On roule, on avance, les jours s'enfilent les uns aux autres comme des perles sur un collier, tous profondément identiques sur les dernières semaines. Je me lève, toujours très tôt, je traîne quelques temps ici, la lumière de l'écran me réveille, certains mots aussi parfois, puis je me rue sous une douche souvent trop chaude pour achever le mécanisme du réveil. Maquillage, habillage, tasse de thé, préparation des affaires de cours (rassembler les quelques paquets de copies qui auraient pu s'égarer entre mon sac et la table basse) et le corps s'extirpe de l'appartement, traverse le grand parc encore ensoleillé (à pied ou à vélo) pour arriver toujours trop tôt au boulot. Avoir encore le temps de faire quelques photocop' ou de corriger un tas, avoir le temps de ne pas courir, je n'aime pas arriver sans être là, la tête encore ailleurs. Puis s'enchaînent les heures de cours, où l'on sent la fatigue qui s'installe, l'énergie sort de moi avec toutes ces paroles qui veulent transmettre, affirmer, donner, réveiller, persuader, faire réagir, trouver le mot juste, la phrase la plus simple et la plus évidente, ne pas s'égarer. Mon outil de travail: ma voix. J'aime les voir en face de moi, pesant le pour et le contre, s'étonner de mes frasques. J'aime aller contre l'idée reçue, surprendre, faire réfléchir, remettre en question l'évidence, réveiller l'amorphe qui est en eux, casser le mythe, faire sourire ou naître cet air interrogateur sur un visage. J'aime sortir d'une salle de classe avec la certitude que j'ai donné tout ce que je pouvais pour faire passer un message. Je vois moins mes collègues, R. et P. puisque je ne mange plus là-bas, je ne veux plus baigner dans ce climat d'hypocrisie, je ne veux plus manger en face de Tête de Brique et de sa vulgarité (jamais vu une femme si méchante), alors je fais mon job et j'évite soigneusement cette bande d'arrivistes primaires (sourires crispés et blagues à deux balles "vous allez bien aujourd'hui, vous avez bonne mine")... Je m'y retrouve bien plus que l'année dernière.

Puis vient la fin de la journée, la sonnerie de la dernière heure de cours, où pendant quelques bonnes minutes encore, la tension (une bonne énergie) est palpable dans le corps. Souvent, je les regarde partir et je reste encore dans la salle, j'en ouvre les fenêtres et j'évacue ce trop plein de force qui est encore en moi: je m'assieds, je prends quelques notes, je souffle...

Retour à la maison, souvent au radar, avec des pensées encore plein la tête. Mon programme de l'année n'a pas débuté et mes soirées sont encore creuses, je m'endors souvent devant la niaiserie d'une chaîne allumée automatiquement, après avoir mangé une babiole. Pas la force d'entreprendre quelque chose de plus concret. A partir d'octobre, ça va aller encore beaucoup plus vite.