Finalement, pas de jardin pour cet été. Une semaine de tracasseries, d'angoisses, à nous demander si notre tyran de proprio allait faire preuve de générosité et quelles en seraient les conditions. Il a fini, après une longue attente, par nous fixer rendez-vous sur place sans rien préciser de sa décision. L'idée d'aller là-bas nous faire taper sur les doigts et nous faire coller le nez dans ce que les voisins considèrent comme de la merde nous a fortement déplu. L'idée même que ce soit ces mêmes voisins qui sont à l'origine de tout cela et que nous donner ainsi en spectacle serait pour eux pure satisfaction m'a dégoutée. Puis ça ne faisait pas partie du contrat au départ alors nous refusons ce cumul de pression "si vous ne faites pas mieux vous dégagez". J'ai trouvé malsaine l'idée de continuer à déambuler là-bas sous l'œil critique, hypocrite et cafteur des deux vieux. Nous n'avons pas voulu céder à ce chantage. Alors nous avons simplement envoyé un recommandé avec accusé de réception pour signaler que nous résilions le bail. Nous avons simplement devancé sa décision, qui nous avait été annoncée par mail sans précision de date, pour ne pas être dépendants de lui. Cette situation ne devait pas durer comme ça. Il est ainsi pris à son propre piège (il va devoir trouver au plus vite quelqu'un qui pourra s'en occuper et qui aura fait de hautes études de jardinage puisque la barre est fixée très haut) et nous sommes libérés de cette contrainte. Il nous reste moins d'un mois pour récupérer les outils, le barbecue, la pompe et quelques légumes qui vont venir nous rejoindre sur le balcon (pieds de tomates, de poivron, fraises, courgettes et melons, quelques herbes aromatiques et quelques fleurs).

Et ce qui me semblait bien triste au départ est au final une idée agréable. Nous allons pouvoir être plus libres cet été, partir sans rendre de comptes, sans trouver de volontaire pour pomper et arroser tous nos légumes. L'appartement sera sans doute laissé pendant nos vagabondages à un ami qui pourra ainsi s'occuper de nos "légumes de balcon" et profiter de la proximité du centre ville.  Nous étions l'autre jour en montagne, profitant de quelques rares rayons de soleil et nous avons déjeuné sur le bord d'une rivière étincelante. Lucius s'est baigné, petite torpille. Nous avons trainé dans les herbes hautes, nous avons trotté sur les petits sentiers parfumés et je n'ai cessé de me dire que le vert était là, que c'était ça la nature que je voulais sentir et pas ce jardin qu'on nous impose net et traité chimiquement. Toute une farandole d'idées de détours et de vagabondages danse dans ma tête : la Savoie bien sur, mais aussi la Bretagne et la Normandie qui m'ont mis l'eau à la bouche cet hiver, et en vrais baroudeurs, pour avoir les doigts de pieds dans l'herbe dès le matin.

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