jeudi 18 janvier 2007

Coeur d'artichaut.

Je me souviens de ce petit gars aux yeux bleus qui avait enregistré une cassette si romantique pour moi quand j'étais en quatrième.lui_et_moi

Je me souviens, à peine plus tard de mon béguin pour ce blondinet odieux qui prenait un malin plaisir à me traiter de tous les noms.

Je me souviens de mon année de seconde passée à fantasmer sur ce beau brun que je n'ai jamais su aborder. Ma quête stupide et discrète pour glaner des informations à son sujet. L'attente des journées entières à compter chaque minute de cours, pour l'apercevoir seulement monter dans le bus... Puis en descendre vingt minutes plus tard.

Je me souviens de ma chute vertigineuse quand un autre beau blond aux cheveux d'ange, sur un trottoir pluvieux un matin de mai, m'a dit "non". Non, il ne voulait pas de moi, non, d'ailleurs, il avait passé une semaine avec moi et d'autres, à l'autre bout de la France, mais il ne se souvenait même pas de mon prénom. Insignifiante. Après lui, d'autres ont su jouer avec mon coeur d'artichaut.

Je me souviens de mon premier véritable amour. Année de terminale. Quelques péripéties auxquelles on pense qu'on ne survivra pas, puis il est là. Il a les boucles de Jim Morrison. On ne l'avait pas vu pourtant. Et ça faisait des mois que lui il le savait. Il n'avait rien dit. Il était au-dessus. Il avait attendu. Puis ça en devient une évidence. C'est lui. Il trouve les mots, il devient oxygène, il devient une partie de moi. Et je me demande comment j'avais pu exister avant lui. Je m'éloigne de tout le reste. C'est le plus important. Je quitte le cocon familial pour partir faire mes études avec lui. Dans une autre ville, à l'opposé de mes amis. Je me retrouve seule et loin, mais ça n'a pas d'importance parce que je suis avec lui. On se suffit. De l'amour et de l'eau fraîche, les galères d'étudiants nous importent peu, nous sommes forts. Puis quelques années passent. Et la lassitude s'installe. Nous avons fait un condensé de vie de couple. Nous nous retrouvons à vingt-deux ans avec l'impression de ne plus nous voir, et surtout d'être passés à côté de tant de choses. La rupture se fait d'un commun accord, en douceur, sans trop y croire, comme pour redonner de l'air. Ma mère trouve alors malin de me traîner chez le toubib. "Parce qu'elle dit rien la môme, elle va forcément pas bien". Moi, je ne savais pas trop, rien n'avait plus de goût. D'ailleurs je ne mangeais plus grand-chose. On me colle sous antidépresseurs. Et je suis en apnée. Tout est rose, mais je sais bien que ce n'est que du maquillage, ça a la texture du carton-pâte.

Quelques mois plus tard, je respire à nouveau. Je trouve un deuxième souffle que je n'attendais plus. C'est Lo. Et c'est magique et... éphémère. Et qu'est-ce que ça fait mal !

Après, j'ai peur de m'engager. Je joue avec le feu, avec la liberté, comme dit Tété, "je me laisse pousser les envies". Flirts d'un soir, nuits sans lendemain, pas de promesse, pas de destin, et on s'en balance de voir ces éconduits repartir la queue entre les pattes en remballant leur coeur brisé. Au contraire. Y'a comme un goût de vengeance. On ricane doucement. On marque le mur d'un trait blanc dès qu'il y en a un qui tombe. Puis arrive Jules. Dans toute sa splendeur. Un peu plus intéressant que les autres. Parce qu'il avait suivi le même chemin que moi. Il ne voulait plus prendre de risques. Ce n'en était pas un qui cherchait "la femme de sa vie". Alors on devient "copain comme cochon". Tant de complicité, mais aucune promesse. Parties de jambes en l'air et folies nocturnes à travers la ville.

Là où ça se complique, c'est quand le "véritable amour", le "premier" revient. La bouche en coeur, pensant qu'assez d'eau a coulé sous les ponts pour qu'on remette les choses à plat et qu'on reparte du bon pied. Et moi, je ne peux pas y résister. Mais le " copain comme cochon" s'accroche de son côté au peu qu'on lui avait laissé miroiter. Il en veut et est prêt à se contenter des miettes, parce que ça faisait partie du jeu. Alors pendant quelques mois, je jongle, entre la confiance fantôme et les scrupules indigestes. Puis la vérité éclate. Le "véritable amour" de la deuxième chance disparaît, trahi, il me laisse honteuse, sans nouvelles pendant plus d'un an.

Plus tard, après quelques parenthèses foireuses, un directeur de colo, un copain de ma soeur, arrive Neb homme de moi, virtuellement puis dans ma réalité. Il est toujours là, avec les hauts et les bas.

Je regarde tout cela par-dessus mon épaule, un bref bilan de mes histoires d'A., et bordel, que c'est difficile.

Posté par Diane Groseille à 17:17 - - Commentaires [5] - Permalien [#]


Goutte-à-goutte.

plage_rougeUn silence. Un moment qui file s'en que je m'en rende compte. On court après des factures, des échéances, des délais. Notre appartement est encore un champ de bataille, mais doucement il (re)prend vie. Nouveau parquet posé dans la cuisine. Nous avons mangé froid pendant trois jours et fait la vaisselle dans le lavabo puisque tous les meubles étaient déplacés. J'ai l'impression de bivouaquer. L'image me revient de ces cabanes que ma soeur et moi construisions étant petites en pleine forêt. Nous posions la nappe sur la petite table faite de branchage avant même d'avoir un toit sur nos têtes. Je retrouve ici ces incohérences. Une tentative désespérée pour trouver un peu de confort, quelques repères dans ce capharnaüm. Petits bouts par petits bouts, on avance. Une petite satisfaction de chaque jour.

 

Tout en travaillant. Comme un fantôme, partir tous les matins, prendre la route, au radar. Je prends d'ailleurs beaucoup de plaisir auprès de mes classes. Il y a du partage, du respect, une vraie motivation. Pourvu que ça dure.

 

Et toujours la Martinique derrière moi, qui souffle un vent tiède sur mes jours.

Posté par Diane Groseille à 10:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]