Ce matin, je traverse la ville à pieds pour me rendre au lycée. Mon sac sous le bras. Emballée dans un gilet en laine, un foulard autour du cou, le froid se faufile dans les espaces vides. Le ciel est d'un bleu glacial, je vais vers l'ouest, en face de moi, une lune blanche, et derrière moi, le soleil, fort et faible à la fois, encore bas. J'aime cette ville le matin. Ma ville. Tout s'éveille. Je passe près du grand carrousel qui dort encore, je traîne la patte, dans les cafés, certains s'attardent devant des petits dej' et les nouvelles du jour, ils ont déserté les terrasses, les femmes que je croise ont troqué leurs tongs fuchsias contre des bottes d'où sortent des fourrures extravagantes, les lycéens qui me doublent à vélo se font plus rapides, le froid doit leur glacer les mains. Moins de dix degrés parait-il. Je traîne, je me poserais bien moi aussi sur une de ces banquettes rouges pour prendre le temps de laisser refroidir un thé-citron en lisant la presse locale ou le Libé du jour. Mes jeunes vont m'attendre. Qu'une heure trente de cours ce matin. Une babiole. Encore quatre tout à l'heure. Elles s'enchaînent sans que je ne les vois. Et pendant ce temps là, l'automne s'installe.

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