mardi 11 août 2009

Tout au bout.

regard_noir

Impression de cauchemar permanent.

Je passe un été affreux. Mes yeux constamment baignés de larmes, comme deux cicatrices brûlantes, mon corps secoué de sanglots. Je ne sais plus où j'en suis. Je vais mal. Je ne me reconnais plus. J'ai perdu toute ma force, toute ma confiance, toute ma volonté, toutes mes envies. Je suis une loque. Je ne parviens pas à voir un intérêt quelconque à ce qui m'entoure, à ce qui m'attend. Tout ce qu'il y avait de stable et de réussi dans ma vie semble s'être effondré. Désagrégé. Petits morceaux par petits morceaux. Les décisions que je pensais être justes perdent de leur sens, sur tous les plans. Je me décompose.

Ma vie professionnelle d'abord. Les joies de la vacation se sont retournées contre moi mi-juin lorsque mon employeur principal m'a annoncé qu'à la rentrée, ce serait 50% d'heures en moins. Ils ont décidé de grouper des sections pour faire des économies et faut bien que quelqu'un les subisse. Moi. Je me retrouve avec deux options. Soit accepter cette proposition et me retrouver avec deux autres employeurs et un emploi du temps-gruyère que je ne parviendrai pas à combler et des revenus insuffisants pour payer seule les traites de l'appartement. Soit lâcher complètement ce système et décoller vers autre chose. Je ne sais pas quoi : le théâtre, du coaching, une ferme, l'étranger, ...

Ma vie sentimentale représente le plus bel échec que j'aie à mon palmarès. Impossible de trouver les mots pour décrire justement ce désastre. Neb et moi sommes séparés depuis le mois de mars. Rien ne semble se reconstruire. Ni pour moi, ni pour lui. Lui n'a pas avancé d'un pouce. Il veut à la fois s'éloigner de moi et laisse entendre qu'il tient toujours à moi. De mon côté, c'est la confusion totale. Je suis consciente qu'il a été et qu'il est toujours un complice. Cinq ans de vie commune ne s'effacent pas d'un revers de manche. Je sais qu'il me connait. Mais je regrette amèrement tout ce que j'ai voulu construire avec lui, tout ce qu'il a gâché. Je ne le respecte plus, je ne lui fais plus confiance. Et je ne parviens pas un instant à imaginer que je puisse un jour à nouveau faire confiance à quelqu'un. C'est une blessure douloureuse et béante. Je souffre de le savoir si puéril, si loin de ce que j'avais imaginé. A un instant, je m'étais dit que cette rupture lui ferait du bien, qu'elle lui permettrait de revoir ses priorités. Au contraire, il a coulé plus encore qu'avant. Il mène une vie décousue, n'a pas plus d'objectifs qu'il n'en avait sur notre dernière année de vie commune, il vit de petits jobs qui suffisaient peut-être lorsqu'il touchait encore les ASSEDIC. L'entreprise dont il parle depuis des mois n'a toujours pas vu le jour, à l'écouter le système est compliqué et présente des lourdeurs administratives mais je pense surtout qu'il ne s'est pas donné les moyens, une fois de plus. Et dans ce contexte plus que fragile, il envisage de partir en vacances. Mais tout cela ne me regarde plus, il faut que je me fasse à cette idée. Difficile de laisser quelqu'un dans une telle merde alors qu'on s'est fait du soucis pour lui pendant des années. Lui ne s'inquiète pas, c'est le principal. Aujourd'hui, je lui en veux. Et je m'en veux. J'aurais aimé, comme dans un monde parfait, garder avec lui des contacts d'adultes, qui échangent sur leur évolution. Mais ça ne peut pas fonctionner comme ça. Il ne peut pas être là quand j'ai besoin de lui. Je ne veux plus qu'il le soit d'ailleurs. Il n'est pas la personne vers laquelle je dois me tourner. Je dois définitivement m'éloigner de lui. "Nous" ne veut plus rien dire, nous n'avons pas d'avenir commun, six mois se sont écoulés depuis notre rupture et rien n'a changé (je dirais même que la personne qu'il est devenu depuis me déçoit encore plus). Je ne peux pas continuer à compter sur lui, à accepter qu'il vienne ici quand bon lui chante, qu'il décide quand arriver et quand repartir, qu'il change d'attitude comme de chemise. Je me dis que je lui ai tant parlé, tant de fois, et mes mots sont allés se perdre dans le néant, pas pris au sérieux, pas compris. Je m'attache à lui comme à une bouée, mais j'ai tort, parce que je sais nager. Il ne m'a rien apporté, je m'attache à ce que j'ai voulu construire, à cette stabilité qui est déjà brisée.

Ma vie familiale aussi est ébranlée par un événement récent. Gros clash la semaine dernière. Particulièrement perturbant. Me voilà paumée. Plus encore qu'avant. Mon père, qui jusqu'à maintenant était pour moi une référence solide et fiable est entré dans une colère noire pour des raisons qui me sont toujours inconnues et qui je l'avoue m'effrayent. J'ai juste fait l'erreur d'être sur son chemin à ce moment là et les mots qu'il a pu me lancer au visage comme des centaines de petits cailloux me restent encore aujourd'hui sur le cœur. Un coup de plus qui vient couler mes certitudes et ma confiance. Un coup qui a même représenté celui de trop.

Puis pour finir, ma santé. Toutes les analyses ont été effectuées, y compris les plus désagréables. On ne me trouve rien. Pas la moindre trace d'infection, de microbes, de bactérie qui pourraient être responsables de ce dysfonctionnement. Et pourtant, malgré le repos du premier mois de vacances, je continue à souffrir. Des crampes, des nausées, des aigreurs, des diarrhées. Bien sur, tout cela a modifié considérablement ma façon de vivre. Et je me demande si au final, ma façon de vivre, de percevoir ma vie du moment ne modifie pas considérablement ma façon de digérer. Pendant des semaines, je n'ai pas voulu entendre parler de ce foutu stress, je ne voulais pas croire qu'il puisse à lui seul être responsable de mon état. Cela voulait dire que je ne contrôlais plus rien. Aujourd'hui je finis par me faire à cette idée. Je fais des crises d'angoisse comme je n'en avais plus faites depuis des années : je manque d'air, je sanglote, je ne parviens plus à relativiser quoi que ce soit, je ne contrôle plus mes émotions. J'ai l'impression d'avoir quinze ans, bouffée par les hormones, incapable de me maîtriser. Je pensais qu'en vieillissant, tout cela n'arriverait plus. Je pensais qu'on devenait solide avec le temps. Dans ces cas là, je me dégoutte.

Tous ces éléments remettent complètement en question la notion de confiance. Je ne sais plus quelle place je dois occuper, comment je dois me comporter. Alors petit à petit, j'ai fermé des portes, j'ai refusé des sorties, je n'ai pas répondu à des messages... J'ai peur des autres. L'idée de voir du monde me perturbe. Je me suis refermée sur mon petit appartement, celui que j'ai choisi, aménagé, partagé avec Neb, celui où il faudra que je finisse par trouver ma place. Mes sorties se résument à de longues balades avec Lu dans la montagne, à m'en épuiser, à chercher à m'étouffer de grand air et d'horizons libérateurs. Je vais à la piscine, j'y fais des longueurs qui me vident la tête, qui perdent mon souffle. Je dors énormément et souvent mes réveils sont contrariants parce que ma réalité me décourage. J'ai l'impression de faire une allergie à ma vie. Je me sens la fragilité d'une coquille d'œuf. J'essaye de me reconstruire tout doucement, je me fixe des défis : sortir faire une balade en ville, m'assoir seule à la terrasse d'un café, aller au marché... Rien d'insurmontable, me frotter aux autres, aux gens, pour ne pas finir totalement misanthrope, gloutonnée par ma solitude. J'ai aimé vivre seule, j'ai aimé ne dépendre de personne, construire seule. Aujourd'hui, je suis épuisée et trop fragilisée pour y voir de la force. J'ai perdu quatre kilos en une semaine. Je ne sais plus qui je suis, je ne me reconnais plus, plus rien à quoi me raccrocher.

Bien entendu, ça me coûte de mettre des mots sur tout cela. Petit roman de ma médiocre existence des derniers mois. Désolée pour les longueurs, le fatalisme, les mots qui sonnent faux, la sensiblerie, la lâcheté qui transpirent dans ce message.

Triste bilan. Dans mon bulletin de mauvaise élève, ils auraient pu inscrire : "A touché le fond, et continue à creuser". Le mot dépression a été utilisé pour la première fois la semaine dernière. Je suis allée voir mon médecin hier, je prends des médicaments, je n'avais plus assez de force.

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Posté par Diane Groseille à 10:23 - - Commentaires [28] - Permalien [#]