J'aime les gens.
J'aime regarder les mamans qui essuient les mains de leurs enfants dans la rue.
J'aime voir le sourire d'une vieille dame quand elle traverse un passage piéton devant ma voiture.
J'aime entendre les gens de ma région parler en dialecte, souvent fort et avec des éclats de rire.
J'aime aussi, au détour d'un rayon de supermarché, entendre les sonorités exotiques et mielleuses d'autres pays.
J'aime les plus jeunes, leur façon de s'exprimer, les efforts qu'ils peuvent faire pour entreprendre, pour être accepter et reconnus.
J'aime ceux qui essayent, alors que tout le monde leur dit que c'est pas la peine.
J'aime ceux qui travaillent, avec leur corps, avec leurs tripes, avec leurs coeur.
J'aime voir la patience, le calme, la tranquillité, l'humilité et la discrétion de certains.
J'aime aussi les coups de gueule justifiés, la révolte qui gronde pour certains, la force de dire merde et d'affirmer les choses bien haut.
J'aime ceux qui se battent, pour une liberté, pour un idéal, pour une utopie.
J'aime ceux qui protègent, qui aident, qui, sans aucune révolte, avancent avec les plus faibles.

J'aime Hugues. Il vit dans mon quartier, il est originaire de la Réunion et il parle avec tout le monde. Le samedi matin, il se fait beau, parce que dans mon quartier, il y a le marché. Et Hugues, il va voir tout le monde, il parle avec tout le monde, il aime tout le monde. L'autre jour encore, il me disait comme il était triste parce qu'ici, les gens se sentent si vite agressés, le prennent pour un SDF, un mendiant, un voleur, un violeur. Hugues veut juste parler avec les gens, il est à la retraite, c'est peut-être sa seule richesse.

J'aime cette femme qui vient tous les soirs au lycée, mettre de l'ordre dans les salles de classes et dont le sourire, dont les éclats de voix laissent oublier le voile qu'elle porte et qui pourrait encore (peut-être plus que jamais) déranger certains.

J'aime les gens, avec leurs forces et leurs faiblesses. Avec leurs couleurs, leurs différences, leurs identités. J'aime la richesse de notre culture, faite de toutes ces différences. J'aime voir, derrière le regard de chacun, son passé, ses richesses, ses paysages et ses parfums.

Bien sur, parfois, je les aime moins. Quand ils laissent leurs poubelles dans les escaliers, quand leurs méchants chiens viennent attaquer mon Lucien, quand ils roulent comme des cons, quand ils frappent leurs gamins en pleine rue. Mais ce ne sont que des détails comparés à ce souffle qui émane de chacun de nous.

J'aime voir comment le visage fermé et craintif d'une personne peut s'ouvrir quand on lui donne un sourire, ou un mot gentil.

Hier, les français ont choisi un président qui ne me représente pas (ma personne, mon métier, mes idéaux). Un président qui n'aime pas les gens, qui fait gonfler la peur, l'indifférence, le mépris et la violence en chacun de nous. Des sentiments qui l'animent d'ailleurs lui-même. Depuis hier soir, je baigne dans l'incompréhension et l'écoeurement. Je regarde mon prochain (dans la rue, dans mon immeuble, partout...) en me demandant, de quoi avait-il si peur pour en venir à ça ? Et je me demande surtout où ce choix va nous mener ?

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