Vous connaissez l'écriture automatique? Mais pourquoi danser comme ça et se poser autant de questions dans le brouillard de la vie? Je ne sais plus pour ma part si je vis pour écrire ou si j'écris pour vivre mais ce que je sais, c'est cette interdépendance entre les deux. Les mots sont comme une drogue acidulée dont la consommation me rassure, me soulage, me stimule. Alors parfois, trop souvent, je me demande dans le feu d'une action, quels mots je vais utiliser pour retranscrire ce que je vis. Quel mots seront les plus justes et les plus percutants pour qu'en les relisant dans le temps, je puisse ressentir ce que j'ai ressenti alors. C'est surtout ça qui est important. Et voilà des années que cette obsession me poursuit. Au point souvent de m'en vouloir de tant de futilité et surtout de passer à côté de la nature même des choses, la peur de ne pas vivre à 100%. Je vis donc les événements pour les raconter après? Je suis dans une fiction? Si c'était le cas, ma vie serait terriblement creuse et c'est bien le contraire, je la sens pleine à éclater, gonflée et tumultueuse. Tout ce que je vis est plein et fort. J'accorde de l'importance à chaque détail.

            J'avais sept ou huit ans quand j'ai commencé à noter les choses. Besoin déjà alors d'organiser les idées, de mettre mes souvenirs en ordre par peur de les oublier. Je collais dans mes cahiers des images, des fleurs et j'écrivais des recettes de gateaux. Il fallait cacher le trésor des yeux curieux de la petite soeur particulièrement intriguée.Il y avait beaucoup de "et puis" et de "et alors". Peu d'impressions, surtout des chronologies. Plus tard, avec les jours difficiles de l'adolescence et des premiers amours déçus, mon journal était le refuge des tristesses que l'on pense insurmontables et cruelles. J'y collais les billets de train, de concerts. Jamais de photos. J'y mettais des dates précises, les lieux et les heures, le temps aussi qui joue tellement dans mes jours à cause de la lumière. Aujourd'hui, mon cahier est toujours un Clairefontaine, il me faut cette aisance de la plume sur le papier pour cela. (Pour le reste, la correspondance, les nouvelles, les textes, je me contente de tout: le dos d'une enveloppe, un cahier de brouillon, le verso d'une photocop'...). Je n'y colle plus grand chose. Il y a toujours une régularité. Je n'y dis presque plus "je". Ellipse. Puisque je sais que c'est moi et que personne ne lira.

        Depuis plus d'un mois, j'écris ici. Je ne savais pas trop au début ce que je venais y chercher, ce que je pouvais trouver en plus. Au fil des semaines, je trouve une autre fluidité, j'apprivoise le clavier et je développe une aisance que je n'avais pas au début. Ma seule trouille: voir mes écrits disparaitre. Tous mes cahiers sont dans un lieu sure, mais qu'en est t-il des ces mots ici?