Mardi 14 août 2001. Chaleur. Insouciance. Grande liberté. Avec le fantôme qui n'en est pas encore un à l'époque. On traîne nos guêtres dans les allées de l'amphithéâtre qui reçoit ce soir là Frank Black. Nous sommes des habitués du lieu. Les concerts ne sont pas encore trop chers à l'époque et il faudrait être fou pour ne pas profiter de toutes les têtes d'affiche qui défilent pendant quinze jours. Le vin coule à flots, c'est de circonstance. Chaque soir, nous transgressons nos limites, nous errons sans retenue aucune au milieu des stands, croisons des gens dans le même état, discutons, de tout, de rien, avec un sourire niais, ivresse et convivialité. La quinzaine touche à sa fin et nous sommes ce soir là le cul sur le béton à siroter nos verres de blanc, cherchant la prochaine connerie à faire. Lui, il est là depuis peu, mais pour de vrai. C'est un peu magique, un peu étrange. Nous avons toujours les mêmes mots, on parle vraiment la même langue. C'est à ce moment là, alors qu'on me ressert un rêve/verre, qu'arrive ce que je ne pensais pas possible, les premiers accords de "la plus belle chanson du monde". Je me lève, ivre de bonheur et pas seulement. Je saute sur place pour voir, en sachant très bien que ça ne me permettra pas d'entendre mieux. Jules me prend la main et m'entraine vers la scène, slalomant entre les spectateurs et les rambardes de sécurité. Je me cogne violemment à l'une d'elles mais ça ne m'arrête pas. Nous arrivons devant la scène et immobiles après la course, le souffle coupé, nous nous ouvrons à cette musique magique qui doit à ce moment là couler dans nos veines. L'instant dure quelques minutes, mais nous transporte pour le reste de la soirée, et pour les jours à venir.