J'ai déposé la voiture grise de Neb homme de moi ce matin au contrôle technique. J'avais consulté les pages jaunes pour savoir lequel était le plus proche de chez moi. J'ai déposé le véhicule et je suis passée dans le bureau pour y laisser les clés. Un bureau comme ça, j'en avais rarement vu. Des bibelots partout, tous plus kitschs les uns que les autres, de Blanche Neige en plâtre à la peluche de Bob l'éponge. Odeurs de cigarettes et de café-jus de chaussettes. Et de petits panonceaux sur tous les murs, tout jaunis par le temps, bourrés de fautes, pour signaler tout un tas de choses pas importantes du tout (par exemple : "ne jeter pas le porte gobelet brun, il peu reservir"). Et au "beau" milieu de cette scène, une table, et à cette table,  un type édenté installé, buvant son café en me zyeutant de haut en bas. Je comprends vite qu'il s'agit de la personne qui va s'occuper de la voiture, même si son empressement à réagir n'indique en rien qu'il travaille ici. Je pose mes clés sur le comptoir et échange les politesses d'usage avec la secrétaire (tout aussi édentée). Comme je pose quelques questions techniques, j'entends l'autre abruti derrière moi qui marmonne "Oh les femmes". Je me retourne, je souris, presque gentiment. Puis je repars chez moi, un petit kilomètre à pieds, dans l'air frais du matin, ça fait du bien.

Une heure plus tard, même chemin dans l'autre sens. Je suis en retard quand j'arrive dans le bureau, non pas pour récupérer la voiture, mais pour le cours qui suivra. Le bureau est plein de monde. Des gens comme moi, limite mal à l'aise dans ce décor si chargé, qui viennent récupérer/déposer leur voiture. J'attends mon tour, sagement, en regardant les minutes s'égrainer sur la pendule multicolore. Quand vient mon tour, je demande bien gentiment s'il y a contre visite. L'édenté est toujours là et il vient s'accouder tout près de moi sur le comptoir. Il discute avec un autre client qui lui dit qu'il devrait travailler moins. Et l'autre de répondre, "Ouais, va dire ça à ma patronne, en plus paraît que c'est l'année de la femme, ça leur plaît de nous pomper l'air". Puis il se tourne vers moi et marmonne à nouveau un truc macho du même style à mon intention. Je pivote, je me mets bien en face de lui et lui demande s'il m'a parlé. Rien, pas de réponse, sourire en coin. Je règle la secrétaire (qui est peut-être aussi la patronne dont l'autre parlait précédemment) et alors que je suis sur le point de partir, j'entends à nouveau l'autre pourriture lâcher un "Ah les femmes... comprennent jamais rien...". Fallait pas me chercher. "A Quoi je n'ai rien compris Monsieur ?". Sourire de l'autre qui m'offre le spectacle d'Hiroshima reconstituée dans sa bouche. Il est content, j'ai enfin réagi, il pense avoir gagné son coup. Il me répond que de toute façon, les femmes ne comprennent rien aux voitures et qu'elles n'y comprendront jamais rien. Puis il prend un air navré. Je sais que c'est gratuit de sa part, qu'il avait juste envie de caser sa formule (qu'il doit caser trente fois par jour). Mais je lui réponds malgré tout, très calmement que ce n'est pas mon métier, que je le paye pour qu'il s'en charge et que c'est grâce à ça qu'il gagne sa vie, et que de toute évidence, si je savais le faire moi-même, je n'aurais pas à venir le voir et que ça m'arrangerais bien d'ailleurs. Puis je rajoute à ça que je suis moi-même prof de français et que, de toute évidence, je n'allais pas m'amuser à lui faire faire une dictée pour pouvoir lui dire ensuite qu'il n'y comprend rien. Puis pour finir, je lui ai dit que la différence entre lui et moi, c'est que lui il a besoin d'écrire tous les jours, alors que moi, je n'ouvre que très rarement un capot. Sur ce, il lâche un gros soupir suivi d'un "Ah les femmes..." qu'il espérait comme une conclusion à ce que je venais de lui envoyer. Et je me suis gardé le dernier mot, je l'ai regardé droit dans les yeux (valait mieux ça que la bouche), et j'ai rajouté un joli "Ah les cons", avant de claquer la porte du bureau derrière moi, ce qui a fait trembler tous les clients, ainsi que les peluches et autres nains de jardin présents sur les étagères.

Non, mais !

rennes