Reprise des cours. Reprise de la structure. Se retrouver cadrée à nouveau par des horaires, des priorités, des objectifs. Peut-être qu'il était temps. La semaine passée n'a été que temps perdu et insouciance. Besoin de projets concrets à nouveau. Je retrouve mes repères. Je remarque, amusée, qu'enseigner est un réflexe. Des semaines que je ne me suis pas retrouvée ici et je reprends en quelques secondes mes marques, mes attitudes, l'inflexion de ma voie et ma répartie. Les objectifs aussi, si importants : mener tout ce petit monde à l'examen et faire en sorte qu'ils soient les mieux armés.

Armée, pour ma part, je pensais l'être avec mes médicaments. Je les ai pris consciencieusement durant de longs mois. le rituel de la petite pilule blanche du soir. Celle qui assure la stabilité, la constance et l'équilibre. Puis cet été, il y a eu tous ces mouvemnts, moi catapultée ailleurs, dans d'autres sphères, victime de failles spatio-temporelles. Puis les petits pilules blanches sont restées fourrées au fond mon sac de rando. Je me souviens de la course de ce samedi matin, dans les rues parisiennes, juste avant mon départ pour l'Europe de l'Est. Et je me revois entrant dans une pharmacie, petite moi, surmontée de cet énorme sac au sommet duquel culminait mon sac de couchage. Et la tête hilare du pharmacien constatant que j'avais du mal à passer la porte de son officine. Je venais me procurer la plaquette de "stabilité", la sécurité que je m'octroyais depuis presque un an. Puis ensuite, tout est allé si vite. J'ai du prendre mon traitement quatre ou cinq fois, épisodiquement. Trop fatiguée le soir et trop pressée le matin, je remettais toujours à plus tard le moment de gober la gélule miracle. Puis finalement, je ne les ai plus prises, emportée par cet élan d'euphorie, de nouveauté et de découverte. Je craignais un peu le retour, les conséquences. Bien que l'arrêt ait été progressif, il s'est fait sans aucun avis ou suivi médical.

Voilà plus d'un mois que je suis à nouveau naturelle:  plus d'artifices, plus de chimie magique. Et aucune différence remarquable. Peut-être plus de difficultés à me motiver pour certaines activités, mais les projets, les envies et le dynamisme sont toujours là. Je repense à ce reportage vu par hasard il y a quelques semaines : on y montrait des souris gavées d'antidépresseurs. Elles pédalaient comme des hystérique dans leurs roues. Dans la cage voisine, celles qui n'étaient pas traitées se décourageaient très rapidement et allaient se reposer. Il est peut-être temps que je ralentisse mon pédalage, tout simplement. Le reportage , paradoxalement, voulait mettre en évidence l'inefficacité des antidépresseurs et allait même plus loin en démontrant qu'ils pouvaient être à l'origine de suicides. Je n'ai pas tenu à approfondir le sujet. Aucune envie d'être influencée. Je savais juste que ça avait eu sur moi une certaine efficacité, peut-être la fameuse béquille dont m'avait parlé le médecin. Peut-être juste de l'auto-suggestion, effet placebo ou autre. Quoi qu'il en soit, j'arrivais à nouveau à avancer.

Aujourd'hui, je vais bien. J'essaye de ne pas penser à un risque de rechute. J'essaye de positiver et de me dire que je suis à nouveau moi-même et que peut-être même, je l'ai toujours été, au delà de cette crainte d'artificiel.

Prochaine étape : arrêter de fumer.