C'était prévu depuis des semaines. Mes parents sont partis ce matin très tôt en Italie, chez ma cousine. Ils me confient la maison et ma grand-mère pour les trois jours à venir. Compte tenu de mon état les derniers jours, ils ont hésité à me laisser cette responsabilité. J'ai su les convaincre que tout irait pour le mieux.

Je prends mon traitement depuis lundi. Réactions étranges. Bien sur, je suis dans le gaz, je me sens loin de tout, détachée. Ce qui me bouleversait il y a encore peu me touche toujours, mais c'est comme amorti par du coton. Je ne pleure plus. Je regarde tout ça d'au-dessus. Un peu anesthésiée. J'ai peur que mes réactions ne soient plus vraiment les miennes, cadrées par des réactions chimiques, mais je n'avais plus d'autre choix. Le médecin m'a dit que j'avais bien fait de venir, que mon état était sérieux. Puis il m'a expliqué que c'était physique, des connections qui se font mal, et que non, je ne suis pas une loque. J'ai du mal à adhérer à son point de vue alors que je dors des journées entières. L'idée de rester ici, d'être responsable de ma grand-mère m'oblige à me ressaisir, à me contrôler, à fixer des limites à toute cette vase qui m'emplit.

J'appréhende le futur, j'ai du mal à concevoir les jours et les mois à venir. Je n'y parviens pas du tout en fait. Je vacille à l'idée de faire cours dans quelques semaines, d'être confrontée à du monde, de devoir faire la conversation, de reprendre une vie normale, insignifiante...