Soulagée depuis ce matin. Une décision difficile à prendre mais le mail est parti. Il fallait que j’allège un peu ma vie. J’étais devenue une espèce de robot qui aligne les heures de cours, plus de temps pour manger, à peine le temps de dormir. Et a trop vouloir en faire, je faisais mal. Incapable de respecter des délais et des contenus. Pourtant, je travaillais en continu. Plus de temps pour moi. Peu de temps pour mes proches. Et cette impression cruelle que dès que je déconnectais un peu de tout ça, je n'étais plus à ma place. Mauvaise conscience. Alors ce matin, après m’être fait remonter les bretelles, j’ai envoyé un message à l’une de mes responsables et j’ai mis fin à notre collaboration. J’étais de toute façon incapable de répondre à ses exigences. J’espère que cette décision me permettra de reprendre pied et d’avoir un peu plus de temps pour moi…

C’est ce week-end qu’elle a muri en moi. Voilà quatre mois que je préparais ça : les trente ans de ma sœur. En octobre, l’idée avait germé. Une surprise avec ses amis, ses proches. Il a fallu contacter tout le monde, et attendre patiemment des réponses qui parfois ont tardé. Il a fallu louer une salle, choisir un menu, des animations, des éléments de décor. Surtout, il a fallu faire diversion et multiplier les petits et les gros secrets durant des semaines. Le week-end dernier, pour noyer le poisson, sa meilleure amie et moi l’avons embarquée au bout de la France, dans la baie de Somme. Elle ne savait pas où elle allait et a adoré, trois jours durant, aller de surprises en surprises : balade sur la plage, tour en vélo, petits bonheurs, plateau de fruits de mer, invité de dernière minute, virée à Paris au retour, Sacré Cœur et coucher de soleil, puis Spectacle du Roi lion pour clore le bal ! Après ça, elle ne se doutait pas une seconde de la chouille d’enfer qui l’attendait huit jours plus tard ! Nous l’avons kidnappée samedi soir et trainée les yeux bandés à l’autre bout du département où elle a poussé des cris devant plus de trente de ses amis les plus proches. La soirée a été pleine de tendresse et d’émotion. Beaucoup de joie et de simplicité. Une belle salle aux couleurs printanières et un excellent repas. Du bonheur, si ce n’est les remarques déplacées et les exigences de certains invités qui se croyaient au resto. Heureusement, je suis la seule à les avoir entendues. Puis au milieu de toute cette effervescence, ma mauvaise conscience (celle qui me titille dès que je ne suis pas en train de travailler) s’est évaporée. Et j’ai su profiter pleinement des instants passés avec mes proches, mes parents, ma sœur et mon frère. Ce fut si doux. Et hier soir, alors que je retrouvais mon appartement, je me suis dit que tout cela ne pouvait plus durer, que rien ne justifiait que je sacrifie ainsi ma santé, mon moral, mes amis, ma famille : tout cela ne doit plus être secondaire et ça fait pourtant des mois que je les range dans la colonne « plus tard ». Je veux retrouver l’insouciance et la simplicité de ce début d’année scolaire. Lorsque j’avais encore du temps. Depuis que le mail est parti, je me sens plus légère. Et je dirais même que les douleurs aux cervicales que je traine depuis des semaines semblent s’atténuer.

Ce matin, grand soleil et douceur de l’air. Je suis sortie sans ma veste. J’ai aimé sentir la chaleur sur mes joues et le vent frais dans mes cheveux. J'aurais aimé m'arrêter là sur le trottoir, pour prendre le temps de savourer ce moment. J’ai repensé à des détails de la soirée. Au sourire de ma sœur, ses larmes de joie, tous nos amis, notre famille. J’ai également repensé au mains de R. sur ma peau. Que dire de lui. Voilà plus de sept ans que nous gravitons l’un autour de l’autre. Quelques mois avant de rencontrer Neb, il y avait encore eu des doutes, des possibilités, de la tendresse, des interrogations entre nous. Il y en a toujours eu. Puis samedi soir, dès mon arrivée, j'ai remarqué ses regards soutenus. Il y a eu toutes ses petits remarques, ses sous-entendus. Il y a eu ses mains sur mes épaules, longuement, ses doigts qui ont glissé dans mes cheveux. J'ai essayé de m'en éloigner, car il avait bu, qu'il est installé depuis peu avec une charmante demoiselle (absente ce soir là) et qu'il aurait été plus que facile de profiter de la situation. Mais j'ai tellement apprécié sa tendresse, toujours les mêmes gestes, ceux d'autrefois, ceux qu'il faits spontanément. Au moment de se coucher, il a attrapé mon bras et m'a attirée vers lui. Nous avons dormi côté à côte, il a fait glissé ses mains sur mes joues, sur mes cheveux, ses doigts sur ma bouche et nous nous sommes endormis longtemps après, main dans la main. Au réveil, il était toujours aussi tendre, et j'étais gênée de son attitude par rapport à nos proches qui étaient toujours là. Depuis, j'ai cru comprendre qu'il ne se souvenait pas de tout, j'ai donc bien fait de ne pas céder à ses avances. De toute façon, il est presque un frère pour ma sœur (donc pour moi aussi, indirectement) et il y a toujours eu ça entre nous, comme une barrière, une impossibilité. Je retiens de cela que j'ai aimé cette sensualité simple, presque enfantine, qui n'attendait pas plus. Je suis un peu perdue par rapport à mes attentes sentimentales. je veux croire qu'il n'y en a pas, que je suis tellement bien seule. Mais je réalise que la tendresse et les gestes d'attention, lorsqu'ils se produisent peuvent provoquer des vagues en moi. Je voudrais de la simplicité, sans l'attachement...

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