jeudi 7 septembre 2006

Festival d'automne, festival fashion.

Rock_S_B_W

Plus d'une semaine a passé et c'était sans doute le temps nécessaire pour laisser toutes les émotions se décanter. Il y a donc douze jours,  nous nous rendions au festival Rock en Seine de Paris. C'était bien entendu pour Radiohead que nous nous lancions dans ce périple et l’excitation nous avait déjà pris au ventre une semaine avant le départ. Nous avions appris quelques jours auparavant que nous ne pourrions avoir accès au camping qui était complet. Ce point avait déjà éveillé notre curiosité : comment un festival peut ne pas prévoir un camping accessible à tous ses festivaliers. Pas découragés pour autant, nous nous étions équipés de couettes et de couvertures avec l'intention courageuse de dormir dans notre voiture. Sans nous douter un instant de ce qui nous attendait sur place : un festival parisien.

Premier jour. Surprise en arrivant sur place après avoir récupéré le frangin à la gare de Lyon. Pour accéder au festival, on franchit un portail somptueux en fer forgé, et on roule sur un dédale pavé qui serpente dans un jardin à la française. On se gare et on accède au festival après une gentille promenade à travers une forêt de conte de fée. Nous ne savons où poser nos bouteilles de bières en arrivant devant l'entrée-public. Il y a d'habitude un alignement de canettes, mais là, rien, et nous on ne veut pas salir. On a du mal à trouver nos repères et ça ne s'arrange pas une fois sur le site. Nous avons l'impression tenace d'être entrés dans une soirée privée, un peu fashion, un vernissage ou une soirée tendance, un truc people quoi. Tout sauf un festival. J'exagère à peine. Quand je vais à un festival, je mets mon jean et mes baskets, un T-shirt confort et un pull autour de la taille. Je pense aux bons moments que je vais passer, mais aussi, aux pauses-pipi qui tiennent de l’exploit Kho Lanta (petites cabines en plastique puant la mort), au coup de froid quand vient la nuit, aux coups de chaud devant une scène. Les parisiennes se rendent à un festival comme elles se rendraient à un défilé de mode ou sur les Champs Elysées. Et quelle originalité ! Nous n'avons pu compter les lunettes de mouches et les talons compensés, les jupettes à volants et les dos-nus. Ceci dit, le parisien n'est pas mieux : T-shirt moulant et couleurs flashys, lunettes de Magnum dans ses meilleurs épisodes. J’insiste sur l’importance des lunettes, alors que le soleil a boudé une bonne partie du festival. Et notez d’ailleurs chers provinciaux que les lunettes se portent même la nuit, il pourrait y avoir des flashs, ne sait on jamais ! On se sent un peu décalés dans ce contexte, ça pue la consommation et le m'as-tu-vu. En quelques heures fleurissent sous nos yeux les T-shirts du festival, toutes les couleurs et toutes les tailles, mais il fallait l'avoir, l'acheter à tout prix. Question de prix d'ailleurs souvent à l'honneur. Pour l'exemple, trois euros cinquante juste pour se garer. Tout juste s'il ne faut pas payer pour aller pisser. D'ailleurs, de ce côté là, ça ne semble pas vraiment au point. Parisiens, les cabines plastiques sont has been, il serait temps de se mettre à l'algeco ! La patience de ma vessie après plusieurs bières étant plus que limitée, j'ai pour habitude d'aller chez les hommes, pour faire plus vite, parce que c'est souvent libre puisqu'ils ont la chance de faire pipi debout (je suis jalouse) et je ne suis d'habitude pas la seule à opter pour cette solution de secours. Loin de moi l'idée de court-circuiter qui que ce soit... Et bien je me suis fait gronder plusieurs fois, par des garçons qui trouvaient inacceptable que je puisse pénétrer leur territoire. Je leur ai fait savoir que je ne prenais pas leur place, et que s'il y avait urgence de leur côté, ils resteraient prioritaires, mais non, ils ne rentrent pas là dedans, c'est juste par principe. J'en déduis que le parisien, en plus d'être fashion, ne fait pas caca. Et ceci dit, je précise bien pour ceux qui pouvait émettre un doute, je n’avais aucune intention « voyeuse », c’était juste un gain de temps.

Parlons musique, même si ce n'est pas facile. Comme beaucoup, nous étions là pour voir Radiohead et nous faisions partie de ces prudents qui avaient pris des pass deux jours pour être tranquilles. Alors le premier jour, musicalement, on a fait les touristes. Pour ne pas rentrer dans les détails, c'est Patrice qui m'a le plus touchée. Une belle énergie, une espèce de douceur et de cohérence dans sa musique. Pas de pluie le premier jour. Drôle d’impression cependant de voir tout le monde quitter le site après le concert trop court de DJ Shadow. Pas un seul rappel, tout semble chronométré et la foule se rue de façon bien disciplinée sur la sortie dès la dernière note jouée. A peine moyen de boire encore une bière.

Après hésitation, nous décidons de ne pas aller claquer notre argent dans les lieux "tendance" de Paris, nous avions eu notre dose. Nous regagnions notre voiture, qui allait être notre petit nid pour la nuit. Bien moins confortable que ce que nous avions pu espérer. Avons dormi recroquevillés sur nous-même, réveillés toutes les heures par deux abrutis (spéciale dédicace) qui insistaient pour planter leur tente au beau milieu du parking, ce qui n’était pas pour plaire à la police municipale qui zonait. Le jour s’est levé sous la pluie, ce qui nous a paniqué pour la suite des événements. Certes, nous avions prévu K-way, sacs poubelle et autres protections en cas de déluge, mais l’éventualité de devoir attendre plusieurs heures sous la pluie nous contrariait. Dans l’attente du meilleur, nous sommes allés déambuler dans les rues parisiennes. Métro et gambettes, parce qu’il était hors de question de sortir la voiture et de repayer trois euros cinquante pour se garer. Avons fait des provisions pour la soirée, avons mangé une pizza, avons traîné à la FNAC (monstrueuse FNAC des Halles, un géant au ventre gargouillant qui vous attire à lui). Pour l’anecdote, j’ai aussi bu la bière la plus chère de ma vie. Les parisiens ne s’en offusqueront pas, mais ici, avec quatre euros quatre vingt, j’en bois deux.

Nous avons regagné le site vers seize heures, avons squatté par terre une petite heure, mangé des crocodiles, bu et fumé. Des amis savoyards sont venus nous rejoindre. Nous nous sommes préparés psychologiquement à l’épreuve de patience qui nous attendait. Puis, courageux, nous avons fendu la foule, jusqu’au plus près de la scène, jusqu’à ne plus pouvoir bouger, jusqu’à avoir du mal à respirer. Et c’est là que mon envie de faire pipi s’est manifestée. Juste là, au début de tout. Je l’ai ignorée soigneusement pendant les heures qui ont suivi, car il était hors de question que je ne laisse ma place à quelqu’un d’autre pour quelque raison que ce soit (pas même une implosion de vessie). Les premiers mouvements de foule se sont fait sentir au début du concert de Beck. Merveilleux moment où les marionnettes prennent la place du groupe sur le premier titre « Loser ». Un petit jeu qui a duré tout le temps du concert, superbement orchestré, avec beaucoup d’humour. Vidéos et jeux de scène, déguisements et parodie. Un très bon moment, à en oublier que des milliers de personnes poussent derrière moi pour se rapprocher de la scène. Le concert s’achève, chacun pense pouvoir souffler un peu, mais personne ne bouge, chacun reste bien campé sur ses positions. Nous ne sommes plus qu’une masse compacte qui attend. Je suis fatiguée par une nuit sans repos, pas les kilomètres parcourus dans la journée, mais je ne bronche pas. Mon frère mange toujours des crocodiles, il me sourit, me parle, discute avec deux cinglés qui parlent de Lac Vert me semble-t-il. Je vacille un peu, mais personne ne s’en rend compte, ils me soutiennent sans le savoir. Je sens le souffle de cette jeune femme derrière moi sur ma nuque, je sens l’haleine de mon voisin, j’écoute les commentaires de droite et de gauche, je ne dis plus rien, en mode « éponge » pour ce qui va suivre. Une odeur de terre mouillée remonte du sol, âcre, forte, quelque chose de proche de la betterave pourrie. Une terre malmenée, étouffée par des milliers de pieds qui se bousculent. Les miens ne touchent plus le sol lorsque le concert commence. Je reste vers Neb, l’accrochant du bras, mais tous les autres sont emmenés comme par un flot loin de moi, devant ou derrière, je ne les vois plus. C’est un souffle énorme qui vient de la fosse lorsque Radiohead jouent les premières notes d’Airbag. Et je voudrais que ce moment s’arrête, que chaque moment de ma vie soit le début d’un concert de Radiohead. Il y a une bombe lumineuse qui s’allume en moi et qui va battre pendant presque deux heures. Je ne vois pas toujours tout, mais parfois, fermer les yeux et sentir tout mon corps vibrer sous les bass me permet de voir mieux. Je n’ai pas envie d’en faire la play list ou d’entrer dans les détails, c’est un tout, un moment magique et parfait, toute douleur, toute faiblesse s’efface. Je suis pleine, entière et unique à ce moment de ma vie. Comment expliquer. J’ai oublié tout le reste, je ne vis que ce moment, chaque seconde qu’ils me donnent. Des gens chantent, ou essayent, des paroles étouffées montent parfois de cette masse, les lumières nous rendent vivants. Puis la fin arrive. Je le sais, c’est Karma Police. Je le sens, nous pourrons hurler tant que nous voudrons, ils ne reviendront plus.

Nous quittons le site, je suis sonnée, par la fatigue et l’émotion. Oui, je peux vraiment parler d’émotion. J’ai presque eu du mal à me reconnaître. Sensation indescriptible. Nous avons repris la route cette nuit là, refusant d’abord l’idée de passer une nouvelle nuit dans la voiture. Puis, éreintés, nous avons finalement dormi sur une aire routière à quelques dizaines de bornes de Paris, le cœur gros, parce que le « après », on ne voulait pas trop y penser, et pourtant, on y était déjà. Le retour en Alsace s’est fait sous des trombes d’eau glacée, pour nous plonger définitivement dans cette ambiance automnale et triste.

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mercredi 6 septembre 2006

Petit trésor.

Hier soir, fin d'un cours, un remplacement, une classe de bac pro que je ne reverrai plus, je m'étais fait plaisir avec eux, pas de règles à instaurer, pas de gros yeux à imposer, parce que pas de futur commun, alors on a pu laisser une part importante à l'humour et le courant est très bien passé, avec quelques bonnes heures de travail efficace. En moi à ce moment là, une angoisse. Toujours pas d'appartement, l'impression de jouer l'interim professionnellement, pas de certitude sur le futur, tant de nouveautés, la rencontre de mes nouveaux collègues qui se profile sur la demi-heure à venir.

Un jeune homme s'avance vers moi alors que la classe s'est vidée et que je range encore mes affaires. C'est ce moment où on est fier de soi, où on entend encore sa propre voix se répercuter sur les murs. Il fourre ses mains dans ses poches et me dit "c'est dommage". Il a un sourire en coin. "Non, vraiment, vous êtes une très bonne prof, c'est dommage qu'on ne continue pas l'année avec vous...". Et je souris, flattée mais embarrassée, farfouillant dans mon sac pour me donner une contenance. "Merci, vous étiez une bonne classe aussi... A bientôt peut-être".

Plus tard, les nouvelles sont mauvaises, plus que contrariantes (emploi du temps très décevant, avis d'imposition dans la boîte aux lettres...) et en me couchant hier soir, c'est la voix de ce jeune homme qui vient me réconforter, m'aider à trouver un sommeil qui joue à cache-cache. Parce que s'il dit vrai, j'ai toujours une raison d'être là, et j'ai sans doute fait le bon choix...

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vendredi 1 septembre 2006

Le premier jour de ma nouvelle vie.

Un matin comme tous les autres
Un nouveau pari
Rechercher un peu de magie
Dans cette inertie morose
 
Clopin clopan sous la pluie
Jouer le rôle de sa vie
Puis un soir le rideau tombe
C'est pareil pour tout l'monde
 
Rester debout mais à quel prix
Sacrifier son instinct et ses envies
Les plus essentielles
 
Mais tout peut changer aujourd'hui
Et le premier jour du reste de ta vie
Plus confidentiel
 
Pourquoi vouloir toujours plus beau
Plus loin plus haut
Et vouloir décrocher la lune
Quand on a les étoiles
 
Quand les certitudes s'effondrent
En quelques secondes
Sache que du berceau à la tombe
C'est dur pour tout l'monde
 
Rester debout mais à quel prix
Sacrifier son instinct et ses envies
Les plus confidentielles
 
Mais tout peut changer aujourd'hui
Et le premier jour du reste de ta vie
C'est providentiel
 
 Debout peu importe le prix
Suivre son instinct et ses envies
Les plus essentielles
 
Tu peux exploser aujourd'hui
Et le premier jour du reste de ta vie
Non accidentel
 
Oui tout peut changer aujourd'hui
Et le premier jour du reste de ta vie
Plus confidentiel

Etienne Daho, le premier jour.

***

Aujourd'hui c'est officiel : je commence autre chose. Depuis minuit, je ne suis plus salariée de ce lycée. Depuis minuit, c'est le début d'autre chose. Autre chose qui a déjà commencé, en avant première mercredi après-midi. Prise de contact avec une de mes nouvelles classes. Du bonheur: effectif réduit, attention, motivation et prise de notes. Que de nouveauté ! Je pense pouvoir ranger très rapidement le képi de gendarmette que j'avais sur la tête depuis trois ans. Mais restons vigilant...  L'équipe me semble sympa, décontractée. J'en saurai plus mardi, je rencontrerai tous mes collègues.

Pour ce qui est de notre futur appartement, le compromis que nous avions signé tombera finalement à l'eau. L'idée de verser une somme si importante à l'agence nous fait vomir. Nous ne sommes pas en confiance avec eux, ils nous prennent pour des bleus, leurs dents rayent le parquet et leurs sourires sentent la naphtaline. Puis le mot "amiante" qui apparaît à plusieurs reprises dans le dossier n'est vraiment pas pour nous rassurer. On va retirer nos billes. Sans doute tenter le coup auprès de particuliers, maintenant qu'on en sait plus sur la procédure, c'est moins risqué...

Spö est rentrée de son périple estival. Elle est déjà venue passer une soirée ici. Tout semble rentrer dans l'ordre. L'été touche à sa fin. Chaque élément reprend sa place. Quelques entretiens d'embauche, encore. Des réponses positives de certaines boîtes qui viennent de rouvrir leurs portes, sous lesquelles ils ont du trouver mon CV. Un éventuel poste de FLE à l'horizon. J'en serais ravie. Des cours particuliers à la pelle. Peut-être de la formation BAFA. Et même des corrections CNED.

Posté par Diane Groseille à 09:32 - - Commentaires [4] - Permalien [#]