Je suis à la poste, je viens chercher un recommandé, je me dis que ça va prendre trois ou quatre minutes, mais en franchissant la porte vitrée, je réalise que j'aurais pu penser à prendre un bouquin: la salle d'attente de mon gynéco à côté, c'est gentil. Alors, je me positionne dans la file. Ils ont jugé intelligent de faire des zig-zags pour que les gens n'attendent pas sur le trottoir. Je laisse comme à mon habitude un bon mètre entre mon corps et celui de la personne qui est devant moi. Pourquoi? Car je suis dans une file anonyme et que je ne connais pas cet individu, je ne suis pas dans une queue-leu-leu de mariage, à quatre heures du mat', fin bourrée (à ce sujet, voir post précédent)(au, fait, vous connaissez l'origine du mot queue-leu-leu?). Donc, je laisse, surtout par éducation, un bon mètre. Et v'là ti pas que le gars derrière arrive et se colle contre moi. Il semble bien pressé, bien énervé, et doit se dire que s'il me bouscule comme ça, ça va avancer plus vite. Nada. L'a pas inventé l'eau tiède lui, puis l'a pas du en utiliser non plus récemment Je me retourne: regard noir. Il ne me voit pas, il cherche des yeux son sale gosse qui court dans tous les sens en poussant des cris aigus. Et j'ai donc passé une vingtaine de minutes avec cet abruti collé dans le dos qui gesticule en grommelant, parce que sans doute, il a des trucs bien plus important que les autres à faire dehors.

Tout ça pour dire, et j'ai eu le temps d'y réfléchir, que je pense que les gens ne sont pas un simple corps. Scientifiquement, oui, y'a que de la viande et des nonos, c'est physique. Mais je crois, comme le dispensent certaines croyances et certains mythes, que le corps est entouré d'une sorte d'auréole invisible, impalpable. Je ne me suis pas particulièrement renseignée sur le sujet, c'est juste quelque chose que je ressens. La proximité de certaines choses me les rend presque palpables sans qu'elles ne le soient. Ainsi, lorsque certaines personnes que je ne connais pas se tiennent trop près de moi, je ressens une certaine gène. De la même façon, lorsque quelqu'un se tient dans mon dos sans que je ne puisse le voir, je le sens.

J'ai rencontré quand j'étais enfant une amie de mes parents qui vit en Italie. Je ne me souviens plus de sont prénom car j'étais toute petite. Je me souviens que son gros chien s'appelait Georges et qu'elle avait une grande maison aux murs couverts de chaux. Sur l'un d'eux étaient accrochées des centaines de vieilles clés métalliques. C'était la première et la seule fois que je rencontrais cette femme. Elle me laisse l'image de quelqu'un de bien portant et de souriant, mais pas de traits particuliers. Pourtant, il me reste de cette personne une force, que je rencontrais aussi pour la première fois et que je rencontré encore depuis. Un magnétisme. Rien à voir avec le charme ou la beauté, quelque chose qui se dégage de l'intérieur.

Le contact physique peut aller jusqu'à me déranger. Une amie de ma ma soeur a pour habitude de toucher les gens avec lesquels elle parle. Elle leur tient le bras pour retenir leur attention peut-être. Elle perd la mienne à chaque fois car le contact de son corps me trouble. Bien au contraire, prendre un ami dans mes bras ou faire l'amour sont des gestes qui sont alors d'une force exceptionnelle.

Bref, il parait que certains appellent ça l'aura. Et (je mélange peut-être certaines choses) que certains sont capables de voir les couleurs qui se dégagent des corps. Il y aurait plusieurs couleurs, selon la force et les énergies. Je ne m'y connais pas du tout, je ressens seulement les choses. Mais je crois que le gars de la poste cet après-midi, il avait pas une jolie couleur....