jeudi 23 décembre 2004

Ma tristesse

Oui, elle est morte. J'ai sans doute laissé passer trop de temps pour pouvoir en parler vraiment. Les trois premiers jours ont été cauchemardesques. Le quartier s'est teinté de noir et de brouillard. Je ne réalisais pas bien qu'elle n'était plus là, et qu'elle ne le serait plus jamais...

Il était sept heures et demi, un peu plus peut-être. Ma Whawha se montrait pressée de sortir. Dans ma routine, je ne lui ai pas mis sa laisse que j'ai gardée à la main, au cas où. Ma tête était déjà au lycée. Elle galopait sur le trottoir. Whawha était un très bon chien. Elle était très obéissante et restait toujours au pied. Elle ne descendait pas les trottoirs sans en avoir l'autorisation. Mais ce jour là, elle était pressée, je ne saurai jamais pourquoi. J'ai salué mes cousines que j'ai croisées et qui se rendaient au collège. Elle a sauté du trottoir, mais j'ai à peine eu le temps de la voir, il y avait un brouillard très épais. C'est ce même brouillard qui a empêché le type avec la grosse bagnole de voir Whawha. Il est passé dessus. Je crois qu'elle n'a pas crié. Je l'ai vue sur la route, roulée en boule. Je pensais, j'étais sure, qu'elle se relèverait. Mais elle a juste étendu ses pattes, ses petits coussinets vers le ciel et de sa gueule est sortie une flaque de sang très épais. Le type est sorti de la voiture et a dit "j'ai roulé sur quoi". J'ai répondu "mon chien". Il ma parlé, mais je ne saurais pas dire à quoi il ressemblait. Je criais sur ce chemin, que c'était mon chien, que c'était pas possible, qu'il fallait faire quelque chose, mais quoi... Puis je me suis agenouillée, j'ai mis ma main sur son ventre. Elle était encore chaude et je sentais son coeur qui partait, qui filait, qui battait trop vite. Je lui ai parlé, je lui ai dit que c'était un bon chien, qu'on l'aimait très fort et encore plein de choses dont je ne me souviens même pas. Elle ne vivait déjà plus. Un type est arrivé et m'a aidé à la mettre dans un sac poubelle. Y'avait là une jeune fille qui portait un classeur et qui m'a dit "je vais vous raccompagner chez vous, faut pas rester seule mademoiselle, vous avez quelqu'un chez vous?"... Oui, oui, il est là, il va m'aider, il saura quoi faire.

Neb homme de moi est sorti nu de la salle de bain quand je suis arrivée en criant. Il m'a crue quand il a vu le sac que j'avais posé sur le parquet et que je montrais en hurlant. Il est resté avec moi, a téléphoné à sa boîte pour dire qu'il irait pas bosser. Ensuite, tout s'est enchaîné. Appeler le véto, le lycée pour dire que je viendrai pas, aller à la voiture, appeler ma soeur, mon père, trouver du réconfort, quelqu'un qui saura me dire que ce n'est pas ma faute, que c'est une blague, qu'elle reviendra, filer chez mes parents, creuser un trou dans le sol gelé...

On l'a mise dans le trou avec une balle jaune et un petit mot écrit au feutre violet, pour qu'elle sache toujours qu'elle a été un très bon chien, même plus que ça, que je l'oublierai pas, jamais, qu'elle devait me pardonner... On a mis son petit corps au fond du trou après lui avoir enlevé son collier rouge et on a remis la terre par-dessus, avec ce bruit terrible que fait la terre sur un corps. Et moi, je criais et je pleurais que c'était un bon chien, ma Ninouche, mon Moïzi, ma petite Bécasse...

Depuis, y'a un vide, en moi et autour de moi. Je revois cette scène en boucle, avec des détails qui sont comme des coups de couteau. C'est la mort.

J'emmerde les gens qui me disent que putain, c'était qu'un chien et que j'ai qu'à en "acheter" un autre. J'emmerde ceux qui trouvent ça dingue de s'attacher autant à un animal. J'emmerde celui qui roule trop vite quand il y a du brouillard et qui aurait pu se choper une de mes deux cousines sous le capot au lieu de mon petit chien et qui aurait pas dit "j'ai roulé sur quoi?". J'emmerde ceux qui pensent que je pourrais être plus pudique avec mes sentiments. J'emmerde ceux qui veulent me coller un chiot dans les pattes pour Noël [je ne veux plus de chien, pas tout de suite, j'ai pas été capable de la sauver, je ne veux plus ça].

Je tiens à remercier Nin (Whawha), pour sa fidélité, pour sa présence toujours près de moi. Pour ces quelques années (six) que nous avons passées ensemble, souvent seules. Je pense à elle encore et toujours. Je voudrais croire qu'il existe un paradis des chiens (avec des nonos, des balles, des paniers rembourrés pour faire de longues siestes et des champs à perte de vue avec des lapins à courser), mais je ne crois déjà pas au paradis des humains. Je comprends l'intérêt de certains pour la religion, cette foi qui en fait va plus vers ceux qui nous quittent que vers un Dieu.

Il y a en moi une grande et profonde tristesse, mes yeux sont encore des plaies, et j'ai tant de culpabilité qui me pèse. Je voudrais prendre Whawha contre moi et lui dire à quel point je suis désolée. Je voudrais me souvenir de tous ces bons moments passés avec elle, et seulement de ça.

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mardi 14 décembre 2004

Muette de larmes

Whawha morte. Ma Nin ce matin écrasée par une voiture. Moi démolie, vide, et tellement coupable.

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lundi 13 décembre 2004

La quête du soleil.

Sommes partis en quête...

Au bout du chemin...

Cherché le soleil au loin...

Avons traîné dans le manteau blanc...

Puis au-dessus d'une mer de brume...

Avons fini par trouver ce soleil juste avant qu'il ne parte...

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Sent le souffre?

Crémaillère bouclée. bonne chose de faite. Y'avait trop de monde, surtout en début de soirée. Puis nous avons passé la journée à préparer des tartes, des quiches, des gâteaux (j'avais jamais fait un si bon gâteau au chocolat)... Me suis même coupé dans le doigt... On a eu du mal à suivre, puis ça s'est calmé vers dix heures, les enfants étant partis, y'avait moins de risques de s'en prendre dans les pattes. Les derniers sont partis vers trois heures... Rien de bien méchant... Je me suis sentie sur les nerfs à plusieurs reprises et j'en viens à me dire que j'aime de moins en moins le monde. Je me fais solitaire, peut-être trop...

Dimanche, j'avais besoin de soleil, j'ai traîné Neb homme de moi au-dessus des nuages, au-dessus d'une mer de brume. La luminosité m'a fait beaucoup de bien.

Et là, j'entame la dernière semaine officielle de cours... Avec une prise de bec avec le directeur ce matin. Il paraît qu'il est comme ça avec tout le monde. Cette boîte commence à sentir le gaz...

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samedi 11 décembre 2004

Oui, mais non...

Je suis d'accord avec ça, mais alors pourquoi ça et ça ou encore ça, puis même ça. Oui, bien sur, c'est "joli", mais s'ils commençaient à donner l'exemple à ceux qui ont du mal à se rendre compte que ça va sans doute venir vite, ce serait sans doute plus facile et plus efficace que de les faire culpabiliser avec des pubs à la télé... Non?

{Quand j'éteins la lumière pour dormir le soir, il fait parfois plus jour que le jour...!?!}

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vendredi 10 décembre 2004

Info pour vous les hommes...

... De grande importance, votre descendance pourrait en prendre un coup... Je vais dire ça à mon Neb homme de moi, il faut qu'il fasse attention même si le bébé n'est pas pour tout de suite...

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Paradoxe.

Deux angoisses de l'écriture: ne plus rien avoir à dire, n'avoir jamais fini de dire.

 

[Constance Debré]

 

Extrait de Un peu là beaucoup ailleurs

 

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On presse le pas!

On accélère encore le mouvement, déjà qu'on avait du mal à suivre. Les deux jours qui suivent, on se fait normalement plaisir, on pend sa crémaillère. Mais ce n'est pas que du plaisir... Faut être toujours dispo au téléphone, courir faire les courses (et comme par hasard, tout le monde à la même idée et en plus tout le monde remplit ses caddies avec des cadeaux), expliquer "c'est où?", mettre d'accord Machin et Bidule sur le "comment ils viennent", dire à Truc que c'est pas la peine qu'il arrive avec quinze packs de bière, (personne ne vomit demain soir, on a passé l'âge, on supporte maintenant), ranger, s'activer un peu parce que y'a aussi cours cet aprem', ne pas oublier Whawha dans toute cette histoire...

Hier j'ai encore pu dire que mon job, c'est décidément pas de la routine. Le matin, fin d'un cours, un élève, qui doit avoir à peu de choses près mon âge s'avance vers moi alors que je range mes affaires et que tout le monde a quitté la salle. "Madame... Je peux vous inviter au restaurant?". Je lève les yeux, il les chope au passage, droit fixé. "Euh, non, biensur que non, pourquoi tu veux m'inviter au restaurant, tu me vois déjà assez pendant la semaine non?"... Je fais passer sur le ton de l'humour. Il répond "non". "Quoi non?". "Je vous vois pas assez pendant la semaine". Je l'ai mis dehors de façon très énergique en disant que non, non, non, je ne voulais pas non plus de fleurs. Je mettrais bien ça sur le dos d'un bon gros pari entre potes, mais y'avait personne qui guettait dans le couloir et il avait l'air vachement sérieux... C'est tout de même flatteur...

 Puis dans l'aprem', une demoiselle m'appelle pendant un cours alors que tout le monde est occupé à déchiffrer une carte. L'air gêné et un peu rigolard aussi, elle finit par me dire "Madame, le prenez pas mal, mais vous avez un trou au cul"... "Pardon?". "Non, non, je veux dire, vous avez un trou dans votre pantalon au niveau des fesses...". Elle rouge comme une tomate. Moi sans doute de la même couleur. "Euh, merci de me le faire savoir, mais quelle est l'ampleur des dégats?". Pas grand chose parait-il, le velour qui se décolle au niveau du haut de la poche. Je pars comme si de rien n'était vers mon bureau que je ne quitte plus jusqu'à la sonnerie. J'ai claqué un bon fou-rire avec les collègues en leur racontant ça. Le trou est bien entendu minuscule, mais pourquoi leurs yeux traînent à ce niveau là, z'ont rien d'autre à faire, leur travail par exemple?...

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jeudi 9 décembre 2004

Angoisse

A bout. Hier tout est sorti. Cette accumulation de fatigue, de pression et d'urgence est venue à bout de moi. Craqué. Neb est parti comme il l'avait prévu. Il est juste venu poser quelques sacs de courses, m'a dit que j'étais qu'une mémé, qu'il ne resterait pas là encore une fois à me regarder corriger des copies, qu'il avait besoin de se détendre. Un peu triste après son départ, j'ai mangé un bol de soupe et j'ai essayé de décorer le sapin. Puis rien n'allait comme je voulais, je me suis fait mal en descendant une table en bois, j'ai cassé une branche du sapin qu'est déjà pas grand au départ, j'ai pas réussi à le fixer et (ce qui m'a achevé) la bobine de fil de pêche m'a claqué dans les doigts et il y en avait partout... Tout s'est emmêlé, j'ai pas réussi a récupérer le truc et j'ai fondu en larmes. Pour si peu. Comme si cette vision correspondait soudain à ma vie en ce moment. Tout qui va trop vite et qui s'entremêle, alors, dans l'urgence, on tire sur un bout de fil pour continuer à avoir du mou, puis ça coince, alors on prend un autre morceau et ainsi jusqu'à se retrouver avec un gros noeud au milieu où on ne peut plus rien en faire. Hier soir, seule au milieu du salon, j'étais plus qu'un gros noeud qu'on peut plus démêler et j'ai pleuré, nerveusement, comme j'avais pas pleuré depuis l'automne 2002, à chaudes larmes, perdue.

Pour conjurer le mauvais sort, je me suis couchée à 21h30. Neb est rentré tard et il m'a dit ce matin qu'il avait encore mangé avec ses amis, qu'il ne voyait pas l'intérêt de rentrer pour me trouver endormie. Il avait raison. Je suis en train de le perdre et ça me bouffe. Je pars au boulot. J'ai mis un max de khôl et de mascara sur mes yeux pour qu'on ne me fasse pas de remarques sur ces méchantes cernes. Puis aussi, c'est un barrage contre les larmes.

L'écrire me fait du bien, ce blog est encore utile, Diane Groseille n'est pas toujours pétillante de bonheur....

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mercredi 8 décembre 2004

Ma satisfaction de la semaine

J'aime la vie, j'aime la vie, oh oui, j'aime la vie (ça ressemble à un chant orgasmique)... Mais p'tain qu'est c'qu'elle va vite en ce moment... J'ai tant de mal à la suivre... Tout ce taf, préparation de situations d'examens, mise en place de projets pédagogiques, remise en question de la pertinence de tel ou tel cours, remaniement de progression et toujours et encore mes corrections de copies... Encore une bonne semaine et demi et ensuite, paraît-il, on passe aux visites en entreprises et ça promet d'être folklorique (surtout de se pointer chez les patrons une semaine avant Noël, pour sur, ils vont adorer.... Encore une bonne idée de notre grand chef)...

Petite satisfaction personnelle hier soir. Fin d'un cours. Un élève vient me voir. Il a pris grand soin d'attendre que tous ses camarades aient quitté la salle (ça sent la confidence). Il s'approche. Alexandre. Jusqu'à là, je ne le connaissais pas sans ses rangos, tout de noir vêtu, même le regard. Régulièrement, alors que je le suis depuis un an et demi, il tient des propos extrémistes, particulièrement simplistes et dangereux dans le milieu où il évolue: propos fascistes, racistes, homophobes, anarchistes... Il arrive hier vers moi en trainant ses baskets. Un bon vieux jean et une veste rouge. J'avais bien noté le changement. La semaine précédente, je m'étais vue obligée de faire un signalement à son sujet au directeur: négationisme. Et c'était pas la première fois que j'avais à le faire. Mais là, il s'était mis dedans profond puisqu'il avait accompagné ses propos d'une lettre abominable. S'en sont suivis des coups de fil au patron et aux parents (je pense même qu'il a fait un signalement). Bien sur, il y a eu des retombées. On a menacé "Monsieur" de renvoi, tant au niveau de l'établissement que de l'entreprise où il travaille. Ma satisfaction  n'est pas là, je ne prends aucun plaisir dans le sadisme (encore un mot qui va me ramener les vicieux de google) bien au contraire. Cependant Alexandre est venu me voir. Il n'avait plus aucun intérêt à le faire, les sanctions avaient été prises. Il m'annonce qu'il a réfléchi, que les propos de son patron et les miens ont mis un sacré souk dans sa caboche. Que toutes les idées qu'on lui fourre dans la tête depuis qu'il est jeune ont été remises en question. Il me dit faire partie d'un "groupe" depuis des années, que jusqu là, ça a été un vrai bourrage de crâne. Que maintenant, il s'en sort plus, qu'il a besoin de nous, de moi, pour y voir plus clair. Qui sont les gentils, qui sont les méchants? C'est un petit pas, mais ça reste un pas....

Ce soir, Neb homme de moi s'en va (d'ailleurs il n'est pas encore rentré). Il part se taper une soirée balnéo avec un pote. J'ai pas envie d'y aller, je peux plus courir, faut que je me pose, c'est trop loin et j'ai toujours le nez qui coule, non, non, non...

Posté par Diane Groseille à 17:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]