalité. Et je saute de cette évidence. Cours ! Cours ! Poney poney !

Hier, marcher aux côtés de ma Grand mère sur le carrelage chauffé par le soleil. Lui passer la main dans le dos alors qu'elle me raconte le rêve qui a interrompu sa sieste : elle, assise sur les bancs de son école.

Demain, d'autres possibilités. Ne pas fermer les portes, savoir que tout peut être interrompu à tout moment et tout peut commencer à chaque seconde. Élaboration d'une vie nouvelle : la savoir fragile pour mieux la modeler.

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Posté par Diane Groseille à 08:58 - - Commentaires [2] - Permalien [#]