8h42. Debout depuis 5h30. Derrière moi, déjà une douche froide, un rangement de cuisine, un ravalement de façade (ma tronche à cause de l'heure à laquelle je me suis couchée), cinquante kilomètres vers le Sud, une bonne centaine de bâillements, une vingtaine de minutes dans les bouchons à cause des travaux sur le pont, des bises à gauche à droite, en pilote automatique, deux tasses de thé et de l'impatience. Je savais que ce n'était pas la peine. Je suis assise dans ma salle de classe depuis huit heures et mes élèves ne sont pas là. J'attends, mais je sais pertinemment qu'ils ne viendront pas. Ils sont peu nombreux et voilà des mois qu'ils se démotivent les uns les autres. Et moi, je suis là et j'attends. Orage dans l'air, au propre comme au figuré.

Quelques souvenirs de la soirée d'hier, comme des éclats de lumière : anniversaire de Mat', il a trop bu, on a ri et parlé trop fort, sur la terrasse d'un restaurant de l'autre côté de la frontière. Et j'ai souris en pensant à ce cher Mat' qui est toujours le premier à se plaindre de l'attitude hautaine des touristes étrangers sur la terrasse de son café. Je l'aime beaucoup, il occupe une place importante dans nos vies. Il va d'ailleurs s'installer chez nous pendant que nous serons en vadrouille. Il aura la responsabilité des plantes et un appartement de célibataire pendant plusieurs semaines.

Notre départ est d'ailleurs prévu pour mi-juillet, une fois que les quelques festivals et festivités prévus seront derrière nous. Nous partons à l'aventure, sans destination définie, sans doute vers les endroits désertés par les masses, ce sera  d'ailleurs peut-être le seul objectif. Je rêve de rivières aux vasques vertes, de petits marchés noyés de soleil et saturés de parfums sucrés-salés, de sous bois silencieux pour y faire des siestes, de randonnées dans l'immensité qui coupe le souffle. Ensemble de clichés, mais j'ai envie de simplicité. J'ai besoin de solitude, de me débarrasser des convenances et des regards qui me pèsent toute l'année. En position "exposition" pendant trop longtemps. Et Neb et moi avons besoin de cette parenthèse : quelques semaines loin de tout, loin du "nous" de l'année, pour nous retrouver.  Il y a beaucoup de choses à dire, tant de choses à faire et finalement, si peu.

9h04. Je suis fatiguée. J'ai juste envie de me rouler en boule et de dormir. Je vais profiter de ces heures creuses pour mettre à plat les quelques projets d'écriture qui me chatouillent depuis des semaines.


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