mardi 29 janvier 2008

Ton moulin, ton moulin va trop vite.

Je regarde autour de moi cette vitesse, comme un train qui me passerait dessus tous les jours. Qu'on aimerait bien arrêter. Je pense souvent à Rabbit in your headlights. J'aimerais pouvoir me planter face au temps et le figer, le faire voler en éclats. Savoir le maîtriser, comme un caoutchouc qui pourrait prendre la forme que je souhaite.

radiohead etc Rabbit In Your Headlights
envoyé par foetusStyle

Ce soir, mon dernier atelier théâtre du semestre. On reprendra fin février, il y a déjà des inscrits et des réinscrits. Je partirai sans doute sur d'autres méthodes, beaucoup de points restent à murir. Demain soir, je suis presque en week-end et ça tient du miracle. Peut-être une escapade rapide en Savoie histoire de changer d'air, mais j'aurais plutôt besoin de repos...

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dimanche 27 janvier 2008

Un mardi.

5h32 : Réveil toujours difficile, les cauchemars me poursuivent longtemps, sous la douche et dans la préparation de mes affaires, au radar.

6h58 : Engagée sur l'autoroute pour les quarante kilomètres qui me séparent de mon lieu de travail, engagée dans ma journée, file ininterrompue de camions sur la voie de droite, brouillard.

7h36 : Premier thé de la journée, je me brûle un peu la langue, comme toujours. Salle des profs obscure, je viens de loin et je suis toujours la première, la photocopieuse à côté de moi ronronne, s'échauffe pour son travail à venir.

8h21 : Retardataires de ma première classe de la journée qui n'ont pas pu se garer, un parking a été supprimé devant l'établissement, certains se garent très loin et arrivent tout essoufflés, tout penauds en franchissant la porte de savoir qu'il y a un remontage de bretelles en vue.

10h05 : Une pause. Entre deux paquets de photocopies anticipées sur les jours à venir, le ton monte sensiblement avec un collègue qui trouve que les quotas d'immigration représentent peut-être la solution. Je suis trop touchée pour réagir sereinement.

12h40 : Sandwich quatre saveurs devant un paquet de copies pour la classe de l'après-midi, le stylo rouge file sur la feuille, dessinant des arabesques furieuses entre les lignes d'hésitation.

13h28 : Grosse altercation de deux élèves, une fille et un garçon, dans les couloirs alors que je rejoins ma salle de classe. Je suis surprise par la violence des cris, le contenu des propos, les menaces. J'assiste à la scène du haut d'un escalier, pétrifiée par tant de haine, je ne parviens pas à bouger pour intervenir, comme toutes les personnes présentes qui restent bouches bées devant le spectacle : elle, collée au mur par la force des paroles qui lui volent en plein visage. Un collègue les sépare alors que la violence devient physique. J'apprends par la suite que c'est une histoire de rumeur lancée, ou de secret dévoilé, sordide et minable. J'en reste tremblante de longues minutes, avec beaucoup de difficultés pour prendre mon cours, alors que les élèves en face de moi ont déjà tourné la page de ce qui semble être pour eux une banalité.

14h30 : Remise de notes d'examens blancs. Elles sont mauvaises, j'aimerais qu'il en soit autrement mais la méthode n'a pas été appliquée. Des regards tristes et découragés , presque blasés accompagnent mes paroles jusqu'à la fin du cours.

16h33 : Conseil de classe. Comble de la journée, les deux délégués sont les personnes de l'altercation observée plus tôt. Le problème semble avoir été traité par la direction, mais la violence qui les oppose est palpable dans la pièce. Parfois, un regard entre eux fait presque jaillir un arc électrique.

17h45 : Je rejoins ma salle de théâtre dans le centre ville et la nuit est déjà tombée. J'aime y arriver tôt pour m'imprégner du lieu, les parquets qui craquent, les miroir qui couvrent le mur du fond, la résonance des hauts plafonds. Ce soir nous travaillons en musique, j'installe le poste et écoute certains de mes morceaux préférés en attendant l'arrivée du groupe.

20h02 : Travail du cri, de la pose et de la force de la voix. De circonstance au regard de la journée passée. A force de leur faire entendre leurs erreurs en les reproduisant, la fatigue qu'ils imposent à leur voix trop serrées, j'en viens à railler la mienne.

21h58 : Restaurant chinois, avec les mêmes personnes puisque nous en sommes à notre dernière séance de premier semestre. Je les découvre sous un autre jour, sous leur vrai jour. Ils sont eux-mêmes alors que je leur demande d'être autres en permanence.  Je perçois des regards complices, j'ai la chance d'avoir eu des personnes particulièrement intéressantes pour cet atelier.

23h07 : Retour, quarante kilomètres dans l'autre sens, en pilote automatique, sur une route trop droite.

1h11 : Réfugiée sous ma couette, je repasse les images de la journée comme tous les soirs, et je prends le temps de programmer mentalement la journée à venir. Elle vient trop vite...


escaliers_mont_saint_michel

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lundi 14 janvier 2008

Words don't come easy.

main_dans_la_main

Parfois l'envie d'écrire se fait si évidente que les mots se bousculent et que je pourrais arrêter sur le champs les activités en cours pour mettre sur le papier ce qui risquerait de s'envoler. Mon carnet brun a d'ailleurs toujours sa place dans mon sac, pour les urgences que je griffonne à la va-vite, sur un coin de table.

Parfois, comme en ce moment, je me trouve ridicule à continuer à mettre des mots ici, sur ces pages jaunes et virtuelles. J'ai cette image de la gamine avec son carnet rose et je me dis que j'ai passé l'âge de plier ainsi devant ce phénomène de mode, qui passera peut-être, sans doute avec le temps. Et quand nous serons vieux, nous dirons, nostalgiques : "tu te souviens, j'étais jeune et con, je roulais à l'essence, je regardais Ruquier à la télé et je tenais un blog".

Parfois, j'ai envie de remettre les mots sur le papier, pour toujours, juste pour moi. Envie de sentir la plume griffer le papier, envie de plus de sincérité, besoin d'aller au fond des choses, de l'encre plein les doigts.

Parfois, je veux donner aux gens que j'aime, juste par les mots, sans parler. Laisser une lettre sur une table de nuit, un papillon de papier sur un pare-brise, un mail dans une boîte sûrement vide, une carte de voeux à quelqu'un que je n'ai pas vu depuis des années.

Parfois, je voudrais vivre sans écrire, arrêter de réfléchir, de chercher les mots qui collent aux moments, et vivre pleinement chaque instant.

***

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dimanche 13 janvier 2008

Chien blanc & poissons surnaturels.

Dernier jour seule, Neb rentre ce soir, dans la nuit. Curieux cette douce solitude paradoxale. Il me manque mais j'aime avancer seule. La semaine a filé, agréable et motivante. J'ai des images normandes derrière moi et l'énergie du boulot qui me transportent alors tout va bien. C'est juste le premier pas qui a compté.

Les réveils seuls sont encore des tortures, et durant les minutes qui suivent, je baigne dans une zone-frontière. C'est encore le cas ce matin : des couleurs et des lumières trop précises, des regards me poursuivent plusieurs longues minutes dans la lumière de la réalité.

Du soleil aujourd'hui, beaucoup de travail en vue (bulletins, correction de copies, lecture d'un manuscrit, mise à jour de sites, correspondance...). Lu est avec moi depuis hier, je suis allée le chercher chez mes parents, il y avait passé la semaine et m'avait beaucoup manqué aussi. Ce fut l'occasion puisque j'y étais seule pour une fois, d'une longue conversation avec mon père. Constructive et efficace. Quand j'ai quitté la maison dans la soirée, il m'a serrée contre lui et j'imagine, compte tenu de la rareté du geste et du caractère du personnage que cela correspond à quelque chose de très fort pour lui.

cordages

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samedi 12 janvier 2008

Arc-en-ciel.

in_rainbows_noir

Le boîtier est arrivé sous le sapin à Noël. Un des deux disques a été écouté trop vite ce soir là dans le brouhaha alcoolisé, puis bousculé dans le retour à la maison, au fond d'un panier. Il y a eu un départ, il y a eu un retour, puis il y a eu une rentrée, ce lundi matin trop terne où pour accompagner un trajet vers des heures de cours, j'ai glissé la galette blanche dans le lecteur de ma voiture. Ma voiture qui est devenue une bulle, l'habitacle une oreille.

C'est arrivé comme une force, une évidence, comme une enveloppe chaude et sensuelle. C'est devenu bousculant, parfois, surprenant. A sept heures et demi ce matin là, j'arrivais dans la salle des profs, un peu sonnée, toute pleine de cette chaleur, incapable de répondre à certaines questions de mes collègues, ailleurs et forte.

Depuis, ils tournent en boucle. Le noir a bien sur remplacé le blanc, et je suis contente de les avoir découverts dans cet ordre. Le blanc est irrégulier, rugueux, comme un alignement de cailloux de tailles et de couleurs différentes. Le noir a cette fluidité, ces harmonies qui hypnotisent et qui se répondent. J'ai tout de suite aimé Last Flowers. J'ai tout de suite retrouvé la logique de Reckorner et de Jigsow falling into place. J'ai été fasciné par All I need. Par ces puissances de basse, par ces désaccords évidents, par ces messages déconcertants. J'ai été bouleversée par la voix de Thom Yorke, par le plaisir évident du groupe qui transparaît dans chaque morceau, par ces rires et ces petits sons qui apparaissent parfois, comme une complicité. C'est comme un calque qui est venu se greffer sur ma vie cette semaine, comme un filtre, lui donnant cet éclairage orangé et intense. C'est comme des centaines de petites billes qui viennent rouler en moi à chaque fois, les unes contre les autres.

Plus il m'emplit, plus j'aimerais revenir au moment de la première écoute, de la découverte naïve. Je m'étais fait la même réflexion pour Hail to the thief. Les premières notes sont de grands sourires qui prennent toute leur force dans le temps.

On me dit souvent que Radiohead est un groupe pour dépressifs, que leur musique est chargée de tristesse, de mélancolie. Je n'ai jamais trouvé autant d'espoir dans de la musique, autant de puissance. Ils transcendent des émotions en leur donnant le relief que j'aimerais donner à mes mots au quotidien.  Ils prennent du noir pour en faire de la couleur. In rainbows.

Et au loin, comme un objectif après lequel plus rien n'aura d'importance, le 6 juillet à Arras, et quelques jours avant Werchter. Parce que Nîmes et Paris sont complets, et parce que si je m'écoutais je ferais toutes les dates...

Et la puissance des sonorités à venir trouve déjà dans ma poitrine une résonance tremblante et troublante.

in_rainbows_blanc

Reckoner 03:18 et le silence.

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mercredi 9 janvier 2008

Je suis un adverbe.

Bien. Trop. Évidemment. Affreusement.
Mes matins sont des cauchemars, devant mes yeux qui ne veulent pas s'ouvrir, des images sombres grésillent.

moussue

Mes yeux sont, cette nuit dans mon rêve, ouverts. Je viens de les ouvrir, comme un réveil intérieur, trop tôt.

Je suis pieds nus, sur un tout petit rebord, le visage face à un mur. Je sens le vide derrière moi, la vase sous mes pieds. La pierre devant moi est verte et gluante. Le mur devant, l'humidité et le vide derrière. Et je sens cette angoisse qui gonfle, immobile. Je me dis très fort dans ma tête qu'une fois de plus, bien sur, ce n'est qu'un rêve, mais la panique s'empare de moi, elle se faufile dans ce silence. Cette peur du vide. Il est derrière mais je ne me suis toujours pas retournée. Je le sens seulement. Et ma tête pivote pour découvrir l'horreur. Mon horreur.

Un cri strident dans mon ventre.

Je suis toujours sur le rebord mais derrière moi, je vois maintenant ce rectangle, plusieurs mètres plus bas : un rectangle d'eau vert sombre et autour, quatre murs qui l'encadrent, très hauts, recouverts de cette matière visqueuse. Un ciel gris et loin, trop haut. Plus loin, j'entends le ressac de l'océan, derrière les murs, où suis-je ? Je ne vois que ce rectangle dans la lumière blafarde, et sa profondeur, les abîmes, le néant. Ce rebord si petit ne me permet pas de me retourner, je ne peux pas bouger, je calcule mes gestes alors que mon corps me dit de fuir et l'angoisse me ronge. Mes mains se plaquent, mes ongles griffent le mur mais je suis prisonnière. Je veux crier mais ma bouche ne s'ouvre pas, elle ne s'ouvre pas, elle ne veut pas s'ouvrir, je crie comme bâillonnée par une main invisible et verte.

Et quand mes yeux s'ouvrent, ma bouche aussi. Je suis assise dans mon lit, hurlant de terreur, une bête qui me crispe et reste en moi pendant de longues minutes avant de me laisser épuisée, en larmes, à peine rassurée par ma réalité.

saint_malo

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mardi 8 janvier 2008

Last flowers.

 

***

Une des choses les plus merveilleuses que je n'aie jamais écoutées. 

La musique d'un film qui n'existe pas.

le film d'une vie, d'une époque.

L'histoire d'une vie.

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dimanche 6 janvier 2008

Compte à rebours.

  • J'ai fait des lessives,
  • j'ai fait le grand ménage,
  • j'ai rangé mon linge,
  • j'ai remballé le sapin,
  • j'ai imprimé des photos pour les vingt ans de mon frère,
  • j'ai regardé d'un oeil distrait quelques épisodes de Prison break, parce que pas le temps faut y aller.
  • j'ai traité toutes les photos de ces quelques jours de liberté pour les mettre en lignes,
  • j'ai préparé ce devoir blanc pour demain,
  • j'ai commencé à lire ce manuscrit d'un ex-collègue, correction difficile et détaillée,
  • j'ai enfin envoyé ma nouvelle et tous les documents que j'avais promis aux participants de l'atelier d'écriture,
  • j'ai revu mes cours, trié quelques copies égarées,
  • j'ai guetté sur internet l'ouverture des ventes du Werchter festival pour compléter notre virée Radiohead à Arras.
  • j'ai enregistré ma semaine à venir dans un coin de mon cerveau,
  • j'ai envoyé des mails et passé des coups de fil pour mettre en place les heures de cours particuliers (je cumule maintenant  quinze heures en plus de mon emploi du temps habituel)
  • j'ai soigneusement rangé mes souvenirs et mes lumières de vacances dans un petit tiroir de ma tête tout douillet et accessible, pour pouvoir en piocher un si besoin est,
  • je me suis plongée dans l'univers sensuel et un peu magique de Murakami
  • j'ai téléphoné au garage, à l'assureur, au dermato...
  • j'ai écouté ces merveilleux morceaux de In Rainbow
  • il me reste encore pour ce soir à trier ma paperasse, à préparer mon courrier, à écrire quelques cartes de voeux, ces magnifiques cartes commandées sur le site MSF, il me reste à faire le vide, parce que demain...

... Demain commence une longue ligne rouge et droite qui va me mener jusqu'à mi-juillet, alors j'ai voulu faire le maximum les derniers jours, comme si j'allais rester en apnée pendant six mois, passant encore à côté de ma vie. Lu est restée chez mes parents, au vert, parce que demain, sans doute, Neb prend le large et va se mettre au blanc. Je vais rester seule pour affronter cette difficile semaine de lancement.  J'ai cette boule dans la gorge, parce que, oui, j'aime mon travail, mais j'aime aussi ma vie, et quand je travaille, je n'ai plus le temps de vivre. Pas le temps faut y aller.

caillou

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samedi 5 janvier 2008

Nouvelle année.

Retour de Normandie : de la lumière, l'horizon et le dépaysement.
Les photos sont par là et par ici.

coucher_de_soleil_2

Réveillon en tête-à-tête,
tendresse, chaleur et tranquilité.

Je souhaite à tous mes lecteurs une excellente année à venir.


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