mardi 24 juin 2008

Quand les couteaux ne suffisent plus.

Neuf heures du mat', mon Lucien avance devant moi, lumineux dans le soleil, fier comme un pape sur les trottoirs déjà chauds de notre quartier. Le trajet est toujours le même, à gauche en sortant, arrêt au passage piéton, contournement de l'église, passage le long des hautes grilles noires du presbytère, ligne droite vers le canisite. Monsieur est attaché à ses petites habitudes. Tout à coup, une voix m'interpelle : "n'y allez pas avec votre chien, je viens d'appeler les flics". Je ne comprends pas tout de suite: une dame au loin sur le trottoir me fait de grands signes et essaye de m'expliquer ce que je ne tarde pas à comprendre finalement par moi même. Quelques mètres plus loin, une femme est assise à même le sol, ses jambes tendues, dans la boue, avec un petit corps de chien noir reposant sur ses cuisses. Un peu plus loin, un homme se tient debout et tout en observant la scène,  repousse son énorme molosse (le pléonasme est justifié) du  bout du pied. J'imagine malheureusement facilement ce qui vient de se passer, il y a quelques minutes à peine. Pas de laisse, pas de muselière pour celui qui vient d'attaquer et qui pourrait très bien récidiver. Plusieurs personnes se sont arrêtées, pétrifiées par le tableau que nous donne à voir cette femme, le visage penché vers son compagnon à quatre pattes qui vient d'être attaqué. Sa détresse, sa colère, son incompréhension arrivent jusqu'à moi. J'aimerais m'approcher, pour la réconforter, sachant à quel point le moment est difficile pour elle. Mais je ne veux pas courir de risque pour mon Lucien qui à son tour risquerait sa peau, puisque le fauve est toujours en liberté. Une voiture de police s'approche alors que je m'éloigne, bouleversée par ce que je viens de voir. L'idée bien sur me traverse : à quelques minutes près, ç'aurait pu être Lucien. Puis l'image de ces enfants qui jouent tous les jours sur les balançoires passe devant mes yeux, eux aussi auraient pu croiser le fauve.

L'histoire remonte à vendredi. Le lendemain, dans le journal, trois lignes, sur un individu interpelé dans notre quartier, avec un chien sans laisse et plusieurs couteaux sur lui. Pas un mot concernant l'agression dont ont été victimes cette femme et son chien. L'histoire m'a laissée triste et inquiète tout le week-end.

Hier, je croise une dame, que je connais bien, elle se promène souvent aux mêmes heures que nous avec un petit bouledogue français nommé Simon, Lucien le connaît très bien. Elle s'approche de moi, dit vouloir me parler, semble émue. Je comprends vite que c'était elle, ce matin là, assise par terre, je ne l'avais pas reconnue. En quelques mots qui ne peuvent être aussi forts que la scène qu'elle a vécue, elle retrace l'événement. Son chien était en laisse quand elle a vu apparaître le molosse au coin d'un buisson. Derrière lui, son maître à qui elle a demandé de tenir son chien et qui a répondu simplement que celui-ci était gentil et qu'il ne fallait pas s'inquiéter. Elle n'a pas eu le temps de prendre Simon dans ses bras. Quelques secondes plus tard, il secouait le petit chien noir dans sa gueule comme un chiffon. Il l'aurait encore attaqué une fois ce dernier au sol. Elle m'annonce que son  chien est un miraculé, il est vivant, il a été réanimé par le vétérinaire malgré de cruelles morsures. Elle m'explique aussi que le propriétaire du chien a été emmené au commissariat et qu'il en est ressorti avec son chien le soir même. Je suis scandalisée et effrayée par cette situation. Elle cherche des témoins et ne savait pas que j'étais là ce jour là, elle voulait juste me mettre en garde. Elle glane des témoignages et envisage un procès qui servira peut-être d'exemple pour tous ces propriétaire de chiens qui considèrent leurs animaux comme des armes, comme un moyen d'intimidation. Depuis, la peur est là. Non pas que j'adhère à ce phénomène de mode qui consiste à entretenir par les mots, les images, les idées, un climat de violence, loin de moi cette volonté. J'aimerais juste qu'il n'arrive rien à mon Lucien.


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Posté par Diane Groseille à 11:15 - - Commentaires [6] - Permalien [#]


Sinistre matinée.

8h42. Debout depuis 5h30. Derrière moi, déjà une douche froide, un rangement de cuisine, un ravalement de façade (ma tronche à cause de l'heure à laquelle je me suis couchée), cinquante kilomètres vers le Sud, une bonne centaine de bâillements, une vingtaine de minutes dans les bouchons à cause des travaux sur le pont, des bises à gauche à droite, en pilote automatique, deux tasses de thé et de l'impatience. Je savais que ce n'était pas la peine. Je suis assise dans ma salle de classe depuis huit heures et mes élèves ne sont pas là. J'attends, mais je sais pertinemment qu'ils ne viendront pas. Ils sont peu nombreux et voilà des mois qu'ils se démotivent les uns les autres. Et moi, je suis là et j'attends. Orage dans l'air, au propre comme au figuré.

Quelques souvenirs de la soirée d'hier, comme des éclats de lumière : anniversaire de Mat', il a trop bu, on a ri et parlé trop fort, sur la terrasse d'un restaurant de l'autre côté de la frontière. Et j'ai souris en pensant à ce cher Mat' qui est toujours le premier à se plaindre de l'attitude hautaine des touristes étrangers sur la terrasse de son café. Je l'aime beaucoup, il occupe une place importante dans nos vies. Il va d'ailleurs s'installer chez nous pendant que nous serons en vadrouille. Il aura la responsabilité des plantes et un appartement de célibataire pendant plusieurs semaines.

Notre départ est d'ailleurs prévu pour mi-juillet, une fois que les quelques festivals et festivités prévus seront derrière nous. Nous partons à l'aventure, sans destination définie, sans doute vers les endroits désertés par les masses, ce sera  d'ailleurs peut-être le seul objectif. Je rêve de rivières aux vasques vertes, de petits marchés noyés de soleil et saturés de parfums sucrés-salés, de sous bois silencieux pour y faire des siestes, de randonnées dans l'immensité qui coupe le souffle. Ensemble de clichés, mais j'ai envie de simplicité. J'ai besoin de solitude, de me débarrasser des convenances et des regards qui me pèsent toute l'année. En position "exposition" pendant trop longtemps. Et Neb et moi avons besoin de cette parenthèse : quelques semaines loin de tout, loin du "nous" de l'année, pour nous retrouver.  Il y a beaucoup de choses à dire, tant de choses à faire et finalement, si peu.

9h04. Je suis fatiguée. J'ai juste envie de me rouler en boule et de dormir. Je vais profiter de ces heures creuses pour mettre à plat les quelques projets d'écriture qui me chatouillent depuis des semaines.


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Posté par Diane Groseille à 09:08 - - Commentaires [2] - Permalien [#]