Diane est couchée dans les herbes hautes. Allongée de tout son long, le souffle court, elle respire. Le ciel au-dessus d'elle tourne. Elle vient de lâcher son vélo dans le fossé et s'est laissée tomber dans ce flou vert et parfumé. Elle avait pédalé de toutes ses forces, jusqu'à n'en plus sentir ses mollets, pour gravir cette pente... Maintenant, jusqu'à chez elle, il n'y a plus que de la descente... Une fois son souffle repris, elle s'assied et fouille dans son sac de toile pour en extirper son paquet de cigarettes... Elle allume sa tige de nicotine, regarde ses longues jambes dorées, lisse une mèche de cheveux entre ses doigts. C'est une des journées les plus longues et les plus chaudes de l'année. La lumière est rose et horizontale, encore chaude alors que le soleil lentement se cache.

Diane remonte sur son vélo noir et se laisse descendre. La ville est au bas de la côte, avec ses odeurs de pizzas, la rumeur de ses terrasses, le parfum du goudron qui a été chauffé par le soleil toute la journée. Elle a dans la tête un morceau des Pixies. Elle repense à cette agréable soirée passée avec quelques amis dans un jardin, à tous ces martinis qu'elle a bus et qui la rendent bêtement joyeuse. Le tissu léger de sa robe mauve imprime tout son corps. Avec la vitesse, ses cheveux fouettent ses épaules.

Diane slalome maintenant dans les petites rues qu'elle connaît si bien. Peu de monde. Elle emprunte la rue piétonnière, deux garçons se lèvent en riant d'une terrasse de café, ils saluent leurs amis en reculant. Pas de réflexe, sans doute l'alcool, elle percute le premier alors que le second l'esquive avec une pirouette. Elle laisse tomber son vélo à terre. "Je suis vraiment désolée". Elle sourit quand elle voit que le garçon allongé sur la chaussée est secoué d'un rire rassurant. Visiblement éméchés, les deux jeunes hommes se proposent de la raccompagner ce qu'elle n'ose refuser.

Diane observe ces deux compères tout en marchant à côté de son vélo. Celui qu'elle a renversé sautille à sa gauche, bousculant les politesses et les présentations. Il se nomme Ben, la peau matte, de longues mèches blondes et bouclées qui cachent un regard bleu espiègle, il a un débit de parole impressionnant qui contraste avec le silence de son voisin de droite. Claude est grand, plutôt large d'épaules, des traits fins et un regard sombre. Il marche, mains dans les poches, souriant vaguement aux vannes balancées par son ami. Ce dernier est tellement occupé à attirer l'attention de Diane qu'il ne se rend même pas compte de l'absence de Claude lorsque celui-ci entre dans un bar illuminé pour saluer quelqu'un qui lui faisait signe.

Diane et Ben continuent leur route. L'immeuble de Diane n'est plus qu'à une centaine de mètres... Elle ralentit son pas pour passer encore quelques instants aux côtés de ce jeune homme qu'elle aimerait mieux connaître. Il lui parle de lui, la dévisage, puis la détourne de sa route, bifurque sous une porte cochère pour arriver dans une petite cour intérieure au milieu de laquelle trône un petit cerisier. Devant un parterre de fleurs éparpillées, un banc laqué d'un vert tendre les invite à s'asseoir. Diane appuie son vélo contre un mur et vient prendre place aux côtés de sa nouvelle connaissance. En levant la tête, elle réalise que la nuit est proche, que l'obscurité se fait lourde, un trou de lumière rosâtre se dessine au-dessus des terrasses. Elle ne sursaute pas quand sa main se pose sur sa cuisse encore chaude de cette lourde journée et ne l'arrête pas quand il remonte sous sa robe. Silence, il la regarde profondément, elle comprend, elle acquiesce avec les yeux. Elle le laisse faire, renverse sa tête en laissant ses longs cheveux se balancer derrière le banc.

Diane soupire quand elle sent sa culotte de coton blanc glisser le long de ses jambes. Ben est à genou devant elle, il pose sa bouche sur sa peau, à l'intérieur de ses cuisses. Sa main s'est posée au creux de ses jambes, il sent son désir humide, ses doigts glissent en elle, lentement, tendrement. Rapidement, Diane sent que la chaleur d'une langue a remplacé l'habileté digitale et sous ce baiser, elle ferme les yeux et laisse monter en elle le flux du plaisir qui la remplit. Les paroles incessantes ont laissé place au murmure lointain de la ville nocturne. Les boucles dorées viennent chatouiller sa peau innocente. Elle a un mouvement de surprise lorsqu'une main se pose sur son cou et découvre le visage de Claude au-dessus du sien en ouvrant les yeux, elle surprend un regard complice entre les deux amis. Les fines bretelles de sa robe glissent sur ses épaules et découvrent des seins ronds et dorés aux pointes érigées de plaisir. La bouche de Claude vient se coller à cette peau scintillante. Sous les deux langues, Diane se sent objet de désir, poupée gonflée de sensualité. Elle sent la bombe en elle, cette moiteur douce dans son ventre, aiguisée par les doigts de Ben qui la fouillent, sa langue qui caresse son bouton, conjuguée aux morsures torrides de Claude. Plaisir multiplié. Galop de souffle. Un gémissement s'écoule de ses lèvres entrouvertes, pour se transformer en un cri qu'elle ne peut réprimer... Cri... Crie... Claude écrase sa main sur la source bruyante et pose sa bouche sur les paupières closes. Elle jouit, explosion multicolore...

Diane ouvre les yeux, frisson dans tous son corps, elle croise les regards rieurs des deux amis. Ben l'attire contre lui. Elle sent le gonflement du désir. Elle sursaute lorsqu'il glisse à nouveau sa main entre ses cuisses liquéfiées. Il la fait pivoter, en face d'elle, Claude, torse-nu. Elle appuie ses deux mains sur le dossier du banc et offre sa croupe aux mains qui l'explorent. Cambrure, corps anguleux. Elle sent sa queue maintenant remonter le long de sa fente chaude. Il entre en elle, facilement, en assurant son mouvement de ses mains collées sur ses hanches. Claude, accroupi en face d'elle, lèche ses lèvres, se relève et lui présente un bâton de chair. Sa bouche se referme autour de la queue frémissante, elle l'engloutit, délicatement puis goulûment, l'enveloppe de ses lèvres. Elle est remplie, son plaisir est bipolaire. Les deux sexes suivent la même cadence. Toujours les Pixies dans son esprit, mais "où est son esprit ?". C'est au tour des deux garçons de gémir. Claude attrape un sein et en torture la pointe. Délicieux supplice. Ce va-et-vient parfaitement rythmé fait fondre Diane. Elle se sent comme désarticulée par cette nouvelle vague en elle. Pourtant, il y a comme un axe qui la transperce. Plaisir aigu, soudain, toujours plein de contrastes et de couleurs. Elle sent Ben se répandre dans son ventre, au même moment Claude emplit sa bouche d'une semence onctueuse, plusieurs jets qu'elle laisse descendre le long de sa gorge avec délectation. Alors que Ben se retire, Diane lèche encore tendrement la queue de Claude. Elle s'assied sur le banc, engourdie de plaisir, sa robe retroussée à sa taille.

Ben, après avoir chuchoter quelques mots à l'oreille de son ami, colle un baiser sur la joue de Diane et s'en va, les mains dans les poches de son 501. Claude et Diane se retrouvent seuls, silencieux. Le jeune homme tend un paquet de camel. Ils fument tous deux, laissant s'évaporer avec les volutes de fumée leurs derniers frissons de plaisir. Diane, retrouvant ses esprits, se lève et se dirige vers la rue avec son vélo. Claude l'accompagne, sans un mot, jusqu'à sa porte. Après avoir cadenassé son vélo à un réverbère, elle fouille dans son sac pour y chercher ses clés. Il soulève son visage et l'embrasse tendrement, puis, après avoir longuement plongé ses yeux dans les siens, il lui glisse un "merci" à l'oreille qui la fait encore trembler. Il tourne les talons et Diane entre dans le couloir frais et sombre. Elle grimpe les cinq étages et n'est pas surprise, en poussant la porte de son appartement, d'y trouver son ami, les yeux rivés à l'écran de sa console de jeux. Sans un regard, il lui demande si sa journée a été bonne. Elle lui répond seulement : "Je t'aime".