mardi 18 janvier 2005

Grosse fatigue.

               J'ai la trouille. Vous avez déjà joué à ce jeu? Le premier mot qui vous vient à l'esprit. Parfois surprenant. Macaron, pistolet, barbapapa, éponge... Je divague. Mon après-midi de repos. Si on peut dire puisque j'ai 6 paquets de copies qui m'attendent bien fièrement dans mon cartable. Pourtant j'en ai besoin de repos. La preuve ce matin.

A midi, je finissais mon cours, la sonnerie venait de retentir, comme d'habitude, j'ai senti en moi la pression qui redescendait tout doucement, les élèves sortaient de la salle avec de joyeux "bon appétit M'dame", ma voix qui venait de porter contre tous les murs de la salle pendant deux heures résonnait encore dans ma tête. Comme d'habitude, je me suis installée à mon bureau, j'ai ouvert mon journal de bord pour noter les devoirs et la synthèse du cours, machinalement, en pilote automatique (mon beau journal de bord rouge, avec des feuilles d'automnes sur la couverture, épais et dont les pages sont soigneusement recouvertes de mon écriture). J'ai pris mon stylo, et là, le drame: j'ai bloqué. Impossible de retrouver la date. Ma plume tremblait d'impatience au-dessus de la feuille et j'essayais tant bien que mal de me concentrer, de rassembler ces petits morceaux d'idée qui galopaient dans chaque coin de ma tête. "Allez, ma grande, fais un effort, quel jour on est?". Le soucis, c'est pas que je le savais pas, je l'avais peut-être même déjà dit à mes grands gaillards trois ou quatre fois, mais ma tête voulait pas me le dire à ce moment là. C'était même pas la date en fait, c'était le jour... Lundi? Jeudi? Zappe, zappe, zappe... Grrrrrrrrr... "Qu'est-ce que je cherche déjà, oui, le jour, quel jour? Cherche encore". Et des centaines d'idées me passent par la tête en quelques secondes, mais pas la réponse à ma question. Comme une machine qui fonctionne trop vite, qui est trop perfectionnée et qui n'arrive plus à vous faire un truc tout simple. Comme ces calculatrices avec trop de boutons où on galère pour faire une petite addition. Le bug en fait. Malaise. Ouais, je me suis sentis mal, surmenée, conne. Même si ça n'a duré que quelques secondes, j'ai paniqué parce que ma tête m'avait jamais lâché comme ça... Puis je me suis dit, déconnecte, une mot, n'importe quel mot, zappe, zappe, zappe. Et c'est revenu: on est mardi et ça soulage.

Pourquoi tant de fatigue me direz-vous (même si vous dites plus grand chose à nouveau en ce moment), nous ne sommes que mi-janvier. Alors je vide mon sac, je fais la liste: j'ai fait douze paquets de bulletins, pour douze classes de vingt cinq élèves, pour deux matières différentes. J'ai organisé 4 journées d'examens oraux et arrivent les 4 suivantes à l'écrit. J'ai toujours ces putains de copies qui me poursuivent et  je dois impérativement rentrer les notes avant l'arrêt. Il faut préparer les conseils de classe qui arrivent à grands pas. Il faut continuer le programme qui n'est pas bouclé en deuxième année (heureusement, ça roule pour la première, même si y'a des modifs à faire en cours de route). Alors résultats, j'ai passé mon dimanche aprèm' à bosser, je rentre tous les soirs à pas d'heure avec des envahisseurs de soirée dans mon sac, Neb homme de moi en a marre de me regarder corriger mes copies et bailler quand j'ai fini (alors, accessoirement, il ne rentre pas ce soir), j'ai très mal au dos et c'est maintenant presque permanent, j'ai failli m'endormir sur le canap' ce matin à sept heures trente alors que j'y étais assise depuis deux minutes pour faire mon sac.... Et je sais plus quel jour on est.

Combien? Oui, oui, j'ai calculé, une cinquantaine d'heures de présence au lycée au minimum et une quinzaine d'heures à la maison. Sans parler du fait que je n'arrive plus à me sortir mes cours de la tête.

Oui, je suis en train de passer à côté de moi-même, et mon homme de moi s'éloigne, toujours plus. Nous sommes loin en ce moment. de plus en plus l'impression de vivre en collocation. J'arrive pas à lui accorder plus de temps. Nous étions au cinoche vendredi soir (la Chute, bouleversante) et chez Spö samedi soir pour un match d'impro (pas ébouriffant), mais nous ne partageons plus grand'chose. Il se couche tard et j'ai besoin de repos, mes journées à rallonges m'achèvent. Il se lève tard et j'aime prendre du temps pour être sure de ne rien oublier. Il a sans doute envie de sortir plus, de faire la fête et je n'en ai pas la force. Il ne me dit plus que je suis la plus belle femme du monde (et oui, en plus je suis devenue moche). Il me voit mais ne me regarde plus. cruelle impression de déjà-vu!

Puis toujours pesante en moi, cette absence et le film du petit corps sur le macadam, lourd et sans vie, il y a plus d'un mois. Elle me manque, beaucoup, tous les jours.

Je suis fatiguée. Tout ça me ressemble de moins en moins, mes choix ne sont plus mes choix, c'est pas ce que je veux pour moi. Je me regarde et je ne me vois plus. Comme lui. Je m'éloigne des gens qui sont importants pour moi, par manque de temps. Alors je pense sérieusement à une réorientation active des choses.

Parce que je n'ai pas envie de me réveiller dans quelques années sans oser me retourner.

Posté par Diane Groseille à 16:03 - - Commentaires [2] - Permalien [#]