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Le printemps.

Le premier jour, ils se sont assis, à cette table de fer forgé, trop petite, dans la fraîcheur d'une matinée de mars. Deux cafés refroidissent entre eux deux, laissant s'échapper des volutes de chaleur. Elle est lumineuse et se laisse envahir par un sourire permanent qui la dépasse. Il est charmant et charmeur, ses yeux pétillent et ne peuvent se détacher du sourire qui lui est offert. Leurs regards se croisent, encore timides mais pleins de promesses. Ils se sont rencontrés la semaine précédente chez des amis communs. Il n'a pas l'habitude de faire ça, mais il lui a glissé son numéro de téléphone au moment de partir. Cliché, mais il ne voulait pas laisser passer sa chance. Il avait été ébloui par sa bonne humeur et sa simplicité. Elle avait hésité trois jours avant de le rappeler. Hésité n'est pas le mot juste, elle avait résisté. Car elle aussi s'était tout de suite sentie bien avec lui. Ce jour là, attablés dans l'insouciance et la timidité, ils comprennent tous les deux, pour des raisons différentes, que quelque chose de fort peut naître. Il est fasciné par sa bouche. Il ne voit que ça. Elle fait de longues phrases dont les sonorités lui plaisent, mais dont il n'écoute pas vraiment le sens. Il la fixe en souriant et apprécie ses minauderies. Elle s'allume une cigarette, inspire une longue bouffée et bascule sa tête en arrière. Puis elle tourne vers elle le bout incandescent pour vérifier s'il est bien allumé. Il aime tant ça. Son envie de la toucher lui ronge le ventre. Il aperçoit d'ailleurs la naissance de ses seins dans l'entrebâillement de son cache-cœur et ça le rend fou. De son côté, elle parle, consciente que ses paroles sont inconsistantes, mais elle cherche à meubler ce silence qui la gêne. Elle semble débordée par toute cette angoisse et en même temps, elle se sent légère et belle. C'est à son regard qu'elle le sait. Ses yeux la caressent. De longues minutes filent ainsi. Ils doivent se rendre sur leurs lieux de travail et le temps les obligent à se quitter. Les bises qu'ils se font avant de partir disent qu'ils vont forcément se revoir.

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pavot

L'été.

Les premières semaines passent, ils se retrouvent à la même table en fer forgée, celle qui donne sur les quais, celle qu'ils considèrent  désormais comme la leur. Bien sur, ils se sont revus. Le soir même de ce jour de mars. Ils ne pouvaient pas attendre plus. Ils avaient mangé ensemble, il l'avait raccompagnée chez elle. La suite était logique. C'était il y a trois mois. Depuis, ils ne se quittent plus. Et ce  soir de juin, sur l'une des journées les plus longues de l'année, dans la chaleur persistante, leurs mains s'enlacent, leurs bouches ont du mal à se quitter. Ils ne voient pas le temps qui passe. Ils prennent des risques. Ils disent vouloir prendre leur temps, mais grillent toutes les étapes, poussés par l'envie, le bonheur d'être ensemble. Ce soir là, dans les dernières lueurs du jour, il lui dit "je t'aime" alors qu'elle boit la dernière gorgée de son panaché.  Deux jours plus tard, ils décident de vivre ensemble et cette idée leur emplit le cœur d'une joie folle.

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L'automne

Les premiers mois ont filé si vite. Ils sont partis en vacances ensemble, dans le Sud de la France. C'était parfait. Ils se sont installés dès leur retour dans un charmant petit appartement qu'elle a choisi pour son cachet. Il aurait préféré cet appartement proche de son bureau mais il a fini par céder. Elle en a soigné la déco et les couleurs et se bat pour que monsieur veuille bien ranger ses affaires. Elle a aujourd'hui rendez-vous avec lui à leur table de fer forgé. Une fin d'après-midi d'octobre, les gens flânent encore dans les rues et dans cette lumière orange, certains courageux tentent même les dernières terrasses. Il lui a dit qu'il la rejoindrait en sortant du bureau. Elle est déjà assise là depuis de longues minutes et réchauffe ses mains autour de sa tasse de thé. Bien sur, il est en retard. Ils vont probablement rater le début du film qu'ils avaient prévu de voir. C'est ce film merveilleux dont son amie lui a parlé. Il n'a pas très envie d'aller le voir, mais il le fait pour lui faire plaisir. Lorsqu'elle le voit arriver au bout de la rue, trainant ses pieds dans les feuilles mortes, elle lève à peine les yeux. Il arrive vers elle et lui dépose une bise sur la bouche. Il s'installe à sa place habituelle et sort son téléphone sur lequel il tapote, sans dire un mot. Bien entendu, ça l'agace. Elle regarde ses ongles rongés aller et venir sur le petit clavier. Elle lui parle du cinéma et il hoche à peine la tête. Elle dit dans un souffle, comme pour elle-même, que c'est sans doute la dernière fois qu'ils pourront occuper cette table. Il lève les yeux et dans une étincelle lui dit "cette année, oui, surement...". Elle sourit.

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poudreuse

L'hiver

Quelques années ont passé. Un jour de décembre, dans une lumière éteinte, on la voit apparaître sur le seuil du café. Elle a des larmes dans les yeux. Elle allume sa cigarette et balance sa tête en arrière. Lui arrive juste derrière elle. Ses yeux sont fatigués. Il met ses gants, sort de sa poche son trousseau de clés, en détache deux et les lui tend. Sans lever les yeux, elle les prend et les fourre dans sa poche. Il part à droite après lui avoir déposé deux bises sur les joues. Elle part à gauche après avoir écrasé sa cigarette et essuyé ses yeux. Contre le mur du café est pliée la petite table en fer forgé.