mardi 30 janvier 2007

Torturée.

J'ai seize ans. Il est là, toujours près de moi. Je ne sais plus très bien quand il apparaît, mais soudain, il occupe tout l'espace. Ses boucles blondes et ses yeux bleus m'envoûtent. Il n'y a plus que ça qui existe. Tout le reste n'a plus aucune importance, les cours, mes amis, ma famille, ma raison. Et je ferais tout pour qu'il me voit, jusqu'au plus absurde. Lui, il joue. Il voit bien que je suis là, à m'agiter et ça le fait sourire. Je revois ce jour gris. Il est là, dans la cour du lycée, sa veste noire, ses yeux de glace, il tient mes deux mains dans les siennes et me dévisage. Il m'explique des choses que je ne veux pas comprendre, trouve des excuses, dit que c'est trop compliqué. Rien n'est compliqué quand on a seize ans. Pourtant tout est question de vie ou de mort. Je ne veux pas le croire. Toutes les couleurs qui m'entourent laissent place au noir et blanc.

Puis les mois qui suivent sont malgré tout teintés de lui. Il est toujours près de moi, il joue encore, avec mes nerfs, avec ma patience, avec mon innocence : je suis sa poupée. Il met juste quelques gouttes d'huile sur mon feu pour qu'il ne s'éteigne pas. Je perds la raison. Je le veux et lui il joue. Je nous revois, lui, moi et les autres, dans ce bar où nous comptions les heures de cours séchées, des journées entières, à fumer, à nous interroger. Le disque de Live tourne en boucle, les notes s'inscrivent en moi, comme celles de la douleur. Verre de grenadine et baiser sucré. Oisiveté et jeux de rôle. Les choses s'effritent, on s'éloigne du jeu d'enfant, ça devient dangereux. Et les choses finissent mal. Une grosse blessure. Et une cicatrice violacée qui taillade ma confiance, pour longtemps.

Lightning crashes, a new mother cries
her placenta falls to the floor
the angel opens her eyes
the confusion sets in
before the doctor can even close the door
 
lightning crashes, an old mother dies
her intentions fall to the floor
the angel closes her eyes
the confusion that was hers
belongs now, to the baby down the hall
 
oh now feel it comin' back again
like a rollin' thunder chasing the wind
forces pullin' from the center of the earth again
I can feel it.
 
lightning crashes, a new mother cries
this moment she's been waiting for
the angel opens her eyes
pale blue colored iris,
presents the circle
and puts the glory out to hide, hide.

Lightning crashes, Live, 1994.

 

jeux_de_mains_1


jeux_de_mains_2


jeux_de_mains_3

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Du neuf !

Lancement d'une nouvelle catégorie
encouragée par Radioblog :
Morceaux de moments...
A suivre.

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vendredi 26 janvier 2007

Coup de vieux.

A l'instant, un nouvel élève. On évalue le niveau et on en vient à une dissert' imposée sur la citation de Musset " Les plus désespérés sont les chants les plus beaux, Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots".  Je vois bien que ça lui percute pas le cerveau. Je lui parle de Baudelaire, de Rimbaud, d'Apollinaire, des poètes maudits... Mais toujours rien. Puis ça me vient, je lui dis :
" -c'est comme pour la musique, tu écoutes quoi toi ?
- Ben euh... Du rock quoi...
- Ouais, mais quoi en particulier ?
- Ouais, beuh, hein, ça m'étonnerais que vous connaissiez, c'est pas la peine...
-.... (regard insistant)
- Ben j'aime bien Nirvana, mais bon, y'a pas de rapport, puis vous connaissez forcément pas...
-... (coup de batte de base ball accompagné d'un bruit sourd que fait le "coup de vieux" qui vient sournoisement vous claquer la nuque)

Un instant. Je revois ma meilleure amie de l'époque arriver en larmes sur les trottoirs du lycée ce matin d'avril 94. Je nous revois, tous, moi et ma clique, couchés dans les prés, écoutant les paroles nerveuses de Kurt nous labourer le cerveau alors que nous tirons tous sur nos cigarettes, pour faire comme les grands... Je me souviens de cette violence positive que Cobain a su faire couler dans mes veines.

Puis je regarde mon gaillard, droit dans les yeux...
"- ... Et pour toi, un type dont la devise est "I hate my self and I want to die", c'est pas représentatif de ce que j'essaye de t'expliquer depuis vingt minutes ?"

C'est à son tour de laisser place à un silence à la fois étonné et admiratif...

Non, mais je vous jure, y'a plus de jeunesse !

kurt_cobain_awesome_

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mardi 23 janvier 2007

Wanted.

Pas de nouvelles de Zim depuis plusieurs semaines.
Parle-moi.

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Ne me secoue surtout pas, car je suis plein de larmes.

Fatigue. Les semaines difficiles se suivent. Pas de cuisine depuis trois jours. Comme la semaine dernière. On jongle avec les éléments, on replace, on déplace, on branche et on débranche. Puis huit heures de cours tous les jours. Et encore des cartons dans le passage qu'il faut enjamber quand on rentre le soir en traînant les pieds.

Fatigue ce week-end. Plus envie d'attendre que ça veuille bien marcher. Plus envie de contourner. Pas envie de faire semblant. A fleur de peau (ça pousse où les fleurs de peau d'ailleurs ?). Les mots de mon père me blessent. Deux fois. Soirée chez ma soeur en famille. Je me sens loin. Pourtant je les aime tant. Puis il faut se séparer de Lu, parce que la semaine est encore plus longue que la précédente et que c'est mieux pour lui. Sursaut d'égoïsme, on a tellement envie de le retrouver en rentrant le soir. "C'est mieux pour lui, on te dit". Heureusement, il y a ce mur qui est devenu rouge.

Grosse fatigue aussi ce matin. J'ai retrouvé la balance sous le lit. Elle avait disparu depuis notre arrivée ici. Et ça tombait bien pour ma mauvaise conscience. On mange froid, on mange gras, et on se dit toujours qu'on y pensera plus tard, qu'on fera attention. Puis ce matin, à cinq heures et demi, je suis montée sur la balance. Six kilos. En plus forcément. Pas grave me direz-vous. Curieusement, juste après, j'enfile mon pantalon, celui que j'aime bien, confortable, noir avec des rayures blanches. Et la fermeture craque sous mes doigts. Comme si le fait de monter sur la balance perdue depuis des semaines m'avait fait prendre six kilos d'un coup.

Et la fatigue tous les matins au réveil, parce que mes rêves sont presque plus forts que la réalité, tellement teintés de réalité. L'autre jour, il avait ce nourrisson mort qui sortait de moi. Puis cette nuit, toutes ces portes "tricotées" de bois qu'il fallait pousser pour avancer, pour aller nulle part. Toutes les nuits, au lieu de dormir, fatiguée.

Et les heures de cours se faufilent sous ma peau, derrière mes paupières. Je n'entends plus ma voix qui résonne contre les murs. Je vois mon stylo rouge filer sur des copies. Je croise des collègues dont je ne connais toujours pas les prénoms mais dont les sourires sont sincères. Je suis imperméable, comme le ciré de Mimi Cracra. Je me plais à trouver toujours le mot juste. Ce sont les élèves qui m'importent, qui me font respirer et ce qui peut se passer dans une salle de classe est parfois si magique que tout le reste n'a plus d'importance.

Et la neige, et la neige, et la neige.

marilou_sous_la_niege

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dimanche 21 janvier 2007

Encore.

Ma nostalgie de la Martinique (qui m'avait déjà torturée en 2000),
me tord souvent les tripes.
Un souffle, quelques notes de musique, un parfum ou une saveur
et me voilà transporter à nouveau dans le cliché de la carte postale.
Et c'est tellement plus pour moi !

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samedi 20 janvier 2007

Mon monde de bisounours.

Je voudrais que tout le monde soit gentil. Que les gens aient le sourire toute la journée. Que la politesse soit une logique pour tout le monde. Que la violence n'existe pas. Qu'on arrête l'intolérance, la guerre, les ventes d'armes. Qu'on soit heureux, tous, d'une certaine façon, chacun différemment. Que les choses soient plus simples. Qu'il y ait moins d'inégalités.

Je voudrais que notre planète souffre moins de nos modes de vies. Que chacun prenne conscience de l'impact de ses choix de vie et de ses gestes. Que l'on se responsabilise davantage. Qu'on arrête de faire les choses juste pour appartenir à un groupe ou pour donner une bonne image. Les faire juste parce que c'est bien et c'est bon pour tout le monde.

Je voudrais arrêter de comparer. Donner moins d'importance à mon image, plus d'importance à mes actes. Arriver à être au-dessus de toutes ces préoccupations futiles. Ne pas accorder d'importance à tout. Profiter de chaque instant. Faire de ma vie quelque chose de beau, d'essentiel, en la tournant davantage vers celle des autres.

Bisounours480

Mais ça ne fonctionne pas comme ça.
Simlple petit rappel, imaginons...


Bisounours480"Le monde entier est un village global. Imaginons un instant que ce village soit composé de 100 habitants, il y aurait :
            

- 59 asiatiques
- 14 africains
- 14 américains
- 13 européens

Il y aurait également 51 femmes , et 49 hommes.

On compterait 50 enfants de moins de 15 ans.

20 personnes (uniquement des hommes), possèderaient 80% du village et de ses richesses. Une femme seulement possèderait sa propre terre.

Entre 5 et 6 femmes auraient subi un viol.

42 personnes ne boiraient jamais d'eau potable.


50 personnes vivraient au sein même du petit village, 50 autres seraient éparpillés aux alentours.

33 habitants vivraient une situation de conflit armé, dont 23 seraient des femmes.

5 hommes et 1 femme seraient militaires, policiers, ou gendarmes.

5 enfants travailleraient dans des conditions d'esclavage et 1 petite fille serait employée de maison sans être rémunérée.

60 personnes sauraient lire, écrire et compter. 40 seraient des hommes.

50 habitants pourraient avoir accès aux soins de santé.  20 personnes auraient accès à un ordinaeur , dont 15 connectées à un réseau de type internet.

1 personne serait considérée comme riche, c'est à dire possèdant plus de richesses que nécessaire pour assouvir ses propres besoins et ceux de sa famille. Elle possèderait à elle seule 50% du village et de ses richesses.

80 personnes auraient une religion, dont 40 seraient forcées de la pratiquer (sous la contrainte ou de par la coutume), et 20 autres ne la pratiqueraient pas. En outre, 5 personnes la pratiqueraient malgré des risques pour leur survie.


La bibliothèque du village ne serait accessible qu'à 24 personnes, les autres en seraient interdites. Le cinéma serait visité chaque semaine par 1 personne, toujours la même.


L'électricité serait coupée environ 50% du temps, faute de moyens. 30 personnes gaspilleraient 90% des ressources naturelles et énergétiques du village.
5 personnes seraient déjà parties en vacances. On prévoierait que 10 personnes au total le feraient d'ici 5 ans.

Etc, etc... Les chiffres peuvent ainsi s'étaler sur des pages et des pages. Ils permettent parfois de remettre en perspective chacun de nous sur notre planète, et de mesurer ce que nous sommes, nous les humains."

Posté par Diane Groseille à 10:02 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

La question du jour.

Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer
pourquoi j'ai tout un tas de visiteurs
provenant de skyblogs plus cakes les uns que les autres,
alors qu'il n'y a sur leurs pages aucun lien vers mon blog?
Nouvelle stratégie pour gonfler la popularité des blogs d'ados en mal de reconnaissance?

Posté par Diane Groseille à 09:43 - - Commentaires [9] - Permalien [#]

jeudi 18 janvier 2007

Coeur d'artichaut.

Je me souviens de ce petit gars aux yeux bleus qui avait enregistré une cassette si romantique pour moi quand j'étais en quatrième.lui_et_moi

Je me souviens, à peine plus tard de mon béguin pour ce blondinet odieux qui prenait un malin plaisir à me traiter de tous les noms.

Je me souviens de mon année de seconde passée à fantasmer sur ce beau brun que je n'ai jamais su aborder. Ma quête stupide et discrète pour glaner des informations à son sujet. L'attente des journées entières à compter chaque minute de cours, pour l'apercevoir seulement monter dans le bus... Puis en descendre vingt minutes plus tard.

Je me souviens de ma chute vertigineuse quand un autre beau blond aux cheveux d'ange, sur un trottoir pluvieux un matin de mai, m'a dit "non". Non, il ne voulait pas de moi, non, d'ailleurs, il avait passé une semaine avec moi et d'autres, à l'autre bout de la France, mais il ne se souvenait même pas de mon prénom. Insignifiante. Après lui, d'autres ont su jouer avec mon coeur d'artichaut.

Je me souviens de mon premier véritable amour. Année de terminale. Quelques péripéties auxquelles on pense qu'on ne survivra pas, puis il est là. Il a les boucles de Jim Morrison. On ne l'avait pas vu pourtant. Et ça faisait des mois que lui il le savait. Il n'avait rien dit. Il était au-dessus. Il avait attendu. Puis ça en devient une évidence. C'est lui. Il trouve les mots, il devient oxygène, il devient une partie de moi. Et je me demande comment j'avais pu exister avant lui. Je m'éloigne de tout le reste. C'est le plus important. Je quitte le cocon familial pour partir faire mes études avec lui. Dans une autre ville, à l'opposé de mes amis. Je me retrouve seule et loin, mais ça n'a pas d'importance parce que je suis avec lui. On se suffit. De l'amour et de l'eau fraîche, les galères d'étudiants nous importent peu, nous sommes forts. Puis quelques années passent. Et la lassitude s'installe. Nous avons fait un condensé de vie de couple. Nous nous retrouvons à vingt-deux ans avec l'impression de ne plus nous voir, et surtout d'être passés à côté de tant de choses. La rupture se fait d'un commun accord, en douceur, sans trop y croire, comme pour redonner de l'air. Ma mère trouve alors malin de me traîner chez le toubib. "Parce qu'elle dit rien la môme, elle va forcément pas bien". Moi, je ne savais pas trop, rien n'avait plus de goût. D'ailleurs je ne mangeais plus grand-chose. On me colle sous antidépresseurs. Et je suis en apnée. Tout est rose, mais je sais bien que ce n'est que du maquillage, ça a la texture du carton-pâte.

Quelques mois plus tard, je respire à nouveau. Je trouve un deuxième souffle que je n'attendais plus. C'est Lo. Et c'est magique et... éphémère. Et qu'est-ce que ça fait mal !

Après, j'ai peur de m'engager. Je joue avec le feu, avec la liberté, comme dit Tété, "je me laisse pousser les envies". Flirts d'un soir, nuits sans lendemain, pas de promesse, pas de destin, et on s'en balance de voir ces éconduits repartir la queue entre les pattes en remballant leur coeur brisé. Au contraire. Y'a comme un goût de vengeance. On ricane doucement. On marque le mur d'un trait blanc dès qu'il y en a un qui tombe. Puis arrive Jules. Dans toute sa splendeur. Un peu plus intéressant que les autres. Parce qu'il avait suivi le même chemin que moi. Il ne voulait plus prendre de risques. Ce n'en était pas un qui cherchait "la femme de sa vie". Alors on devient "copain comme cochon". Tant de complicité, mais aucune promesse. Parties de jambes en l'air et folies nocturnes à travers la ville.

Là où ça se complique, c'est quand le "véritable amour", le "premier" revient. La bouche en coeur, pensant qu'assez d'eau a coulé sous les ponts pour qu'on remette les choses à plat et qu'on reparte du bon pied. Et moi, je ne peux pas y résister. Mais le " copain comme cochon" s'accroche de son côté au peu qu'on lui avait laissé miroiter. Il en veut et est prêt à se contenter des miettes, parce que ça faisait partie du jeu. Alors pendant quelques mois, je jongle, entre la confiance fantôme et les scrupules indigestes. Puis la vérité éclate. Le "véritable amour" de la deuxième chance disparaît, trahi, il me laisse honteuse, sans nouvelles pendant plus d'un an.

Plus tard, après quelques parenthèses foireuses, un directeur de colo, un copain de ma soeur, arrive Neb homme de moi, virtuellement puis dans ma réalité. Il est toujours là, avec les hauts et les bas.

Je regarde tout cela par-dessus mon épaule, un bref bilan de mes histoires d'A., et bordel, que c'est difficile.

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Goutte-à-goutte.

plage_rougeUn silence. Un moment qui file s'en que je m'en rende compte. On court après des factures, des échéances, des délais. Notre appartement est encore un champ de bataille, mais doucement il (re)prend vie. Nouveau parquet posé dans la cuisine. Nous avons mangé froid pendant trois jours et fait la vaisselle dans le lavabo puisque tous les meubles étaient déplacés. J'ai l'impression de bivouaquer. L'image me revient de ces cabanes que ma soeur et moi construisions étant petites en pleine forêt. Nous posions la nappe sur la petite table faite de branchage avant même d'avoir un toit sur nos têtes. Je retrouve ici ces incohérences. Une tentative désespérée pour trouver un peu de confort, quelques repères dans ce capharnaüm. Petits bouts par petits bouts, on avance. Une petite satisfaction de chaque jour.

 

Tout en travaillant. Comme un fantôme, partir tous les matins, prendre la route, au radar. Je prends d'ailleurs beaucoup de plaisir auprès de mes classes. Il y a du partage, du respect, une vraie motivation. Pourvu que ça dure.

 

Et toujours la Martinique derrière moi, qui souffle un vent tiède sur mes jours.

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