Levée trop tôt, le visage encore chiffoné, une lourde semaine qui m'attend, mais c'est la dernière avant les vacances de Noël. Il faudra sortir à un moment ou un autre avant le 24 pour acheter des cadeaux. Je voulais cette année passer commande intégralement sur internet, mais les idées ne sont pas venues et je n'ai pas pris le temps de les trouver. Alors il va falloir s'armer de courage.

Comme samedi après midi. Mon prof de violon m'avait enfin donné les références de ma nouvelle méthode. Impatiente, je me suis dit qu'il me fallait "seulement" traverser la ville pour la tenir dans mes mains. Armée de mes gants, de mon courage et de ma patience, je suis donc descendue dans la rue. Dès l'ouverture de la porte, je fais un bond en arrière. Juste là, devant moi sur le trottoir, le Saint Nicolas et son âne créé un attroupement digne de Britney Spears. Je prends ma respiration et me jette dans la masse, presque en apnée. Dix minutes pour parcourir les deux cents premiers mètres. Ensuite, plus facilement, je me faufile entre les poussettes et les appareils photos en expectative devant une boule de Noël. J'élabore vite les itinéraires les plus farfelus pour éviter les axes principaux. Je l'ai déjà dit précédemment, je déteste les marchés de Noël, mais je ne pensais pas que ça pouvait atteindre de tels sommets. En me glissant entre les passant, très rapidement, j'absorbe leur mauvaise humeur contagieuse. Ils sont tous scandalisés de ne pas être les seuls, tous profondément outrés par la présence de leurs semblables. Du coup, les conversations ne tournent pas autour du choix des cadeaux ou de l'esprit de Noël, mais autour du dernier connard qui a écrasé les doigts de pieds de Madame, "non, mais tu t'rends compte, c'est inadmissible une telle attitude". Madame qui recule en disant cela écrase les doigts de pieds de Monsieur qui éructe son vin chaud. J'observe en essayant d'avancer et je me dis que mon message était bien loin de la réalité.

Je vois une vieille dame me filer un violent coup de canne dans les tibias alors que je tente de la doubler. Je vois une maman tirer son gamin par le col de la veste parce que le malheureux s'attarde devant une cage de lapins. Je vois les pauvres lapins à l'intérieur de ces mêmes cages, et plus loin de pauvres biquettes dans un enclos d'un mètre carré qui se font tripoter par tous les passants. Je vois une femme assise sur un trottoir en plein milieu des colonnes de passants, elle pleure. Je vois un type sur un vélo qui doit essayer d'avancer sur ce qui était autrefois une route et qui, visiblement à bout de nerfs, insulte tout le monde, très fort. Je vois une vieille dame qui a rien trouvé de plus intelligent que de venir traîner un chat en laisse dans cette cohue. Je vois un adolescent qui écrase volontairement sa gaufre au chocolat sur la veste du gars devant lui qui n'avance pas. Plus loin, dans un concert de klaxon, je vois des gens qui s'égosillent seuls dans leur voiture, d'autres, plus intelligents ouvrent la fenêtre et crient avec qui veut bien l'entendre. Plus violent encore, un vieux Monsieur qui se tape la tête sur son volant. Ils ne sont plus courageux, ils sont stupides d'être montés dans leurs voitures un samedi après midi.

Alors si quelqu'un peut ici témoigner d'un agréable passage dans un quelconque marché de Noël, qu'il parle je commence à me poser sérieusement des questions.