Je cumule. Y’a des semaines comme ça. Celles où tout vous file entre les doigts et où les objets qui paraissent animés d’une intelligence malsaine semblent déterminés à vous gâcher la vie.

J’ai rayé l’écran de mon appareil photo, j’ai cassé ma machine à pain, j’ai le phare droit de ma voiture qu’est fusillé, j’ai pris trois éclats sur le pare-brise rien que cette semaine, dont un qui part en étoile et qui semble déjà « plus gros qu’une pièce de deux euros », parait que j’ai une fuite sur le balcon et ma voisine se plaint de problèmes d’infiltration, mon PC plante en permanence, mon téléphone portable se coupe quand bon lui semble, en particulier quand je suis en ligne.

J’ai pris cinq kilos cet hiver. Je mange des raviolis en boîte et je me goinfre de chocolats de Pâques sous prétexte que faut bien les finir. Je me fâche avec les gens, en particulier ceux qui seraient en mesure d’assurer la pérennité de mon poste l’an prochain. Je suis débordée par des copies, des bulletins, des livrets scolaires, des rapports à corriger… Je traine. Putain de procrastination. Je me retrouve à travailler dans l’urgence et à rendre des éléments en retard.

Et pire que tout. J’ai repris la clope. J’avais arrêté en octobre 2002, après un accident de voiture. J’avais eu peur et on m’avait dit que j’avais eu beaucoup de chance. Je pensais alors que c’était dommage de gâcher cette chance qui m’était donnée avec la cigarette qui me dégoutait profondément. J’ai arrêté très facilement, l’aversion et l’inquiétude aidant. Je pensais être à l’abri car plus de sept années avaient filé. Puis je ne sais pas ce qui s’est passé. Je n’ai pas réfléchi. Tout a commencé par quelques bouffées tirées sur la cigarette d’une autre pendant des soirées un peu arrosées, puis par une cigarette taxée avec interdiction de l’allumer moi-même. Puis en début de semaine, j’ai acheté un paquet. Comme un zombie, je me suis rendue dans le bureau de tabac le plus proche. Je me regardais faire de l’extérieur, comme si ce n’était pas vraiment moi qui faisais ça. J’ai été étonnée du prix qu’on m’a annoncé mais j’ai payé. Personne n’aurait pu m’en empêcher : c’est une histoire entre moi et cette autre que pensais endormie et qui s’est réveillée. Tout est revenu très vite : la cigarette qu’on fume le matin au réveil, celle si douce qui vient clore un repas, ou encore celle que l’on fume au volant de sa voiture. Accompagné d’un plaisir parfois, mais aussi très souvent d’un écœurement rapide. Je voudrais croire que je vais arrêter très vite, que ce n’est, une fois de plus qu’une mauvaise chute. Je ne sais pas. J’ai honte de moi. Vraiment. Pas même par rapport aux autres, mais pour moi-même. J’avais écrasé un démon qui revient.

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