Parfois, j'oublie, et pourtant, c'est bien là, au plus profond de moi même. Cette énergie qui me vient de mes élèves, de ce qu'ils me transmettent, de leur motivation, de leur spontanéité. Je suis sortie aujourd'hui encore d'un de mes cours avec cette boule de feu dans le ventre, cette force vive qui me colle un sourire jusqu'aux oreilles. Se sentir utile, se sentir "vraie" pour eux, juste.

Ce matin, une élève me demande si je serai encore là à la rentrée, je leur dis mes doutes, mes hésitations, le fait qu'on me propose d'autres choses intéressantes, qu'il y a eu beaucoup de problèmes d'organisation ici, mais que j'ai envie de rester pour eux, et que mon choix n'est pas fait. Et je lis la déception dans leurs yeux. Une demoiselle vient me voir à la pause, elle me parle de son devoir qu'elle a pas pu me rendre car son copain est hospitalisé, et en douce, alors que les derniers élèves quittent la salle, elle me dit "ce serait bien que vous soyez encore là".

Plus tard, à midi, il a cette "deuxième année" qui vient me parler du sujet qui est tombé, de ses impressions. Elle me sort trois livres de son sac qu'elle a achetés cette année pour travailler et dont elle n'aura plus besoin, elle me les offre. Puis elle me dit merci, naturellement, parce que "c'est la seule matière où on était vraiment sûrs d'être prêts, où on avait toutes les clés en main"... Elle quitte la salle et ça me fait de la peine de me dire que je ne la reverrai plus.

Et je rentre chez moi, en sachant que lundi j'attaque une semaine de trente-cinq heures de cours, avec le sourire... Alors, j'ai envie de le gueuler, comme je l'ai déjà braillé chez elle : ce n'est pas une question de nombre d'heures ou de temps de correction, et encore moins de salaire, c'est une question de plaisir, de partage, de respect. Je n'ai pas la prétention de donner de leçons à qui que ce soit, mais c'est juste que souvent, le bonheur, l'épanouissement, il est juste là...