En salle des profs, une collègue qui fait des étirements et des mouvements larges et circulaires. Je l'observe en soufflant sur mon thé trop chaud. Bien sur, elle attend que je lui demande, alors, presque par politesse : "tu fais du yoga, de la sophrologie ?". Minute de silence qui traduit à quel point je l'ai importunée. En même temps je m'en fous, moi je demandais ça comme ça. Puis la phrase "tu peux pas comprendre, tes chakras sont fermés". Mouais, je vais y réfléchir.

Dans un autre établissement où j'interviens depuis à peine une semaine. Je suis débordée par la correction des copies d'examens blancs et je profite donc de la pause pour avancer parce que ce qui est fait dans la journée n'est plus à faire le soir. J'apprends ensuite par élèves interposés que je suis déjà considérée comme l'asociale de base à cause de mon absence en salle des profs à dix heures.

Un élève il y a quelques jours qui fait un exposé sur l'histoire de la musique et qui en vient à parler de certains mouvements de rap, en rajoutant, à titre individuel, "je rappelle tout ça exprès pour vous M'dame, parce que les autres connaissent". Merci, c'est parce que j'ai bientôt trente ans, parce que j'ai une tête à écouter Céline Dion ou juste parce que je suis assise derrière un bureau de prof ?

Jeux de regards, de jugements. Si faciles, si évidents. Gratuits.