mercredi 25 octobre 2006

Veuillez attacher vos ceintures.

Départ prévu pour demain matin à l'aube. Les valises se remplissent. J'ai du mal à y croire. J'ai cherché mon passeport ce matin. Je suis ressortie de la préfecture en courant, avec un sourire jusqu'aux oreilles. Je pense que je n'y croirai qu'au débarquement à Fort de France. Le programme s'annonce chargé : plages de sable blanc, mais aussi noir, pina colada, cascades, coups de soleil, coquillages et crustacés. J'en trépigne d'impatience. Prochain poste dans plus d'une semaine, toute bronzée et regonflée.

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lundi 23 octobre 2006

Passeport en urgence.

Ce matin sous la pluie, courir partout, promener le chien, ventre noué, mentir à mon employeur au téléphone, jeter un oeil à toutes ces affiches de palmiers et de plages blanches dans les agences de voyage, mais courir encore, me tromper de chemin, trouver un timbre fiscal,bureau de tabac fermé, re-employeur au téléphone, me faire faire un acte de naissance à la mairie, propriétaire qui vient voir l'état de la serrure, me garer, pas de place, répondre au téléphone, arriver à la préfecture tremblante et blanche comme un linge (et même que ça, c'est pas de la comédie), trouver des excuses,   jouer profil bas devant le guichet, douter, être sure que ce n'est pas crédible et pourtant...
Penser à cet argent qui va peut-être partir en fumée, penser à Neb qui partira peu-être seul, penser à demain...

Puis le verdict. Le passeport sera fait pour demain. Je pars donc en Martinique jeudi matin. Je réalise pas bien. L'espoir s'était tellement éloigné. Il a fallu apporter une preuve professionnelle sans quoi ma demande n'aurait jamais abouti. Je souffle.

salines2

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samedi 21 octobre 2006

Trois mots magiques puis tant de contrariété.

Tout commence là. Je l'observe. Il range ses affaires. Nous venons de passer trois heures dans la même salle. Trois élèves seulement pour les quatre dernières heures de la semaine. Une semaine longue et difficile, à cause des déplacements et du nombre trop important d'heures de cours, mais tellement enrichissante. Pas facile de faire passer quelque chose quand le public est fatigué, quand ce sont les dernières minutes d'une semaine trop longue, pour eux comme pour moi, quand il ne sont que trois et que je compte trop sur leur participation, leur générosité. Mais pourtant, nous avons ri, nous avons échangé, nous avons avancé vers nos objectifs. Et là, nous arrivons au bout de cette semaine, il range ses affaires, j'en fais de même. Ma tête est déjà dans la voiture qui va me ramener chez moi. Quarante minutes me séparent encore de mon week-end bien mérité, de mes parents qui viennent dîner. Quarante minutes que je vais passer sur la route, à slalomer entre les poids lourds, longue file indienne du vendredi soir. Il avance vers moi alors que je ne suis presque plus là. Il me dit juste avec un grand sourire "Restez la même". Trois mots. Qui explosent en moi et qui me collent un sourire pour la demi-heure à suivre.

La suite est moins agréable. Tout va trop vite. Mes parents arrivent pour nous ramener le chien qui a passé quelques jours chez eux. Je n'ai pas eu le temps de faire à manger, je viens de renter. Nous décidons d'aller au restaurant. "J'aurais pu faire à manger". "T'embête pas, tu dois être crévée". Je dévale déjà les escaliers, sur les pas de mes parents, quand j'entends Neb derrière moi qui m'appelle. La clé est restée coincée dans la serrure. "Pas grave" je me dis, on va règler ça en deux temps trois mouvements. Que nenni. Elle est bien coincée. Pas moyen de la faire bouger. Il est 20 heures. Nous prévenons les proprios et partons malgré tout dîner. Nous dormons à contre-coeur chez les parents pour éviter de payer un serrurier le prix fort.

Ce matin, juste un peu de mauvaise humeur de circonstance, mais pas de panique, on pensait trouver une solution. Après avoir essayé pied-de-biche, lubrifiant et autres stratagèmes, nous avons capitulé et fini par appeler le fameux serrurier. L'homme est arrivé, silencieux, le visage fermé d'un expert, sa mallette à la main. Il a commencé à trifouiller autour de la dite clé, à l'aide de pinces et d'outils plus étranges les uns que les autres. Nous étions trois autour de lui à attendre le coup de baguette magique qui allait forcément nous permettre de rentrer chez nous. Mais le verdict est tombé, avec un joli accent maghrébin : "pas moyen, c'est une serrure de sécurité, même le meilleur des cambrioleurs n'y arriverait pas, il faut appeler les pompiers". Rire nerveux et sceptique de l'assistance. Moment de doute. Bon, s'il n'y a pas d'autre solution. Ils sont arrivés, beaux comme des dieux, dans leur camion rouge, avec sirène et gyrophares. Dès l'instant où ils sont sortis de l'engin, comme au ralenti, une foule de badauds s'est massée autour d'eux. Ils ont sorti leur grande échelle qu'ils ont hissée jusque devant la vitre de la cuisine. Un des deux héros est monté, a poussé la fenêtre, sans casser mes pots de plantes aromatiques qui se tenaient derrière. Puis le serrurier lui-même a du monter avec sa petite mallette parce que le pompier n'avait pas de baguette magique. Après plus de deux heures, la porte était ouverte, complètement défoncée. Bilan : soixante-cinq euros pour le déplacement du magicien, une porte dans un état lamentable, pas de nouvelles des proprios qui doivent être en vacances (comme bons retraités qui se respectent à cette époque de l'année), vingt euros refilés à un copain de mon père qui est venu poser une serrure de fortune, provisoire, gratuit pour les généreux pompiers, qui sont partis comme ils sont venus, sous le regard admiratif de la foule en délire, lâchant un dernier sourire "émail diamant" en prenant le virage. Je passe sur le cours de violon annulé qui sera facturé malgré tout et sur les cours de Lucien qui sont aussi tombés à l'eau.

Dépités, Neb et moi avons passé une journée creuse, à nous inquiéter, à attendre, à observer, à douiller. Mais la cerise sur le gâteau est arrivée plus tard. Alors que nous envisagions de rattraper un peu du temps perdu, et de prévoir les derniers détails liés au départ en Martinique (prévu jeudi), nous nous sommes soudain retrouvés face à un affreux doute. Ma carte d'identé est périmée depuis avril. Neb me rassure "la Martinique est un département français, personne ne t'en tiendra rigueur". Appel tout de même pour être rassurés à Air France. Et là, panique : impossible de monter dans un avion de la compagnie sans une carte d'identité, même pour un vol national, dixit la gentille demoiselle du bout du fil. Tout s'effondre. Pas d'assurance annulation. Le prix du billet pour ma pomme et une semaine d'affreuse solitude en perspective, à penser à mon homme qui se dore la pilule à l'autre bout du monde, sous les palmiers qui auraient du être les miens. Vite, trouver une solution. La seule, objectivement, qui se présente à nous est celle du passeport que la préfecture pourrait nous délivrer en urgence. Mais je bosse lundi et mardi, de huit heures à dix-huit heures. Il va falloir ruser, rien n'est gagner. Ce soir, nous allons essayer d'oublier tout ça, l'espace d'une soirée-ravioli... To be continued...

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jeudi 19 octobre 2006

De la fierté en papillottes.

Je suis rentrée hier soir, après huit heures de cours, les rotules frottant le parquet. Un imbécile frappait le côté gauche de mon crâne avec un gros marteau métallique et je sentais mon coeur battre trop fort dans ma poitrine, sans raison. La maison était vide. Neb était parti tirer des fils pour rendre service à un ami. Mon chien est chez ma mère jusqu'à la fin de la semaine, pour ne pas rester seul ici des heures durant.

J'avais parlé toute la journée. D'ailleurs le son de ma voix résonnait encore de façon insignifiante dans ma tête, comme une chanson stupide dont on arrive pas à se débarrasser. La nuit est tombée vite, sans que je ne m'en rende compte, alors que j'essayais de me concentrer sur ce que ma mère me racontait au téléphone. Ma mère est à la retraite, elle se tait toute la journée. Le soir, elle a besoin de parler. Après, je me suis fait cuire deux oeufs et j'ai réchauffé un peu de riz qui restait au frigo. J'ai pleuré en regardant le blanc des oeufs se figer dans la poêle. Parce que j'étais fatiguée. Parce que j'étais seule. Parce que tout va trop vite. Sans raison en fait. J'ai mangé sans vrai apétit, en écoutant les nouvelles du jour dans la bouche de David Pujadas. Et automatiquement, vers huit heures et demi, sans même penser à l'incohérence de la situation, je suis montée me coucher. Je me suis endormie avec cette idée récurrente les derniers temps : j'aime ce que je fais, j'aime enseigner, je suis contente, je suis fière de moi, j'y suis arrivée...

vieux_livres

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mercredi 18 octobre 2006

Fluidité.

Il y a denouveau les tableaux noirs. La craie qui vient fondre sur la surface verte, s'écraser tendrement. Les lettres qui tournent comme tant d'arabesques. Les mains blanchies et moites qui viennent se frotter au pantalon. Petite satisfaction du quotidien. Mes salles de classes sont des scènes de théâtre. Une complicité, un partage se met doucement en place. J'aime. Je découvre de nouvelles personnes. Ils ont tous tant à m'apporter.

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samedi 14 octobre 2006

Tout dans la finesse.

En promenant Lucius hier soir, dans une ruelle sombre, deux jeunes filles marchent derrière moi, leurs talons claquent sur le pavé.

" - Mais ce que je calle pas, c'est que j'avais viré son adresse de mes contacts, alors j'ai qué-blo quand il est venu me parler, jl'ai pas capté..."
- Mais pourquoi tu l'avais viré ?
- Il me proposait tout le temps des plans Q avec sa cam et moi ça me disait moyen, parce qu'il est marié et il a deux gosses.
- C'est que s'il avait pas été marié, t'aurais kiffé ?
- Peut-être bien, mais occupe toi de ton cul pétasse... "

S'éloignant en gloussant, les talons claquant de plus belle...

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mardi 10 octobre 2006

Et puis finalement...

demi_cosmos


Tout semble aller mieux. On se réveille un matin, on fait les mêmes gestes que les autres jours, automatiques. Descendre les escaliers, se glisser sous la douche, descendre dans la rue avec Lucien, au radar, la tête déjà toute pleine de ce qui se passera devant le grand tableau plus tard. Constater que l'air est plus frais, presque piquant. Puis tout continue. Les heures de la journée se bousculent, se marchent dessus, passent à une de ces vitesses. Mais soudain, on s'arrête à un feu rouge, on est là, assis dans sa voiture, la radio braille seule, on ne l'écoute plus. Parce qu'on s'arrête littéralement dans sa tête. On avait jamais pensé à ça, jamais au point que ça nous stoppe dans l'élan de ce qu'on est en train de faire. On réalise que c'est certain, ça y est, on est adulte. Pourtant on en a eu tellement peur, on ne voulait pas que ça arrive, on a freiné des quatre fers, on voulait rester enfant : la naïveté et l'insouciance, la liberté. Le syndrôme Peter Pan, qu'ils disent. Et là, ce jour là, qui avait pourtant commencé par un matin comme les autres, on se rend compte que c'est arrivé et que finalement, c'est pas si terrible que ça. On a même su concilier avec les responsabilités tout ce qu'on ne voulait vraiment pas sacrifier, et le comble, c'est que c'est finalement parfaitement compatible, et que le résultat est pas mal du tout.

Et oui, tout semble aller mieux. Les classes que j'encadre depuis le début de cette nouvelle année scolaire sont très intéressantes, je reprends plaisir à enseigner, à transmettre, à dialoguer, à surprendre, à "fabriquer de la tête" comme dit l'autre. Puis début novembre, Neb et moi partons une semaine en Martinique. Un concours de circonstances dont il faut profiter. Des parfums et des sensations reviennent déjà à moi, impalpables et sournois, mais déjà délicieux. Les choses vont mieux avec Neb, on reconstruit morceau par morceau un édifice encore bien fragile. Et dernière bonne nouvelle dans ma boîte aux lettres ce matin : résultats des derniers exam's, je suis reçue, avec mention.

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mercredi 4 octobre 2006

Ce que je n'arrive pas à définir. Ailleurs que les mots.

Elle dit atmosphère, mais ce n'est sans doute pas le mot juste, je parlerais d'univers, de couleurs, de lumières. Toujours et encore la lumière, aussi importante que les mots, plus peut-être. Alors il faut le prendre, le percevoir, le laisser filtrer en soi par chaque pore, le respirer... ça on peut le dire, le "comment", mais pas le "parce que". La quintessence, ce qui traverse, éphémère, ça ne se dit pas, c'est trop personnel, trop fluide, impalpable, pas de rugosité, pas de relief auquel se raccrocher. C'est comme l'huile d'ambre d'un violon, la candeur de celle qui colle les feuilles d'or derrière la vitre, les lignes blanches trop rapides sur la route, la voix du bout du fil qui grésille, les larmes qui font qu'on existe toujours, le vent d'automne, la langueur monotone. Cette année l'automne est doux sur ma peau, j'aime bien. Un univers nouveau.

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Transmission.

oeil

Je suis à la une de canalblog, première page, une fois de plus.
C'était déjà arrivé il y a bien longtemps. Je ne vois pas trop pourquoi...
Je fais partie des doyens peut-être.
Je ne vois pas d'autres raisons, les écrits du moment sont à nouveau insipides et sombres.
Une complainte, un chant sinistre et égocentrique.

Pour relayer les choses,
pour étirer le fil,
pour souffler sur le courant d'air de mes visiteurs,
je veux prolonger ce partage vers ceux que je lis,
silencieusement depuis des mois,
voire des années,
ceux que j'admire,
ceux qui m'inspirent,
ceux qui éveillent en moi ces petits grains de bonheur chaque jour.

Tout d'abord, il y a Christie, qui est sans doute sans le savoir celle qui m'apprend le plus,
ses plantes, ses filles, ses listes, sa façon de croquer la vie, son courage et sa simplicité malgré un côté un peu bobo.

Puis il y a cette jeune fille bien, qui n'est pas toujours si lisse et si parfaite et c'est pour ça que je l'aime, ses dessins, ses coups de gueules, sa façon de faire passer le mot, sa vulgarité qui sait se faire intelligence, sa sensibilité qu'elle ne peut pas camoufler.

Il y a aussi Eddie, qui est dans mes liens depuis longtemps, que je redécouvre les derniers temps, fragile et forte à la fois, dont les mots savent être enfantins et poétiques. Je la vois sur son vélo, pédalant contre vents et marées...

Il y a lui et ses photos, que j'aime, non pas pour les femmes parfaites qu'elles mettent en scène, mais pour la lumière et les courbes.

Il y en a d'autres, certains discrets, certains provocants, certains distants, certains bavards. Il y a un monde de virtualité et de connaissances, de magie et de puissance. Je les remercie, tous, qui participent sans le savoir au kaléïdoscope de mes lectures, au fleuve de mon écriture, qui coule depuis plus de deux ans, ici et ailleurs...

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mardi 3 octobre 2006

Journées contrastées par le foin du Nord.

Ouvrir les yeux dans cette opacité grise, les toîts seuls luisent et renvoient un peu de lumière, j'entends le clapotis de l'eau dans les gouttières. Contraste avec toute la lumière de mon rêve. Sur les dernières images, je me préparais à dormir dans un pré qu'on venait de faucher, avec des gens que j'aimais, des amis, nous croquions à pleines dents des quartiers d'agrumes qui explosaient dans nos bouches, les journées étaient longues, et la lumière était celle de ces pays nordiques qui ne connaissent pas la nuit pendant une saison.

aube

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