samedi 18 avril 2009

Rémission.

Il y aura eu ces quatre jours en Italie avec ma famille. Cela faisait près de quinze ans que nous n'étions pas partis tous les cinq ensemble. Nous avons profité du week-end pascal pour aller rendre visite à une cousine qui vit à Turin. Cela venait mettre fin à 37 heures de cours étalées sur quatre jours. Épuisée, je suis montée dans la voiture vendredi matin à six heures. Ensuite, ça n'a été que fous rires, festins et joie à partager. Quel bonheur d'évoluer dans cette région que je sais être le berceau de ma famille. Quel plaisir de voir mon père si épanoui, comme un gosse parti en vacances avec sa bande de copains. Quelle satisfaction de comprendre la langue de mes ancêtres, de jouer à deviner les conversations, comme autant d'énigmes informelles.

Il y aura eu cette endurance désormais habituelle à cette période de l'année qui nous impose corrections, remplissages de bulletins et autres livrets scolaires à la pelle. Je ne suis pas encore au bout de la course et je joue cette année des délais, au grand désespoir de la secrétaire qui attend toujours mes fichiers. A la difficulté de ce type d'exercice s'ajoute cette année un cruel manque de motivation et d'anticipation.

Il y aura eu comme chaque année les dernières heures de cours avec les deuxièmes années, ceux qui basculent maintenant sur les périodes de révision. Comme chaque année, il est ridicule de réaliser qu'on se fait plus de soucis qu'eux pour un examen qu'on ne passera pas. Petit pincement au cœur de les voir filer vers d'autres sphères.

Il y aura eu mon couple qui s'effrite tout doucement. Ce matin, je me suis levée à cinq heures et quelques, pour prendre mon temps, et parce que je m'étais couchée tôt. Qu'il est dur de tomber sur celui qui occupe toujours ma vie et surtout ma maison, ivre de fatigue et d'alcool, poussant la porte d'entrée.

Il y aura eu la maladie. Les angoisses de l'attente des résultats. La peur au ventre qui aura gâché certains bons moments. La trouille toujours aujourd'hui de ne pas en être débarrassée. La frustration de ne pas avoir de réponse.

Il y aura samedi le mariage d'un collègue, auquel je suis invitée, seule. Et cette note qui m'est revenue en tête lundi matin et qui m'a expliqué mon appréhension.

Il y aura eu le printemps, parfois saisi par une fenêtre entrouverte, trop vite, parfums entêtants des lilas. On le sent filer, éphémère. Lorsqu'on prendra le temps d'en profiter, il ne sera déjà plus là. J'aimerais que cette douce période dure toute l'année.

fleurs_d_arbres

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dimanche 5 avril 2009

Tulipes forever.

Une maison propre, cuisine impeccable, linge lavé et rangé, juste ma paire de talons qui traine sur la parquet du couloir.  La télévision et à travers elle Harrison Ford marmonnent des choses que je n'écoute pas. Il me reste des documents à classer pour attaquer sereinement cette trop longue semaine pourtant raccourcie par le vendredi férié spécifique à ma région. Je vais boucler près de quarante heures de cours en quatre jours. Journées qui vont souvent s'achever après neuf heures. Il va également falloir corriger au plus vite ces quatre-vingts-dix copies dont les notes sont à enregistrer pour le quinze du mois. Et comme je pars quatre jours en Italie avec ma famille, il faudra terminer ça avant !

Ce programme me convient : il me permet d'écarter les idées sombres, celles qui ne me laissent pas entrevoir un avenir après tant de projets avortés. Sentiment d'échec, de blocage net en pleine course. Envie de me blottir sous ma couette et de ne me réveiller que dans quelques mois, quand la tempête sera passée. Parce qu'elle va passer.

tulipes_roses

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mercredi 1 avril 2009

Un peu de moi ce soir.

J'ai su donner enfin, un peu de moi, un peu de ce poids.
Des points communs avec ce qu'elle dit.
Le chien blanc.
Les heures au lit.
Les talons et les robes.
La volonté de voir des sourires.
De tenir.
De voir arriver demain.
Avoir l'air d'aller plutôt bien.
Faire des listes de trucs qui vont bien.
Essayer au moins.

Tamdamtadoudadidamdam


Berry 'demain'

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Maladie.

" Plus tard, j'appris l'étymologie du mot "maladie".
C'était "mal à dire".
Le malade était celui qui avait du mal à dire quelque chose.
Son corps le disait à sa place sous la forme d'une maladie.
Idée fascinante qui supposait que
si l'on réussissait à dire l'on ne souffrait plus. "

Biographie de la faim, Amélie Nothomb, 2004.


Je suis malade depuis plus de deux semaines. J'ai d'abord eu droit à des crampes intestinales qui ne me permettaient plus de manger normalement. Mon ventre s'était transformé en machine à liquéfier les aliments en quelques minutes. Lorsque j'ai cru que j'allais mieux, j'ai commencé à tousser. Ça s'est soldé par une bronchite qui m'a clouée au lit pendant plusieurs jours : fièvres et courbatures, nez-fontaine et quintes de toux épuisantes qui me laissaient épave. J'ajoute à ces deux semaines pleines de bonheur des réactions cutanées plus surprenantes les unes que les autres : plaques rouges, irritantes et gonflées.

Alors, puisqu'Amélie le dit, j'attends avec impatience de pouvoir formuler tous les mots qui s'étranglent pour le moment dans ma gorge, pour ne plus souffrir. Ici, l'autre jour, un grand pas en avant. C'est déjà ça !

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Herbe tendre.

Nous sommes comme fous. Ses doigts s'enroulent autour des miens. Le souffle court, il m'embrasse pour la troisième fois. La première fois, il me l'avait demandé : "je peux t'embrasser ? ". Nous courons, nous dévalons une pente d'herbe. Nous nous arrêtons encore, mon dos s'appuie contre un grillage. Ses mains glissent sous mes vêtements, naturellement. Je sens la douceur de ses cheveux blonds trop longs sur ma joue. Je sens l'évidence de ce moment, l'importance et l'émotion. Il me regarde dans les yeux quand...

Cinq heures trente. Chanson de merde que beugle mon radio-réveil. Tout était si réel quelques secondes auparavant que je mets un bon moment avant d'identifier la pièce, ma maison. Je me lève et tout semble recouvert d'un voile gris. J'attaque une journée de cours. Et tout au long de la journée, j'ai l'impressiopn de sentir sous mes pieds nus l'herbe tendre.

herbe_fraiche
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Posté par Diane Groseille à 17:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]